Le maisons d’édition doivent désormais faire face à un défi inédit, en plus de la piraterie traditionnelle, qui a connu un essor considérable avec le numérique. Ce nouveau problème découle de l’utilisation de textes protégés par le droit d’auteur dans des services d’intelligence artificielle, permettant d’obtenir des résumés et des compendiums sans les autorisations requises. Ce phénomène, en pleine expansion, a été pour la première fois examiné dans la quatrième enquête Ipsos Doxa pour l’Aie, l’Association italienne des éditeurs, en lien avec l’utilisation illicite des livres.
Traitement, conservation et partage
Selon l’étude présentée le 11 février au ministère de la Culture lors d’une réunion organisée avec les éditeurs, l’accord de consultation entre l’Aie et la Fédération italienne des éditeurs de journaux montre que les résumés générés par l’IA sont utilisés par 12 % de la population de plus de 15 ans pour des livres de lecture, par 58 % des étudiants universitaires et par 22 % des travailleurs indépendants pour des textes spécialisés. Par ailleurs, 45 % des utilisateurs conservent ces résumés, chiffre qui monte à 60 % chez les étudiants universitaires, tandis que 20 % à 36 % des personnes les partagent avec leur entourage.
Impact des résumés sur les ventes
Le président d’Ipsos Doxa, Nando Pagnoncelli, a noté que l’étude ne peut pas mesurer les ventes perdues à cause des résumés et compendiums, étant donné la difficulté de cette évaluation. Toutefois, elle permet d’estimer l’impact de la piraterie sur l’édition, comme dans les éditions précédentes de cette enquête.
Estimations sur la piraterie dans l’édition
Selon Ipsos Doxa, la piraterie coûte au secteur 722 millions d’euros de pertes de ventes, représentant 30 % du marché total, à l’exclusion de l’enseignement scolaire et de l’exportation. Ce chiffre est en hausse par rapport à 687 millions deux ans plus tôt et se subdivise entre 439 millions pour l’édition générale, 165 millions pour l’édition universitaire et 118 millions pour les textes professionnels et les bases de données. Bien que la piraterie dans l’édition générale soit en augmentation, celle des deux autres catégories connaît un léger déclin.
La recherche mentionne également la perte de 4 500 emplois dans le secteur du livre, ainsi qu’un impact économique global de 1,95 milliard d’euros pour le système national et 11 500 postes de travail en danger.
Un constat alarmant
En matière de piraterie, il est évalué qu’un Italien sur trois de plus de 15 ans (36 %) a commis au moins un acte de piraterie éditoriale au cours de l’année passée ; ce chiffre atteint 76 % chez les étudiants universitaires et 48 % chez les professionnels.
L’énorme défi à relever
Le président de l’Aie, Innocenzo Cipolletta, a souligné que le niveau de piraterie reste « dramatiquement élevé et cause des dommages ». Il a insisté sur la nécessité d’aborder « l’éléphant dans la pièce », en se référant à l’impact de l’intelligence artificielle sur le secteur.

Deux enjeux majeurs
Cipolletta a expliqué que les résumés et réécritures obtenus par l’IA soulèvent deux grands problèmes : le premier concerne la qualité de l’enseignement supérieur en Italie, qui doit être préservée. Ensuite, il y a le préjudice que subit déjà la chaîne du livre, dont les dommages sont significatifs même si une quantification exacte reste difficile. Les IA doivent être développées et utilisées dans le respect des lois protégeant le droit d’auteur, car sans respect pour cette législation, il n’y a pas d’industrie culturelle, et donc pas de système d’IA, qui, rappelons-le, s’est développé à partir de contenus éditoriaux souvent obtenus de manière illicite. Il est donc crucial de mener des campagnes d’information pour sensibiliser le public italien aux questions de piraterie liées à l’intelligence artificielle et d’appeler les grandes entreprises technologiques à respecter les normes européennes, comme celles de l’AI Act, en toute transparence sur l’utilisation des sources pour l’entraînement des algorithmes.
L’IA et ses dérives
De même, le président de la Fieg, Andrea Riffeser Monti, a souligné que l’IA s’alimente de grandes quantités de données et de contenus : « Si ces contenus ne sont pas vérifiés, fiables et provenant de sources journalistiques qualifiées, le risque est que la technologie amplifie la piraterie, la désinformation et la perte de qualité de l’information. La protection de l’information professionnelle est donc essentielle pour un développement responsable de l’IA. C’est pourquoi la lutte contre la piraterie doit faire partie intégrante des politiques publiques visant à protéger la liberté de la presse, à valoriser les contenus éditoriaux, à réguler les plateformes numériques et à promouvoir une citoyenneté digitale éclairée.
Combattre un mal insidieux
Lors de cette réunion, le sous-secrétaire à la Présidence du Conseil, Alberto Barachini, a rappeler les efforts réalisés par le gouvernement pour sensibiliser le public et a proposé d’impliquer des jeunes influenceurs dans cette lutte contre la piraterie.
Quant au commissaire de l’Agcom, Massimiliano Capitanio, il a déclaré que « la piraterie constitue un cancer culturel et économique. Des mesures technologiques sont nécessaires pour lutter contre elle, mais également une éducation à la légalité, car la gravité de la situation n’est pas suffisamment perçue. L’IA doit être maîtrisée avant qu’elle ne devienne un terrain de sac à dos pour le droit d’auteur ».
Points à retenir
- L’utilisation des résumés générés par l’IA est en forte croissance, notamment chez les étudiants.
- La piraterie dans le secteur de l’édition cause des pertes financières considérables.
- Keen awareness campaigns are essential to educate users about copyright issues related to AI.
- Les grandes entreprises technologiques doivent respecter les normes de transparence imposées par l’AI Act.
- Une collaboration avec de jeunes influenceurs pourrait renforcer la lutte contre la piraterie.
En somme, la question de la piraterie et son rapport avec l’IA représente un défi capital pour notre avenir culturel. Comment concilier les avancées technologiques tout en veillant à la protection des droits d’auteur ? Ce débat mérite d’être largement discuté, car il touche aux fondements même de notre production intellectuelle et créative.