mar. Juin 16th, 2026

Le premier semestre 2025 a été marqué par une vague sans précédent de vols numériques qui ont secoué l’univers des cryptomonnaies. Plus de 75 piratages et exploitations ont causé des pertes dépassant 2,1 milliards de dollars, révèle un récent rapport de TRM Labs, spécialiste en analyse de sécurité. Ce chiffre illustre non seulement la montée en puissance de la cybercriminalité dans ce domaine, mais dépasse aussi de 10 % le précédent record de la première moitié de 2022, et frôle le montant total volé sur toute l’année 2024.

Bybit : le tournant historique

L’incident le plus retentissant a eu lieu en février 2025 avec l’attaque de la plateforme Bybit, l’un des géants des échanges de cryptomonnaies. Le préjudice est estimé à 1,5 milliard de dollars, et les soupçons pointent vers la Corée du Nord, illustrant l’escalade inquiétante de l’utilisation de la cybercriminalité par les États à des fins géopolitiques.

À lui seul, ce piratage représente près de 70 % des pertes totales du semestre, et fait grimper la valeur moyenne par attaque à 30 millions de dollars, soit le double de la moyenne enregistrée en 2024.

Mais le phénomène est bel et bien plus large. Janvier, avril, mai et juin ont chacun enregistré des vols dépassant les 100 millions de dollars, confirmant que la menace dépasse de loin un simple coup isolé.

Corée du Nord : un acteur majeur

Selon TRM Labs, les groupes liés à la Corée du Nord seraient responsables de 1,6 milliard de dollars sur l’ensemble des montants dérobés, consolidant la place de Pyongyang sur la scène mondiale de la cybercriminalité.

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La menace ne s’arrête pas là : un groupe surnommé « Gonjeshke Darande » (l’Oiseau de proie), apparemment lié à Israël, est intervenu lors d’un piratage de la plateforme iranienne Nobitex en juin 2025, dérobant plus de 90 millions de dollars. Les assaillants expliquent vouloir perturber les mécanismes de contournement des sanctions internationales et freiner les « activités illégales » du régime iranien.

Cette évolution laisse présager que d’autres pays pourraient adopter bientôt la cyberattaque dans des stratégies géopolitiques offensives.

Facteurs aggravants

Pour Ramez Al Qara, expert en transformation digitale, interrogé par le journal Al-Nahar, cette recrudescence s’explique par trois éléments clés : la montée des piratages sponsorisés par des États, la vulnérabilité des plateformes de trading — souvent récentes ou peu fiables — qui facilitent le vol des fonds, et enfin l’absence d’un encadrement réglementaire strict comparable à celui des institutions bancaires classiques. La nature décentralisée des cryptomonnaies les rend en effet difficiles à tracer, sans tiers de confiance pour intervenir.

Méthodes d’attaque : viser les infrastructures

D’après le rapport, plus de 80 % des fonds volés proviennent d’attaques ciblant l’infrastructure elle-même : vol de clés privées, phrases de récupération, ou compromission des interfaces utilisateurs. Ces offensives, souvent dix fois plus lucratives que d’autres modes opératoires, reposent sur des techniques d’ingénierie sociale ou même de connivence interne.

Par ailleurs, des failles dans les protocoles—telles que les « prêts flash » ou « attaques par réentrance »—représentent environ 12 % des vols. Ces méthodes exploitent des vulnérabilités dans les contrats intelligents des plateformes de finance décentralisée (DeFi), permettant des retraits frauduleux.

Certains acteurs américains comme Binance commencent à structurer le marché en imposant des vérifications d’identité, mais les piratages restent difficiles à retracer car les transactions ne requièrent souvent aucun justificatif, contrairement aux banques traditionnelles.

Illustration d'une attaque numérique
Photo illustrative (Agences)

Vers une meilleure sécurité ?

Ramez Al Qara souligne que seule une réglementation plus ferme pourra freiner efficacement les hackers. Savoir qu’ils risquent d’être identifiés et que les fonds pourraient être récupérés diminuera l’attrait du piratage.

Il recommande aux investisseurs et plateformes d’adopter des mesures de sécurité strictes, notamment :

  • Utiliser des portefeuilles « froids » pour stocker les actifs importants ;
  • Mettre en place des protocoles de vérification à plusieurs facteurs ;
  • Vérifier la transparence et la sécurité des contrats intelligents ;
  • Former les collaborateurs pour lutter contre les techniques d’ingénierie sociale.

Enfin, un climat de confiance durable dans l’économie numérique passe par la correction des failles techniques, la mise en place d’un cadre légal adapté, et une coopération internationale renforcée contre la cybercriminalité.

Points à retenir

  • Deux milliards de dollars envolés en six mois, et ce n’est pas une blague.
  • Bybit a servi de planche de salut à la Corée du Nord, qui peaufine son art du hacking géopolitique.
  • Pirater un échange, ce n’est plus réservé aux films d’espionnage, c’est désormais presque un sport de compétition.
  • Les plateformes peu fiables, c’est un peu comme un coffre-fort en carton — pas étonnant que les voleurs s’y glissent sans difficulté.
  • Les prêts flash et failles DeFi montrent que les pirates ont aussi appris la finance, dommage pour les utilisateurs.
  • Même les grands comme Binance tentent d’imposer un peu d’ordre — mieux vaut tard que jamais.

En fin de compte, la saga des piratages dans la cryptosphère met en lumière le paradoxe de cette technologie : conçue pour la liberté et la décentralisation, elle est paradoxalement vulnérable faute d’une structure et d’une réglementation adaptées. Comme journaliste passionné, je vois là une invitation à repenser sérieusement l’équilibre entre innovation et sécurité, entre anonymat et responsabilité. Si l’on y parvient, peut-être verrons-nous un jour ces milliers de milliards numériques revenir dans la lumière — et pas dans un portefeuille d’un hacker masqué.


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Pas des conseils en investissement

Avis de non-responsabilité

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