mar. Sep 1st, 2026

Des robots dans des contextes cruciaux : Bien au-delà des humanoïdes capables de réaliser des performances spectaculaires, l’impact le plus significatif de la robotique intelligente se manifeste dans des environnements moins apparents, tels que les hôpitaux, les centres de réhabilitation, les laboratoires biomédicaux ou au domicile des personnes âgées. La situation devient particulièrement décisive pour les secteurs tels que l’hospitalisation, la réhabilitation, l’assistance aux personnes âgées et la recherche biomédicale. En Italie, des initiatives notables émergent, notamment avec le Prisma Lab de l’Université Federico II de Naples sous la direction du professeur Bruno Siciliano, bien que la réglementation appropriée n’ait pas encore été adoptée.

Dans les couloirs des hôpitaux, un robot peut soutenir un patient ayant subi un AVC en lui permettant de pratiquer de nombreux mouvements contrôlés, en transportant des médicaments et des échantillons, en accédant à des zones contaminées, ou en aidant des personnes vulnérables dans leurs tâches quotidiennes. L’objectif n’est pas de remplacer les médecins, les infirmiers et les travailleurs sociaux, mais de les assister dans des tâches répétitives, lourdement physiques ou à risque.

L’Europe se mobilise : Le 2 septembre, le Parlement européen de Bruxelles accueillera une démonstration de 15 robots développés en Europe ainsi qu’une discussion autour d’une proposition de « Robotics Act » basé sur l’IA. Cette initiative est soutenue par le réseau européen euROBIN, en collaboration avec des représentants du Parlement et de la Commission européenne, visant à s’inspirer du modèle du Chips Act, conçu pour renforcer la capacité européenne dans le secteur des semi-conducteurs. L’enjeu ici est de promouvoir la recherche, la production et l’intégration de robots dotés d’intelligence artificielle.

Une proposition en devenir : Le nom « Robotics Act » pourrait faire croire à un règlement imminent. En réalité, il s’agit d’une proposition stratégique issue de la communauté scientifique et industrielle du domaine, visant à engager un dialogue avec les institutions. L’AI Act européen réglemente déjà certains systèmes d’IA selon leurs niveaux de risque. Les robots doivent également se conformer aux normes relatives aux machines, aux dispositifs médicaux, à la sécurité des produits, à la protection des données et à la responsabilité.

Cependant, le Robotics Act proposé ambitionne un objectif plus industriel : empêcher l’Europe de concevoir des technologies avancées sans pouvoir les produire et les commercialiser à grande échelle. La proposition de euROBIN vise à capter 33 % du marché mondial de la robotique basée sur l’intelligence artificielle d’ici 2035. Pour y parvenir, l’Union doit encourager la croissance de cinq à dix grands producteurs européens, entourés d’un écosystème de PME, startups, universités et fournisseurs.

La distance industrielle avec les États-Unis et la Chine reste significative, surtout en matière de production à grande échelle, de disponibilité des capitaux et de rapidité de transformation de la recherche en produits.

Transformer l’IA en « Physical AI » : L’IA générative génère textes, images et données, tandis que la robotique intelligente incarne ces algorithmes dans un corps physique capable de percevoir son environnement, de se mouvoir et d’interagir avec des objets et des personnes. Ce domaine s’inscrit dans le cadre de la « Physical AI »capteurs, caméras, systèmes tactiles et algorithmes permettent à une machine de collecter des informations, d’interpréter une situation et d’adapter son comportement.

Il ne s’agit pas simplement de faire marcher un robot. Dans un contexte sanitaire, il doit se rapprocher d’une personne fragile, reconnaître un obstacle inattendu, doser sa force, s’arrêter rapidement en cas de changement, tout en laissant au professionnel la possibilité d’intervenir. Un faux pas dans un programme de conversation peut être gênant, mais une défaillance d’un robot soutenant un patient peut causer des dommages physiques. C’est pour cela que fiabilité, traçabilité et contrôle humain deviennent des exigences primordiales.

Les hôpitaux, véritables défis pour la robotique : Les hôpitaux représentent des environnements particulièrement complexes pour la robotique. Contrairement à des usines, ils évoluent en permanence, accueillent des individus avec des compétences motrices et cognitives variées, et exigent des décisions rapides. Les robots peuvent déjà faciliter la logistique interne, transportant linge, repas, médicaments, outils et échantillons. Délester le personnel de certaines de ces tâches ne remplace pas l’humain mais permet de libérer du temps pour des soins directs.

D’autres machines peuvent participer à la désinfection ou intervenir dans des zones à risque, réduisant ainsi l’exposition des travailleurs. Dans les laboratoires, des plateformes automatisées peuvent réaliser des procédures standardisées, manipuler des échantillons et améliorer la traçabilité de différentes phases de recherche.

Cependant, le véritable enjeu réside dans l’intégration de ces fonctions avec l’intelligence artificielle sans déshumaniser l’environnement hospitalier. Un robot peut apporter un traitement au service, mais il ne peut ni expliquer un diagnostic, ni percevoir la peur d’un patient, ni assumer la responsabilité clinique d’une décision.

Réhabilitation : mesurer le mouvement répété : Le domaine de la réhabilitation neurologique et motrice est déjà bien avancé grâce à des dispositifs tels que exosquelettes, plateformes robotisées et systèmes pour les membres. Ils aident les patients à répéter des mouvements après un AVC, un traumatisme ou une lésion de la moelle épinière. L’intérêt réside non seulement dans la force fournie par la machine, mais également dans la capacité des capteurs et logiciels à mesurer la trajectoire, la vitesse, la résistance, la symétrie et l’évolution, adaptant l’exercice aux capacités de chaque individu.

La répétition intensive facilite l’apprentissage moteur et la plasticité cérébrale. La machine peut rendre l’entraînement plus constant pendant que le médecin et le kinésithérapeute établissent des objectifs, interprètent les résultats et ajustent le parcours. Toutefois, il est crucial de ne pas confondre l’accès à la technologie avec l’efficacité clinique. Tous les dispositifs ne sont pas adaptés à chaque patient et chaque innovation ne garantit pas une amélioration par rapport aux traitements conventionnels. Des études comparatives, des recommandations précises et des évaluations coûts-bénéfices sont nécessaires.

Assistance à domicile pour les personnes âgées, sans surveillance constante : Le vieillissement de la population est l’une des motivations centrales de la proposition européenne. Le Programme de Recherche Stratégique d’euROBIN souligne parmi les défis futurs l’assistance aux personnes âgées ou en situation de handicap, ainsi que la réhabilitation physique et cognitive, dans un contexte où le nombre de professionnels pourrait s’avérer insuffisant.

À domicile, un robot pourrait rappeler des rendez-vous, acheminer de petits objets, détecter des chutes, faciliter des appels vidéo, ou assister certains mouvements. Il pourrait également soulager les aidants dans les tâches physiques les plus lourdes. Toutefois, ces fonctionnalités soulèvent des questions délicates. Une machine équipée de caméras et de micros pénètre l’espace plus intime de l’individu. Il est essentiel de clarifier les données collectées, leur stockage, qui peut y accéder et pour combien de temps.

Il est également nécessaire de veiller à ce que le robot ne serve pas d’excuse pour réduire les services à domicile ou remplacer la relation humaine. La solitude ne se résout pas par l’installation d’un appareil électronique. La technologie peut renforcer l’autonomie, mais elle ne doit pas instituionaliser l’isolement.

Chirurgie robotique : le médecin reste maître : La chirurgie assistée par robot est déjà pratiquée dans de nombreux hôpitaux, mais ce terme peut prêter à confusion. Dans la majorité des systèmes actuels, le robot n’agit pas de manière autonome ; il traduit les mouvements du chirurgien, peut gommer les tremblements et permet d’opérer avec des outils articulés à travers de petites incisions.

L’intégration de l’intelligence artificielle pourrait aider à identifier des structures anatomiques, analyser des images et signaler des moments cruciaux. Toutefois, le passage d’une assistance à une autonomie accrue nécessitera des vérifications beaucoup plus rigoureuses.

Il faudra déterminer qui est responsable en cas d’erreur : le médecin, l’hôpital, le fabricant, le développeur de l’algorithme ou celui qui a mis à jour le logiciel. En médecine, il ne suffit pas qu’une machine fonctionne bien dans des conditions idéales ; elle doit également être sécurisée face à des variations anatomiques, des saignements, des mouvements imprévus et des pannes.

L’Italie et le laboratoire napolitain de robotique : L’Italie joue un rôle dans ce débat européen. Le professeur Bruno Siciliano, de l’Université Federico II de Naples, est un acteur clé de la rencontre à Bruxelles et une référence internationale dans le domaine de la robotique, avec son Prisma Lab. La école napolitaine se consacre depuis plusieurs années à la robotique collaborative, la manipulation, les systèmes aériens et l’interaction homme-machine. La force italienne réside non pas dans la production de masse, mais dans la capacité à intégrer mécatronique, contrôle, capteurs, intelligence artificielle et design autour de tâches concrètes.

Comme le souligne Siciliano, l’Europe ne doit pas nécessairement se concentrer sur des humanoïdes créés pour des démonstrations spectaculaires. Elle doit développer des machines utiles, fiables et centrées sur l’humain, mettant en avant l’artisanat, la créativité et l’attention à la sécurité.

Le Prisma Lab se fixe pour objectif de permettre à l’Europe d’atteindre un tiers du marché mondial de la robotique générale basée sur l’IA d’ici 2035, tout en soutenant des grands producteurs épaulés par des PME et des startups.

Dix millions de robots pour compenser la baisse de la main-d’œuvre : Parmi les ambitions des promoteurs, mentionnons la possibilité de compenser avec la robotique 50 % de la réduction de la main-d’œuvre prévue dans la prochaine décennie en raison de facteurs démographiques. Cela correspondrait, selon les estimations de la proposition, à environ dix millions de robots à produire et déployer en Europe. Ce chiffre n’implique pas que dix millions de travailleurs seront remplacés, mais indique plutôt une capacité opérationnelle supplémentaire pour des secteurs en pénurie de personnel.

En revanche, dans le domaine de la santé, il est inadéquat de considérer uniquement les machines comme solution. Un robot logistique peut réduire les déplacements d’un infirmier, mais ne comble pas par défaut le manque de professionnels. Introduit sans réorganization adéquate des plannings, de la formation et des parcours de soins, il pourrait compliquer encore les situations.

Evaluation des robots dans le secteur de la santé : Un Robotics Act visant aussi le domaine sanitaire devrait envisager au moins quatre niveaux de vérification. Le premier est la sécurité mécanique : la machine ne doit pas heurter, comprimer ou traîner un individu. Le deuxième concerne le logiciel et l’intelligence artificielle qui doivent rester fiables même face à des situations mal représentées dans les données d’apprentissage. Le troisième niveau est clinique : un dispositif peut fonctionner parfaitement sans améliorer les résultats d’un patient. Pour faire partie des parcours de soins, il doit prouver un véritable bénéfice ou un avantage organisationnel mesurable sans compromettre la sécurité. Enfin, le quatrième niveau aborde l’équité et l’accès. Si seules quelques grandes institutions peuvent se permettre ces nouvelles technologies, la robotique risque d’accentuer les disparités régionales, un point qui sera particulièrement pertinent pour le système de santé italien, marqué par le fossé entre le Nord et le Sud et les différences entre grands hôpitaux et établissements périphériques.

Les enjeux de la dépendance technologique : La robotique en santé ne repose pas uniquement sur l’aspect mécanique. Elle nécessite également des capteurs, des semi-conducteurs, des batteries, des systèmes cloud, des mises à jour logicielles et des modèles d’intelligence artificielle. L’achat d’un robot sans vérifier ses composantes essentielles peut mener à une dépendance vis-à-vis du fabricant. Si une entreprise annule son soutien ou augmente ses frais de licence, l’hôpital risque de se retrouver avec un système inutilisable. L’autonomie européenne inclut donc non seulement la production des robots, mais aussi leur maintenance, leur mise à jour, leur vérification et leur intégration dans les systèmes de santé tout en protégeant les données sensibles dans un cadre de contrôle public.

La cybersécurité devient dès lors partie intégrante de la sécurité clinique. Un appareil connecté peut devenir la cible d’intrusions, de modifications logicielles ou de blocages. Dans un hôpital, une cyberattaque ne signifie pas seulement une perte de données, mais elle peut véritablement entraver les soins.

Rester éloigné de la course aux humanoïdes : La compétition internationale est souvent illustrée par des humanoïdes effectuant des courses, des sauts ou des acrobaties. Bien que ces démonstrations montrent des avancées impressionnantes sur le plan technique, elles ne témoignent pas de la capacité des machines à assister des patients. En matière de santé, des critères tels que la précision, la délicatesse, la prévisibilité, la facilité de désinfection et la capacité de s’arrêter face à l’imprévu sont bien plus significatifs. Un robot au design épuré peut s’avérer plus utile qu’un humanoïde sophistiqué s’il s’acquitte avec efficacité d’une tâche nécessaire.

La proposition européenne pourrait devenir stratégique si elle évite de se focaliser uniquement sur des effets spectaculaires. Le continent abrite des centres de recherche avancés, des compétences cliniques solides et un cadre réglementaire tourné vers la protection de l’individu. Le défi réside dans la transformation de ces atouts en chaînes de production viables.

Le 2 septembre ne marquera pas la naissance d’une nouvelle loi, mais il initiera un dialogue qui pourrait déterminer qui concevra les machines destinées à intégrer nos hôpitaux et nos foyers dans les années à venir. La véritable épreuve consistera non pas à rendre les robots toujours plus ressemblants aux êtres humains, mais bien à les rendre suffisamment fiables, bénéfiques et accessibles pour assister les humains dans leurs pratiques de soin.

Points à retenir

  • Les robots assistent le personnel médical dans des tâches variées mais ne remplacent pas la relation humaine.
  • Une proposition de réglementation sur la robotique avance des objectifs pour le développement de l’IA en Europe.
  • La robotique peut améliorer la réhabilitation grâce à des dispositifs capables de mesurer des données précises sur le mouvement des patients.
  • Les robots à domicile soulèvent des questions éthiques quant à la collecte de données personnelles.
  • Le développement de la robotique en santé nécessite une attention particulière à sa sécurité et à son intégration dans les systèmes existants.

En réfléchissant à l’avenir de la robotique en santé, je me sens particulièrement captivé par les possibilités qui s’offrent à nous. La technologie a le potentiel de transformer nos interactions avec les soins, mais elle doit être utilisée intelligemment. La question reste de savoir comment nous pouvons équilibrer l’assistance technologique avec la préservation de la dignité humaine dans les moments les plus vulnérables de la vie. Le rôle des professionnels de santé, et l’empathie qui guide leurs actions, ne pourront jamais être remplacés, et c’est là que réside le véritable défi.


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