Joan Mir, pilote de Honda, a récemment partagé ses réflexions sur ses nombreuses chutes et les défis rencontrés en cours de saison. Il a indiqué qu’alors qu’il avait une moto compétitive en 2020-21, il est actuellement difficile d’aller vite sans dépasser ses limites. Il ajoute également qu’il ressent un manque du bord de mer de Majorque et que, bien qu’il ait consulté un psychologue, ce dernier l’a plutôt aidé à acquérir des outils pour gérer ses problèmes.
Joan Mir se révèle être une personnalité accessible, avec un discours engagé durant l’entretien. Ensemble, nous avons exploré son parcours au sein de Honda et ses réflexions sur son titre mondial remporté avec Suzuki en 2020, ainsi que les difficultés qu’il rencontre actuellement pour retrouver constance et podiums, en raison des nombreuses chutes.
Originaire de Majorque, Mir réside aujourd’hui en Andorre. Il a discuté de l’importance de la gestion mentale, ainsi que du soutien qu’il a reçu d’un psychologue, tout en exprimant son point de vue sur son parcours avec la RC213V.
À l’époque de notre entretien, son transfert dans l’équipe Gresini avec une Ducati officielle pour 2027 n’était pas encore officialisé, bien que largement connu.
Quelle serait, selon toi, l’opposée de la peur ?
« Oh là là ! (après réflexion) dans notre domaine, cela pourrait être le plaisir »
Ton nom évoque également le célèbre peintre espagnol, Joan Miró…
« Je le connais, c’est un artiste un peu particulier, surréaliste ; j’aime son oeuvre, j’aimerais avoir l’un de ses tableaux ! Qui sait, peut-être qu’ils m’en donneraient un à cause de mon nom ! (rire) »
Aimes-tu d’autres activités en dehors de la moto ?
« J’apprécie de rester en forme, le cyclisme et l’entraînement en salle de sport, surtout je passe du temps avec ma famille : je suis père d’un petit garçon de 3 ans, donc je n’ai pas beaucoup de temps pour d’autres activités »
Vis-tu toujours à Palma de Majorque ?
« Non, je vis en Andorre »
Qu’est-ce qui te manque le plus de Majorque ?
« De plus en plus, surtout la famille et les amis… et la mer, bien sûr »
Évolution de Honda
Comment Honda a-t-elle évolué depuis ton arrivée en 2023 ? Ton coéquipier Marini évoque souvent l’aérodynamique…
« Le caractère de la moto est resté assez similaire, même si le moteur et l’aérodynamique se sont améliorés. Au-delà de cela, peu de changements »
Tu as précisé que tu es venu chez Honda pour ramener l’équipe sur le devant de la scène, comme tu l’as fait avec Suzuki. Quel bilan dresses-tu de ton passage chez Honda ?
« C’est une question intéressante. Je pense que le processus n’est pas encore achevé, il reste beaucoup de travail à accomplir. Cependant, dans un contexte difficile pour Honda, nous avons réussi à monter sur le podium, ce qui est déjà notable dans une période où les marques européennes dominent »
Quelles ont été les difficultés rencontrées chez Honda ?
« J’ai eu du mal à gérer ma mentalité. À mon arrivée, je pensais que ce serait plus simple : en 2020, je finis premier, en 2021, troisième ; en 2022, je luttais pour la quatrième place pendant que Suzuki annonçait son retrait. C’était troublant de ne pas être en lice pour le podium. Les résultats me motivent et leur absence a été difficile à encaisser. »
Tu as souvent parlé d’avoir envisagé de te retirer, surtout lors de ta première saison…
« Oui, effectivement »
Cette année, comme lors des précédentes, tu as chuté fréquemment, alors qu’en 2020, tu chutais peu et remportais le titre en gérant ta course. As-tu changé de stratégie : tout donner ou rien ?
« Exactement. Ce sont des moments différents : en 2020 et 2021, ma moto était compétitive donc il était plus facile de prendre des risques. Maintenant, avec cette moto, il est compliqué de rester sous les limites. En prenant des risques, je vais vite, mais cela entraîne nécessairement des chutes »

Réflexions sur le titre mondial
Pensant à ton titre de 2020, penses-tu qu’il y a des choses que le public n’a pas comprises à ce sujet ?
« Bien sûr, sinon tu ne me poserais pas cette question. Je ne sais pas si l’on pense que j’ai couru seul cette année-là… Ou que gagner avec une Honda, Yamaha ou Ducati est plus valable. Quand je suis arrivé chez Suzuki, j’ai trouvé un défi d’y remporter un titre, une tâche qu’aucun n’avait accomplie depuis plus de 20 ans. C’est une victoire qui mérite plus de reconnaissance »
Tu insistes sur cela…
« Ils disaient que j’étais très constant. Mais j’ai gagné avec une Suzuki, ce que personne n’avait fait ! Au fond, au Grand Prix d’Autriche, si Maverick n’avait pas eu de problème de freins, j’aurais doublé mes victoires. Toutefois, cette victoire reste souvent sous-estimée »
De plus, tu es devenu champion du monde lors de ta deuxième année en MotoGP…
« Oui ! »
Après cette victoire, tu as gardé le numéro 36. Si tu revenais en arrière, choisirais-tu le numéro 1 ?
« Non, je préfère le 36. Mon numéro fait partie de mon parcours, tout comme Valentino m’inspirait »
Gestion mentale
As-tu opté pour le numéro jaune en hommage à Valentino ?
« Non, j’aime le jaune, c’était mon père qui m’a encouragé à le porter à mes débuts. »
As-tu travaillé avec un psychologue au cours de ta carrière ?
« Oui, j’ai bénéficié de ce soutien. »
Travaille-tu avec un psychologue actuellement ?
« Non, pas en ce moment. Un psychologue te fournit des outils pour surmonter les difficultés, mais ce ne sont pas eux qui résolvent les problèmes »
Raconte-nous un moment marquant avec Marc Marquez lorsque vous partagez l’équipe…
« J’aurais aimé partager une période différente avec lui, car mon année avec lui n’a pas été simple pour lui, même sans blessures. »
Si tu pouvais dîner avec une personnalité célèbre, qui choisirais-tu ?
« Je préfère dîner avec ma femme (rire) »
Construisons le pilote idéal. Qui excelle en freinage ?
« Si je dois me compter, je dirais Joan Mir ! »
Changement de direction ?
« Acosta »
Meilleure négociation en virage ?
« Bezzecchi »
Meilleur tour rapide ?
« Martín »
Meilleure gestion des médias ?
« Márquez »

Points à retenir
- Joan Mir évoque les défis mentaux et physiques associés à la compétition.
- Le pilote s’adapte aux changements de son équipe et des performances de la moto.
- Les victoires avec des marques moins dominantes doivent être reconnues à leur juste valeur.
- Un accompagnement psychologique peut être bénéfique, mais la résolution des problèmes reste individuelle.
- Joan Mir continue de s’investir dans sa carrière tout en valorisant sa vie familiale.
En réfléchissant à ces échanges, il est intéressant de se demander comment chaque pilote, en fonction de ses expériences, parvient à gérer la pression et les attentes. L’équilibre entre performance sportive et épanouissement personnel est un aspect souvent sous-estimé dans ce milieu compétitif. À travers ces témoignages, je m’interroge sur ma propre vision des défis et des réussites, et je réalise combien il est essentiel de rester connecté à ses passions et à ceux qui nous soutiennent.
