jeu. Juin 25th, 2026
Ce texte a été publié précédemment dans le monographique sur les Prisons. Vous pouvez accéder au monographique complet ici.

Nous avons une certaine conscience des murs des prisons, bien qu’il soit clair que des monographiques comme celui-ci demeurent indispensables pour questionner des discours préconçus au sujet de réalités souvent absentes de droits. Ces travaux abordent le sujet des prisons sans négliger les nuances et les différents points de vue, tout en explorant d’autres alternatives inspirées du féminisme non punitif.

Cependant, il convient de noter que les prisons ne sont pas les seuls lieux où nous enfermons ce qui ne doit pas se mélanger avec la “normalité”. D’autres types de lieux de détention existent, partageant certaines caractéristiques qui devraient éveiller notre alarme. Ouvrons notre regard pour pouvoir nommer et ne plus parler en termes abstraits : ce qui n’est pas nommé peut exister, mais nous risquons de ne pas le voir.

En plus des prisons, il existe d’autres institutions totales telles que les établissements psychiatriques sous diverses formes.

Les établissements psychiatriques, qu’ils soient dédiés aux situations d’urgence, aux jeunes ou aux soins de longue durée, représentent une réalité qui contredit la réforme incomplète des années 80. Bien que celle-ci ait tenté de désactiver une grande partie de la résistance à l’encontre des asiles en revendiquant leur disparition officielle, de nombreux établissements ont simplement changé de nom. Ils se sont transformés en unités psychiatriques de moyenne et longue durée, sans véritables transformations concrètes, souvent dirigées par les mêmes personnes.

D’autres lieux d’enfermement, tels que les Centres de Rétention pour Étrangers (CIE), méritent également de nous faire réfléchir sur ce que nous construisons en tant que société, ou tout au moins ce que nous permettons avec notre silence complice. Bien qu’il existe des organisations, comme l’Association Pro Droits Humains d’Andalousie (APDHA), qui revendiquent leur fermeture depuis des années, ces centres persistent à exister, tout comme les collectifs en faveur de leur fermeture qui se sont multipliés dans des villes comme Valencia, Barcelone, Madrid, et plus encore.

Il est crucial d’examiner les centres pour mineurs, où les abus ont parfois été exposés par les médias ou lors de procédures judiciaires, loin de ce que l’on pourrait qualifier de justice. Ces jeunes ont su s’organiser pour mettre en lumière leur vécu dans ces institutions. Un fanzine intitulé « Sortir pire que l’on est entré. Témoignages de mineurs ayant subi des abus dans l’unité de santé mentale » est à souligner. Certains de ces centres s’apparentent à un mélange de prisons, d’établissements psychiatriques, d’espaces de maltraitance et de revictimisation. Les chiffres qui y sont associés ne sont pas de simples statistiques : ils représentent des vies brisées, des avenirs détruits, des familles éclatées. Par exemple, le 9 juillet 2011, Ramón Barrios est mort dans le cadre d’une “contención” par le personnel de l’établissement pour jeunes de Teresa de Calcuta, à Brea de Tajo (Madrid). “Contención” entre guillemets, car si la mort en est le résultat, on ne peut pas parler de simple “contrôle”. Un autre tragique événement a encore eu lieu, le 1er juillet 2018, lorsque le mineur Iliass Tahiri a succombé asphyxié suite à un maintien au sol à Tierras de Oria, en Almería, géré par la société privée GINSO, tout comme l’établissement où Ramón est décédé. Étonnamment, GINSO continue de gérer ce type d’établissements.

Le fait de ne pas pouvoir quitter librement l’institution dans laquelle on se trouve est un point commun à tous ces lieux, et cela va bien au-delà des prisons.

Les Centres de Rétention ou même des dispositifs psychiatriques ne reposent par définition sur aucune notion de volontarisme. Pensons aussi aux maisons de retraite, où, comme nous l’avons constaté durant la crise du Covid-19, les décisions prises ont conduit à isoler les résidents de leurs proches, les laissant de fait dépourvus de soins médicaux appropriés et à une existence avérée dans des conditions indignes.

Le monographique que nous explorons ici nous offre déjà des pistes pour d’éventuelles alliances. Les expériences vécues dans les unités psychiatriques de femmes démontrent ce que cela signifie de voir ses libertés réduites, de perdre en autonomie. Nous subissons des processus où nos choix alimentaires, médicaux et vestimentaires sont imposés, parfois même contraints, entraînant des conséquences graves sur notre santé.

La division entre les patients est souvent mise en avant. Chroniquement, on nous demande de faire des douches collectives, de rompre l’intimité ou encore de combiner les moments de prise de médicaments avec les repas, créant ainsi des situations de stress inutiles.

Les centres pour mineurs se rapprochent souvent d’un amalgame entre prisons, institutions psychiatriques et lieux de maltraitance.

Je ressens une forte nécessité de tisser des liens, que ce soit pour faire avancer la cause des droits humains ou pour apporter un soutien à ceux qui subissent ces mécanismes d’oppression. Les travaux d’organisations telles que l’APDHA mettent en lumière la réalité derrière les murs des prisons et des centres pour mineurs. Je pense également à des événements comme le Tattoo Circus, qui abordent des thèmes comme les abus de pouvoir et le soutien en matière de santé mentale.

Je souhaite terminer sur une note d’alerte. Les déclarations sur la nécessité de fermer les CIEs rappellent que « être immigrant n’est pas un délit » (et que, par conséquent, il n’est pas légitime de les enfermer). Cette affirmation fait écho à des mouvements qui, lorsque les femmes s’élèvent pour dire « nous ne sommes pas folles », cherchent à revendiquer leur droit à être crues. Dans le même temps, cela rappelle que, même pour ceux qui commettent des infractions, la manière dont nous les traitons en prison mérite une profonde réflexion.

La conscience de cette réalité, liée les unes aux autres, nous pousse à envisager de nouvelles voies d’engagement. Ce chemin vers la justice et l’équité ne doit pas se limiter à certaines catégories de personnes, mais doit inclure toutes les formes d’oppression et de maltraitance auxquelles nous faisons face.

Bon à savoir

  • Les prisons et centres de rétention sont souvent sujets à des abus de pouvoir qui soulignent un besoin urgent de réformes.
  • Les témoignages des jeunes dans les centres pour mineurs révèlent des réalités souvent cachées de maltraitance et de négligence.
  • Des initiatives comme celle de l’APDHA contribuent à sensibiliser le public sur les droits des personnes incarcérées et les conditions de vie dans ces établissements.
  • Des événements culturels tels que le Tattoo Circus visent à sensibiliser le grand public sur les abus systémiques et la santé mentale.


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5 thoughts on “Tisser des ponts au-delà des murs”
  1. Les murs invisibles qui nous entourent sont souvent plus oppressants que ceux des prisons elles-mêmes. Repenser nos institutions est essentiel pour bâtir un avenir plus juste.

  2. Cet article soulève des questions cruciales sur les injustices des systèmes d’enfermement. Il est essentiel d’en parler pour ouvrir les yeux et chercher des solutions alternatives.

  3. Comme une symphonie oubliée, chaque voix dans ces lieux d’enfermement crie son histoire. Écouter ces témoignages, c’est harmoniser la lutte pour les droits humains.

  4. Ce texte met en lumière des réalités cachées qu’il est crucial d’aborder. Les murs des prisons et des institutions doivent être déconstruits pour comprendre la souffrance humaine derrière les chiffres.

  5. Sandrine, votre article met en lumière des réalités souvent ignorées. L’association entre confinement et maltraitance est préoccupante. Merci pour cette réflexion nécessaire.

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