Un nouvel espoir de l’intelligence artificielle fait sensation dans la Silicon Valley : Perplexity. Cette startup, valorisée à 14 milliards de dollars après un récent tour de financement en mai, attire les convoitises des géants Meta et Apple, qui auraient envisagé discrètement de la racheter. Présentée comme une menace sérieuse pour le leadership incontesté de Google Search, Perplexity séduit par son concept d’“answer engine” : vous posez une question, et elle vous renvoie un résumé rédigé de manière naturelle, illustré par des références.
En réalité, le dispositif ne fait que synthétiser les résultats disponibles sur le web et vous propose des liens. Alors, d’où vient tout cet engouement ?
Perplexity se positionne comme une alternative plus épurée, sans publicité intrusive, et animée par un chatbot. Fini le dédale de liens saturés d’optimisation SEO, place à une interface simple où l’on obtient rapidement une réponse claire. Il suffit de demander, par exemple, une liste des meilleurs ouvrages sur la Révolution française ou une explication du Genius Act, et la plateforme génère un paragraphe accompagné de liens vers Wikipedia, des articles de presse ou des discussions Reddit.
Cependant, les critiques pointent une absence d’innovation réelle. Derrière ce vernis séduisant, Perplexity serait un simple habillage sophistiqué reposant essentiellement sur les API de Google et OpenAI, sans technologie propriétaire majeure ni révolution technique. Le service organise l’information du Net sans la transformer.
L’obsession des géants de la tech
Malgré cela, le battage persiste. En mai 2025, entreprise basée à San Francisco, Perplexity a sécurisé 500 millions de dollars supplémentaires, faisant bondir sa valorisation de 9 à 14 milliards en moins de six mois. Parmi ses investisseurs figurent le célèbre Jeff Bezos via sa famille, ainsi que Nvidia.
Les grandes firmes du secteur tournent désormais autour de cette startup. Apple aurait engagé des discussions pour un rachat, tandis que Meta envisage également cette possibilité, même si aucune offre concrète n’a été confirmée.
La logique est limpide : Perplexity croît rapidement et est perçue comme un potentiel “tueur de Google” par de nombreux influenceurs tech et utilisateurs expérimentés de la plateforme X. Le trafic de son site a explosé, et la société propose maintenant une extension Chrome, une application mobile, ainsi qu’une version Pro offrant l’accès à des modèles d’IA avancés comme GPT-4 et Claude.
Pourtant, ce qui justifie vraiment cet impressionnant valorisation demeure flou, hormis la faveur actuelle pour l’intelligence artificielle.
Le scepticisme des spécialistes de l’IA
Pour les détracteurs de ce secteur, la montée en puissance de Perplexity n’est qu’une nouvelle illustration d’une hype décorrélée des résultats concrets. Le site n’entraîne pas ses propres modèles, ne bâtit aucune infrastructure innovante et ne révolutionne pas la recherche en ligne. Il propose uniquement une interface soignée permettant d’interroger des résumés générés à partir de contenus publics.
Une autre ombre au tableau concerne la provenance des données utilisées. Plusieurs organisations médiatiques prestigieuses, notamment The New York Times, Forbes ou encore Wired, ont accusé Perplexity de plagier et d’extraire leurs contenus sans autorisation ni attribution correcte. Cette pratique soulève l’inquiétude des journalistes et éditeurs, qui redoutent une érosion du trafic sur leurs sites au profit de cette nouvelle expérience de recherche.
Le 20 juin, la BBC a rejoint les voix menaçant d’actions judiciaires à l’encontre de Perplexity, accusée d’exploiter ses contenus pour entraîner son “modèle d’IA par défaut”, selon Financial Times.
Le PDG Aravind Srinivas défend son entreprise en la qualifiant “d’agrégateur d’informations”. En juillet 2024, Perplexity a lancé un programme de partage des revenus pour répondre à ces critiques, affirmant vouloir bâtir “un système où tout Internet sort gagnant”.
Alors, pourquoi cet engouement ?
La réponse est simple : la recherche en ligne est une mine d’or. Au premier trimestre, Google a généré 50,7 milliards de dollars grâce à la publicité sur son moteur, soit une progression de 9,8 % en un an. Si Perplexity parvient à capter ne serait-ce qu’une fraction des utilisateurs et à monétiser cette audience, elle deviendra un concurrent réel. Apple et Meta, de plus en plus méfiants à l’égard de Google, voient en Perplexity une entrée rapide dans la course à la recherche basée sur l’IA.
Mais l’enjeu dépasse la simple conquête financière. Celui qui contrôlera la prochaine interface de recherche dominera aussi la relation avec l’utilisateur. À l’image de Google, qui a évincé Yahoo, Perplexity pourrait demain évincer Google lui-même. Voilà pourquoi les géants veulent s’y implanter, même si l’objet exact de leur acquisition reste quelque peu mystérieux.
Points à retenir
- Perplexity est un “answer engine” qui répond aux questions en compilant et synthétisant des informations disponibles sur Internet.
- Sa valeur boursière a grimpé en flèche, basée surtout sur l’engouement pour l’IA et ses promesses plutôt que sur des innovations techniques majeures.
- La startup est critiquée pour son recours aux contenus d’autres médias sans compensation claire, ce qui bouscule le modèle traditionnel de création de contenu en ligne.
- Les principaux acteurs de la tech, comme Apple et Meta, lorgnent sur Perplexity pour ne pas rester dépendants de Google, la superstar incontrôlée de la recherche web.
- Le vrai pouvoir dans la recherche réside non seulement dans la technologie, mais dans la maîtrise de l’accès direct aux utilisateurs.
- Malgré un emballage séduisant et une interface user-friendly, Perplexity fait surtout office de réorganisateur du savoir existant, sans révolutionner radicalement le paysage.
En fin de compte, ce battage autour de Perplexity illustre surtout une vérité bien connue : dans le monde du numérique, ce n’est pas toujours celui qui innove le plus qui gagne, mais celui qui sait le mieux attirer l’attention – même si c’est parfois avec un dictionnaire dans une main et un trompe-l’œil dans l’autre. Entre hype et réalité, qui sait si ce “Google Killer” ne sera pas juste un beau parleur avec un bon curriculum vitae numérique ? À suivre…