sam. Juin 13th, 2026

Après son départ de Meta, le chercheur en informatique français devenu américain fait son grand retour à Paris avec sa startup, Ami, qui réalise la plus importante levée de fonds « seed » jamais enregistrée en Europe.

Voici Yann LeCun, une figure emblématique pour envisager l’avenir de l’Intelligence Artificielle.

Ce spécialiste français du domaine, pionnier des réseaux neuronaux convolutifs et ancien responsable de l’IA chez Meta, a réussi à lever 1 milliard de dollars (environ 890 millions d’euros) pour sa startup Advanced Machine Intelligence (Ami, signifiant « ami » en français).

Il s’agit de la plus grande levée de fonds « seed » jamais réalisée en Europe avant que l’entreprise n’ait produit un produit.

Ami, fondée en 2026, a pour objectif de créer des systèmes d’IA capables de comprendre le monde réel et d’y agir de manière sécurisée, et compte actuellement 12 employés.

Ce tour de table, dirigé par Cathay Innovation, Greycroft, Hiro Capital, HV Capital et Bezos Expeditions, vise à financer la recherche, favoriser les recrutements et développer des systèmes intelligents fiables. Nvidia figure également parmi les investisseurs. La valorisation de la nouvelle entreprise atteint désormais 3,5 milliards de dollars.

« Nous avons des investisseurs américains, mais aucun des traditionnels capital-risqueurs de la Silicon Valley. C’est assez rare, surtout pour une levée de fonds de cette ampleur hors des États-Unis », a assuré LeCun lors d’une interview.

Aux États-Unis, la levée de fonds qui a fait sensation est celle de Thinking Machine Lab, dirigée par l’ancienne d’OpenAI, Mira Murati, qui a réussi à obtenir 2 milliards de dollars en juin dernier. En 2025, selon Cb Insights, les startups d’IA ont levé environ 225 milliards de dollars, représentant 48% du capital collectif des fonds de capital-risque.

Advanced Machine Intelligence de Yann LeCun

Deux points marquants à retenir sur le projet de LeCun : 1) le siège est à Paris, en Europe. Bien que l’entreprise soit internationale, avec des bureaux à New York, Montréal et Singapour, son quartier général se situe dans l’UE, en raison d’une forte demande pour des systèmes d’IA avancés d’origine européenne.

2) Au lieu de se concentrer sur les modèles linguistiques tels que ChatGPT, désormais souvent assimilés à l’intelligence artificielle, Ami se consacre à l’apprentissage de représentations abstraites du monde, cherchant à reproduire le fonctionnement de l’esprit humain. Ces modèles, appelés world models, sont basés sur une architecture appelée Jepa (joint embedding predictive architecture).

En pratique, cela signifie déplacer le débat de l’imitation du langage vers la modélisation du monde. Contrairement à ChatGPT, qui s’attache à prédire les mots suivants en se basant sur un vaste corpus textuel, les world models cherchent à concevoir une représentation abstraite de la réalité physique et à anticiper comment elle pourrait évoluer dans le temps.

LeCun explique : « Dans une vidéo, tant d’événements peuvent survenir, dont beaucoup sont imprévisibles. J’ai commencé à travailler sur l’auto-supervision il y a 15 ans, mais cela n’a véritablement progressé que ces cinq dernières années, en apprenant à créer une représentation abstraite qui élimine le bruit des détails inutiles. Cela permet d’améliorer considérablement la qualité des prévisions. »

Pour illustrer, prenons l’exemple classique d’une bille sur le bord d’une table. Alors que certains modèles tentent de prévoir les actions au niveau des pixels, comme les modèles textuels, d’autres peuvent établir une carte abstraite de l’espace et des objets, anticipant un résultat : si la bille est sur le bord, elle va probablement tomber.

Le système ainsi conçu peut alors envisager différentes actions basées sur ses anticipations.

LeCun poursuit : « Les modèles linguistiques ne peuvent pas vraiment planifier ou prévoir les conséquences de leurs actions. Bien que nous ayons des systèmes qui réussissent des examens de droit, il nous manque des robots intelligents capables d’égaler un chat domestique. »

Comme il l’a souvent indiqué, LeCun ne croit pas que les modèles linguistiques tels qu’ils existent aujourd’hui aient un grand potentiel d’amélioration pour atteindre un raisonnement semblable à celui des humains.

Advanced Machine Intelligence se déploiera en trois étapes : d’abord, « la phase de recherche et développement qui consistera à optimiser notre méthodologie et architecture pour garantir la sécurité et l’applicabilité. Ensuite, nous collaborerons avec des partenaires industriels tels que des fabricants automobiles, des entreprises aérospatiales, et des groupes biopharmaceutiques pour utiliser notre technologie. Enfin, dans plusieurs années, nous viserons à créer un système intelligent universel. »

Le modèle économique se basera sur des accords de licence avec des partenaires, avec un produit autosuffisant prévu à l’avenir : un système intelligent universel. Meta pourrait même être l’un de ses premiers clients, LeCun ayant laissé l’entreprise en novembre dernier.

À Ami, aux côtés de LeCun, président exécutif, on trouve l’administrateur général Alexandre LeBrun, le directeur scientifique Saining Xie de Google DeepMind, et Pascale Fung, pionnière de l’IA centrée sur l’humain.

Points à retenir

  • Yann LeCun, un acteur clé dans le domaine de l’intelligence artificielle, a levé un milliard de dollars pour sa startup.
  • Ami se concentre sur la création de systèmes d’IA capables de modéliser la réalité plutôt que de se limiter à des modèles linguistiques.
  • Le siège de l’entreprise est basé à Paris, soulignant l’importance croissante de l’Europe dans le secteur de l’IA.
  • Le tour de financement est le plus important jamais réalisé en Europe, ce qui témoigne d’un intérêt accru pour des projets d’IA en dehors de la Silicon Valley.

En somme, l’initiative de Yann LeCun avec Ami est une véritable bouffée d’air frais dans le secteur de l’IA. Ce projet pourrait transformer notre manière d’interagir avec la technologie et nous amener à reconsidérer nos attentes vis-à-vis des systèmes intelligents. Il est passionnant d’imaginer où cette quête de compréhension et de modélisation du monde nous mènera. Quelles seraient les implications sociétales et éthiques d’une telle avancée? Cela mérite, indéniablement, une réflexion approfondie.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *