sam. Juin 13th, 2026

Un couple se tient côte à côte sur une scène vaste et vide. Ils sont si proches qu’ils pourraient se toucher. Pourtant, un fossé infranchissable les sépare.

Blind Runner, une pièce délicate présentée actuellement au St. Ann’s Warehouse jusqu’au 24 janvier dans le cadre de l’événement Under the Radar, utilise des éléments vidéos en direct pour accentuer cette distance. Des gros plans intenses des visages des deux interprètes sont projetés sur le mur arrière, dominant leurs petites silhouettes dans l’espace du Warehouse. Pas besoin d’effets plus élaborés : les expressions des acteurs, chargées de douleur et d’un désir dévorant, font tout le travail.

Runner fait partie de plusieurs œuvres présentées durant le mois de janvier à New York, où la saison des festivals est particulièrement dense, et qui s’appuient sur des éléments vidéos en direct et de nouvelles technologies. Certaines pièces, comme Runner, intègrent ces éléments techniques de manière fluide au récit, tandis que d’autres les utilisent de manière plus maladroite. Dans certains cas, l’usage inutile de l’intelligence artificielle vient détourner l’attention des objectifs narratifs.

Runner utilise la vidéo avec une intention claire. Créée par Mehr Theatre Group et jouée en farsi, la pièce d’Amir Reza Koohestani suit un homme iranien lors de ses visites hebdomadaires à sa femme, une prisonnière politique à Téhéran. Les gros plans invasifs de Koohestani (qui réalise également; la vidéo est le travail de Yasi Moradi et Benjamin Krieg) mettent en lumière non seulement le détachement croissant du couple, mais aussi l’étouffement quotidien d’une vie dans un État de surveillance. Lorsque le couple court côte à côte dans une scène ultérieure, leurs corps se confondent à l’écran comme des fantômes se traversant, un effet à la fois simple et poignant.

Runner se retrouve finalement alourdi par le mélodrame : le mari est entraîné dans une nouvelle relation compliquée offrant une intimité que sa femme ne peut plus lui donner. Les dialogues deviennent circulaires et souvent répétitifs. Toutefois, l’interprétation mesurée de Ainaz Azarhoush et de Mohammad Reza Hosseinzadeh garde la pièce ancrée, tandis que l’utilisation de la vidéo renforce toujours son caractère vivant.

Blind Runner | Photo : Amir Hamja

En 2020, lorsque Sinking Ship & Theatre in Quarantine a présenté The 7th Voyage of Egon Tichy sous forme de spectacle en ligne, j’avais remis en question la notion de “vivant” dans cette pièce. Écrivant pour Exeunt, j’avais exprimé ma confusion : “Apparemment, certaines parties de 7th Voyage étaient en effet en direct, mais je ne l’aurais pas su sans que vous me le disiez.”

Mon incertitude découlait du principe du spectacle, qui voyait le voyageur spatial Egon Tichy (Joshua William Gelb) tomber dans un vortex temporel et confronter plusieurs versions de lui-même. Le script de Josh Luxenberg pour cette farce de science-fiction est affûté et plein d’esprit, mais dans sa forme en ligne, il était difficile de discerner quels éléments étaient réellement “en direct”, et certaines impressions ont été perdues.

La première de la pièce en personne, The 7th Voyage of Egon Tichy [Redux] (au Fourth Street Theatre jusqu’au 2 février, également dans le cadre d’UTR), semble répondre directement à cette critique. Sur deux grands écrans, le spectacle se déroule comme il l’a fait en ligne, à quelques ajustements près. Mais au centre de tout cela, il y a Gelb, en chair et en os, s’élançant dans ce fameux placard TiQ dans la peau de plusieurs Tichys.

C’est un véritable plaisir à regarder, même si le script de Luxenberg souffre toujours dans sa section médiane. Le plus grand délice réside ici dans la capacité de Gelb à jongler avec une centaine de changements de scène sans effort. Comme avec le Circle Jerk en direct au Connelly en 2022, on bénéficie à la fois du spectacle lui-même et de toute la mécanique qui se cache derrière—deux voyages pour le prix d’un.

