mer. Août 12th, 2026

Pour établir une paix durable, il est nécessaire de « désarmer » l’intelligence artificielle et de redonner à la « politique » la responsabilité de prévenir guerres et injustices. Les propos du Pape, qui insistent sur la « question de l’humain », résonnent comme une goutte d’eau creusant la roche. À l’occasion de la 60e Journée mondiale de la paix, qui se tiendra le 1er janvier 2027, Léon XIV a choisi le thème : « Désarmer la technique, servir la paix. La politique comme responsabilité préventive », comme l’a annoncé hier le Bureau de presse du Vatican. Ce faisant, le Pontife « souhaite souligner la responsabilité morale de ceux qui agissent dans le domaine politique » et « exhorte l’ensemble de l’humanité à promouvoir la dignité de la personne humaine et à contribuer à la construction de la paix en commençant par le “désarmement de la technique” ».

Comme l’explique longuement Prevost dans Magnifica humanitas, la technologie peut « soigner, connecter, éduquer, préserver notre maison commune, mais elle peut aussi diviser, rejeter et engendrer de nouvelles injustices ». Le « véritable développement » concerne chaque personne, a-t-il affirmé lors de la présentation de l’encyclique, citant Paul VI, et « chaque » signifie que personne ne doit être laissé à la marge de la transformation numérique. Pour le Pontife, « désarmer la technique » signifie la libérer des logiques qui en font un outil de domination, d’exclusion et de mort, afin qu’elle soit « au service de tous et du bien commun ». Cet engagement pour un usage « correct » de l’IA est similaire à celui en faveur du « désarmement nucléaire », pour lequel l’Église s’implique depuis longtemps. Désarmer l’IA implique de la soustraire à la logique de la compétition armée, qui n’est plus seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. Cela signifie « casser cette équivalence entre puissance, technique et droit de gouverner » et empêcher la technologie de « dominer l’humain ». Ce n’est qu’en garantissant la dignité que l’on peut commencer à construire la paix, et la responsabilité, comme l’a souligné Prevost, incombe en grande partie à la politique. « Une IA plus morale n’est pas nécessaire si cette morale est décidée par quelques-uns », développe le texte, invitant à une politique plus présente, capable de ralentir où tout accélère et de protéger les espaces où les communautés peuvent encore participer et interroger.

Sur cette « responsabilité », le Pape est déjà revenu à plusieurs reprises dans ses discours, notamment lors de ses voyages apostoliques. Lors d’une rencontre avec les autorités camerounaises, il a déclaré : « Gouverner signifie aimer son pays et également les pays voisins, écouter réellement les citoyens et valoriser leur intelligence et leur capacité à contribuer à des solutions durables ». Lors de la veillée de prière pour la paix à la Basilique Saint-Pierre, il a insisté sur « les responsabilités incontournables des gouvernants dans les conflits armés », leur demandant de s’asseoir « aux tables du dialogue et de la médiation, et non aux tables où l’on planifie le réarmement et des actions de mort ».

Toujours dans Magnifica humanitas, Léon XIV rappelle qu’« il n’existe pas d’algorithme qui rendre la guerre moralement acceptable » et met en garde contre les risques liés à la délégation des choix militaires à l’intelligence artificielle. Le Pape a consacré une attention particulière à la montée des armes autonomes, qui rendent la guerre de moins en moins contrôlable par l’humain. « Le développement et l’usage de l’IA à des fins militaires doivent être soumis aux plus stricts principes éthiques, dans le respect de la dignité humaine et de la sacralité de la vie », insiste-t-il. Sinon, l’homme perd la responsabilité de choisir entre le bien et le mal. On parle parfois d’« agents moraux artificiels », comme si une machine pouvait garantir la distinction entre le bien et le mal mieux qu’un être humain. Mais selon Prevost, « le jugement moral » ne se réduit pas à un calcul : il implique conscience, responsabilité personnelle et reconnaissance de l’autre comme personne. En parallèle, Léon XIV appelle la communauté internationale à promouvoir des accords susceptibles de sauvegarder la responsabilité humaine et les principes humanitaires dans des contextes où la vie des personnes et la coexistence entre les peuples sont impliquées. La crise du multilatéralisme est également un sujet que le Pape aborde régulièrement. Les institutions conçues pour préserver l’idée d’un destin commun et d’un bien commun mondial semblent affaiblies. La coopération internationale, capable de définir des stratégies communes, en particulier au profit des pays et groupes les plus vulnérables, est plus que jamais nécessaire. Ce mélange d’institutions justes, de témoignages crédibles et de fidélités quotidiennes maintient l’espoir vivant et indique une direction : faire croître la technique sans faire régresser le cœur. « L’humanité, aussi magnifique que blessée, ne doit pas être remplacée ou dépassée », conclut Magnifica humanitas.

Points à retenir

  • Le Pape appelle à « désarmer » l’intelligence artificielle pour favoriser la paix.
  • La technologie peut être un vecteur de progrès ou de division selon son utilisation.
  • La responsabilité politique est cruciale dans la prévention des conflits.
  • Les armes autonomes soulèvent des questions éthiques pressantes.
  • Une coopération internationale est essentielle pour protéger les plus vulnérables.

Il est fascinant de réfléchir à la manière dont la technologie, qui a le potentiel de nous unir, peut également creuser les fossés. Le débat sur l’IA soulève des questions fondamentales sur notre humanité et notre responsabilité collective. En tant que société, devons-nous vraiment laisser les algorithmes décider de notre destin ? Il est impératif que nous prenions du recul et évaluions les implications de nos choix technologiques, en veillant à ce qu’ils servent notre humanité plutôt que de l’aliéner.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *