La Sociedad Española de Nefrología (S.E.N.) a récemment pris la parole lors d’une audition de la Commission de la Santé du Sénat, aux côtés de l’Organisation Nationale des Transplantes (ONT), de la Société Espagnole des Infirmiers en Néphrologie (SEDEN), et de l’association de patients ALCER, afin de mettre en lumière l’évolution préoccupante de l’insuffisance rénale chronique (IRC). Ce problème continue de s’accentuer dans notre pays, malgré un manque de sensibilisation parmi la population, et cela, en dépit de son fort impact sur le budget de la santé publique ainsi que sur la qualité de vie des personnes touchées.
Globalement, la population a une faible conscience de l’importance de surveiller sa santé rénale. Cela est particulièrement vrai pour les personnes présentant des facteurs de risque évidents tels que l’hypertension, un taux de cholestérol élevé, le diabète et/ou l’obésité. “C’est une maladie discrète qui se manifeste souvent à des stades avancés, nécessitant presque toujours un traitement de remplacement rénal (TRR). Nous connaissons bien les groupes à risque et nous devons agir à leur égard”, a précisé le président de la S.E.N., le Dr. Emilio Sánchez.
Actuellement, plus de 67 000 personnes en Espagne suivent un traitement de remplacement rénal, et environ 7 000 nouvelles admissions en dialyse ou transplantation ont lieu chaque année, dont 25 % en raison du diabète. Cela souligne l’importance des mesures de prévention primaire, qui visent à promouvoir un mode de vie sain, à arrêter de fumer, à contrôler l’obésité et à pratiquer une activité physique. De plus, la prévention secondaire, qui implique un dépistage précoce de l’insuffisance rénale et un traitement rapide, est une stratégie essentielle pour ralentir sa progression et ses complications. Les spécialistes estiment qu’il est crucial de promouvoir ce dépistage auprès des personnes de plus de 65 ans, ainsi que de celles souffrant de diabète, d’hypertension, d’obésité, ayant des antécédents cardiovasculaires ou familiaux de maladie rénale. “Le dépistage précoce et le traitement rapide du déclin de la fonction rénale peuvent retarder jusqu’à 20 ans le recours à la dialyse ou à une transplantation et peuvent être effectués grâce à un simple test sanguin et urinaire pour mesurer la créatinine (filtration glomérulaire) et l’albucine”, a ajouté la secrétaire de la S.E.N., la Dr. María Jesus Puchades.

Éviter le déclin de la fonction rénale
Comme l’a souligné Daniel Gallego, président d’ALCER, l’objectif principal est d’éviter que la fonction rénale ne se détériore au point de nécessiter un TRR. Cela a un impact significatif sur la qualité de vie des personnes concernées ainsi que sur le système de santé, les traitements de remplacement rénal représentant environ 3 % du budget national de la santé.
Dans cette perspective, les néphrologues, le personnel infirmier, les patients, ainsi que l’ONT, représentée par sa directrice générale, Beatriz Domínguez-Gil, ont partagé des recommandations destinées à améliorer la survie et la qualité de vie des personnes sous TRR, tout en réduisant l’impact économique et environnemental de ces traitements.
“Pour les patients nécessitant un traitement de remplacement rénal, le meilleur choix reste la transplantation”, a expliqué Domínguez-Gil. Cinq ans de traitement par transplantation rénale entraînent des économies de 160 253,90 € par patient par rapport à l’hémodialyse en centre, et de 89 115,10 € par rapport à la dialyse péritonéale. Cependant, cette option est limitée par la disponibilité restreinte de reins pour la transplantation, face à l’augmentation constante de la prévalence des maladies rénales et à une diminution des potentiels de don (avec des donneurs souvent plus âgés et donc plus complexes), ainsi que par divers obstacles (démographiques, cliniques, immunologiques, géographiques) à l’accès à la greffe rénale. C’est pourquoi les spécialistes insistent sur la nécessité de promouvoir les greffes rénales de donneurs vivants, dont le nombre a augmenté de 24 % en 2023 en Espagne, consolidant ainsi la position de leader du pays en matière de greffes rénales.
En ce qui concerne le TRR, les experts ont fixé, entre autres, l’ambitieux objectif d’atteindre 25 % de personnes qui commencent leur dialyse à domicile d’ici 2025, ce qui représente un défi majeur étant donné qu’actuellement moins de 17 % des patients réalisent leur dialyse à domicile, contre 76 % en centre.

Les experts estiment qu’au moins 30 % des patients nécessitant un TRR devraient commencer par la dialyse péritonéale. Les arguments sont évidents : d’abord, la survie des patients, qui s’améliore dans les 4-5 premières années avec ce type de traitement. Ensuite, la qualité de vie et le rétablissement d’un équilibre entre vie professionnelle et traitement s’améliorent avec une prise en charge à domicile. En troisième lieu, les coûts économiques, qui sont très élevés pour toutes les formes de TRR ; le coût moyen étant six fois supérieur à celui du traitement du VIH et vingt-quatre fois celui des maladies pulmonaires obstructives chroniques (MPOC) et de l’asthme, mais particulièrement plus élevés en hémodialyse en centre. Enfin, l’impact environnemental serait considérablement réduit par la promotion de la dialyse à domicile. À cet égard, les experts ont présenté des données significatives : le coût moyen de l’hémodialyse en centre est de 70 000 € par patient par an, contre 40-50 000 € pour l’hémodialyse à domicile, et 30-50 000 € pour la dialyse péritonéale, également réalisée à domicile, alors que le coût d’une transplantation rénale s’élève à 20-35 000 €. En matière d’impact environnemental, la dialyse péritonéale nécessite 80 % moins d’eau que l’hémodialyse, 93 % moins d’électricité, et génère 60 % moins de gaz à effet de serre ainsi que 35 % moins de déchets.
Pour toutes ces raisons, les organisations engagées dans la lutte contre les maladies rénales ont sollicité les groupes politiques au sein du Sénat pour inciter les administrations compétentes à se mobiliser en faveur de la dialyse à domicile. Cela pourrait passer par des mesures telles que la création et le développement d’unités de dialyse à domicile au moins dans un hôpital de chaque province, l’implémentation de consultations ERCA (Maladie Rénale Chronique Avancée) pour garantir une prise en charge appropriée lors des phases avancées de la maladie, et surtout, l’introduction de modèles de dialyse péritonéale assistée, qui pourrait lever de nombreux freins culturels empêchant aujourd’hui l’adoption de traitements à domicile, particulièrement pour les personnes âgées.
Bon à savoir
- La détection précoce de l’insuffisance rénale est cruciale pour un traitement efficace.
- Faire de l’exercice régulièrement et adopter une alimentation équilibrée peuvent contribuer à une meilleure santé rénale.
- La transplantation rénale, bien que la meilleure option, doit faire face à des défis de disponibilité des donneurs.