Moins réussie dans la fusion entre récit et technologie, PRISONCORE! de kanishk pandey, fait partie de The Exponential Festival. (Pour la pleine transparence, j’ai vu le spectacle une soirée où pandey a courageusement pris la tête en raison d’une maladie dans la distribution.) Cette pièce multimédia, réalisée par Rachel Gita Karp et présentée au Brick, commence par l’histoire d’un gardien de prison sadique nommé Lucky. Au nom de la “réforme”, Lucky force ses détenus (le public) à l’assister dans ses efforts de jeu en ligne. Après que son croupier en direct, Rain, soit impliqué dans les actes cruels de Lucky, l’intrigue se déplace vers elle.

Les interactions de Lucky avec le flux de Rain sont fluides d’un point de vue technique. L’idée de pandey sur l’inhumanité de la vie derrière un écran et la prison personnelle d’une existence exclusivement en ligne est actuelle. Toutefois, son concept central d’un programme de réforme pénale basé sur le jeu en ligne—quelle que soit la manière dont on est censé interpréter cela—est trop mal formulé et absurde pour que ces idées prennent de la force.

Dans les moments où PRISONCORE! utilise (minimale) de l’imagerie générée par l’IA, la technologie n’est guère présentée comme un avantage. À l’inverse, le nouveau projet numérique en plusieurs parties TECHNE place l’IA générative au cœur de sa démarche. Dans les deux présentations de TECHNE que j’ai vues au BAM Fisher (sur un total de quatre), les résultats de l’acceptation de l’IA n’étaient pas encourageants.

Le plus inutile fut “The Vivid Unknown”, une recréation du légendaire documentaire de Godfrey Reggio Koyaanisqatsi entièrement générée par IA. La valeur du film original de Reggio réside dans l’effort méticuleux de collecter et de relier des heures de vidéos en accéléré filmées à travers le pays. Plonger tout cela dans un générateur IA ne produit qu’une pâle imitation moderne d’une œuvre remarquable.

Plus réussie fut “Voices”, un essai vidéo plein d’esprit de Margarita Athanasiou qui retrace l’histoire des médiums et du spiritualisme en Amérique. L’utilisation d’images générées par l’IA dans cette pièce était elle aussi distraire (et, encore une fois, peu esthétique). Mais lorsque l’essai se concentre sur l’obsession de sa grand-mère pour les médiums, reliant des films d’archives à une tapisserie historique, Athanasiou trouve—de la même manière que les créateurs de Runner et Tichy—ce point de collision riche et intrigant entre technologie et narration.

Blind Runner est à l’affiche au St. Ann’s Warehouse jusqu’au 24 janvier. The 7th Voyage of Egon Tichy [Redux] se joue au Fourth Street Theatre jusqu’au 2 février. TECHNE est à découvrir au BAM Fisher jusqu’au 19 janvier. PRISONCORE! a achevé sa représentation.

Points à retenir

  • La vidéoprojection dans Blind Runner accentue la distance émotionnelle entre les personnages à travers des gros plans saisissants.
  • The 7th Voyage of Egon Tichy [Redux] propose une interprétation en direct qui répond aux critiques de sa version en ligne, mettant en évidence le potentiel du format théâtral.
  • Les projets innovants comme TECHNE interrogent l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le théâtre, soulevant des questions sur la reconnaissance artistique.

Dans une ère où la technologie trouve sa place sur scène, il est essentiel de réfléchir à la manière dont ces éléments interactifs peuvent enrichir l’expérience théâtrale ou, à l’inverse, risquer d’en éloigner le public. Comment pouvons-nous trouver l’équilibre entre innovation et authenticité ?


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3 thoughts on “Festival : L’Art de la Technologie (et Hélas, l’Intelligence Artificielle)”
  1. La manière dont Blind Runner utilise la vidéo pour explorer la distance émotionnelle est tout simplement captivante. Ça remet en question notre perception du théâtre moderne!

  2. L’utilisation de la vidéo dans Blind Runner crée vraiment une distance poignante. Cela soulève des questions sur la manière dont la technologie peut enrichir ou appauvrir le théâtre.

  3. La pièce Blind Runner offre une expérience sensorielle fascinante, où chaque gros plan nous plonge dans un océan d’émotions résonnantes. Un voyage à ne pas manquer!

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