dim. Juin 14th, 2026

Il est indéniable que l’intelligence artificielle est désormais ancrée dans notre réalité. Pourtant, face à son émergence, une grande partie de la culture semble s’être retranchée derrière un mur de rejet, comme si elle faisait face à un intrus. En effet, l’IA est critiquée pour son risque de supprimer des milliers d’emplois et pour avoir, sans autorisation ni compensation, exploité des millions d’œuvres protégées par des droits d’auteur. Actuellement, le Ministère du Travail et de l’Économie Sociale envisage d’ouvrir une porte à l’utilisation de l’IA dans le secteur artistique, mais uniquement sous certaines conditions qui garantiront la protection des créateurs. L’utilisation de l’IA générative — capable de produire de nouveaux contenus — sera autorisée uniquement si cela est clairement stipulé dans les contrats, limité à l’œuvre concernée, sans remplacer le travail des artistes et techniciens, et seulement pour des modifications non substantielles. Tout autre usage sera interdit, sauf si un accord est atteint avec les parties concernées et qu’elles sont rémunérées.

C’est ce que révèle la dernière version du décret qui débute aujourd’hui une phase de consultation publique. Ce texte, élaboré par le ministère dirigé par Yolanda Díaz, vise à adapter les relations de travail dans le secteur artistique à l’ère numérique. Le ministère se félicite de ce texte, qui modernise une réglementation datant de 1985, en le présentant comme pionnier dans la prise en compte de l’IA générative et dans la protection des créateurs, après une négociation approfondie avec les différentes parties prenantes.

Parallèlement, des sources ministérielles reconnaissent les difficultés rencontrées concernant l’article 13, touchant ces problématiques. L’objectif est d’éviter l’utilisation de l’IA pour reproduire l’image d’un acteur ou la voix d’un doubleur dans un film ultérieur, ou pour alimenter le scénario de séries pour de futures saisons. Cependant, l’interprétation précise de ce qui constitue ou non une modification substantielle reste à définir. Les mêmes sources sont optimistes quant à la mise en œuvre de cette réglementation avant l’été, bien qu’elle ait déjà été promise il y a quelques mois.

Un consensus a également été atteint concernant les restrictions relatives à la production de contenus sur les réseaux sociaux ou dans la publicité par des mineurs. Le ministère propose que les jeunes de moins de 16 ans puissent uniquement exercer des activités d’influenceurs ou de créateurs de contenu dans le cadre d’une relation de travail, avec une entreprise responsable garantissant le respect de limites comme les horaires ou la protection de la période scolaire. Les conditions seront uniformes sur tout le territoire, afin d’empêcher toute entreprise de se tourner vers une région avec des règles plus permissives. Le but est de faire de cela une exception très rare dans le cadre de l’interdiction du travail des enfants prévue par la loi espagnole. En aucun cas, les enfants de moins de deux mois ne pourront apparaître. L’inspection du travail sera chargée de veiller au respect de ces règles, bien que les sanctions possibles restent encore à être clarifiées.

En outre, le décret confirme et renforce des mesures moins controversées déjà présentées en 2025. Il impose notamment la présence d’un coordinateur de l’intimité dans toute production — film, série, pièce de théâtre, opéra, etc. — contenant des scènes sexuelles ou intimes. Ce professionnel, courant aux États-Unis mais moins répandu en Espagne, devra s’assurer que toutes les parties soient à l’aise, consentent et qu’aucun abus ne survienne. Cela est d’autant plus crucial s’il y a un mineur impliqué dans une scène d’intimité, étant donné que les scènes sexuelles sont interdites pour ces tranches d’âge.

Le décret exige aussi que les protocoles contre les violences soient adaptés à un secteur si souvent intermittent, en requérant une « rapidité » dans les interventions pour éviter que des problèmes ne soient réglés une fois que le projet est terminé ou que la production ait cessé. Enfin, le texte vise à reconnaître au sein du temps de travail d’un artiste ou technicien des activités telles que les répétitions ou la promotion. Les rémunérations liées aux droits d’auteur devront également figurer clairement sur les bulletins de salaire.

Avec l’avancement de ce décret, le ministère s’attache à finaliser les mesures qui lui incombent dans le cadre du Statut de l’Artiste. Cela dit, il ne faut pas croire que tout est approuvé pour autant. Le compte à rebours continue, tout comme la liste des tâches en attente pour le gouvernement. En 2018, le Congrès a adopté à l’unanimité un rapport comportant 75 points et environ 60 mesures concrètes. Depuis, bon nombre de ces mesures ont été mises en œuvre : compatibilité entre la perception d’une pension et les revenus tirés d’activités artistiques ; une allocation de chômage nécessitant moins de jours de cotisation ; ou un nouveau contrat de travail artistique.

Néanmoins, certaines mesures restent encore à mettre en place, telles que des réductions et des déductions sur la TVA et l’IRPF, une cotisation d’auto-entrepreneur très réduite prenant en compte l’intermittence du travail culturel, ou la reconnaissance de maladies professionnelles spécifiques, comme une perte de voix pour un chanteur.

Ainsi, les négociations se poursuivent, notamment avec le Ministère de l’Inclusion, de la Sécurité Sociale et des Migrations. Pendant ce temps, huit années et deux gouvernements se sont écoulés. Le temps passe, tout comme l’IA, jusqu’à ce que la loi en décide autrement.

Points à retenir

  • Le projet de décret vise à intégrer l’IA dans le secteur artistique tout en protégeant les créateurs.
  • Une phase de consultation publique a été lancée pour recevoir les avis des parties concernées.
  • Des mesures spécifiques sur l’utilisation d’IA générative sont proposées pour éviter la substitution des artistes.
  • Les mineurs souhaitant devenir créateurs de contenu doivent signer un contrat de travail pour garantir leurs droits.
  • Le début d’une régulation sur les scènes intimes dans les productions artistiques est désormais obligatoire.

En tant qu’observateur de ce domaine en pleine évolution, je me demande comment ces règles pourront réellement équilibrer l’innovation apportée par l’IA et la nécessité de préserver les droits des artistes. Cette question soulève des enjeux importants pour l’avenir de la création artistique et le modèle économique qui l’entoure. Nous devons réfléchir ensemble à la meilleure manière d’accueillir ces avancées technologiques tout en défendant les intérêts des créateurs qui nourrissent notre culture.


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