mer. Juin 24th, 2026

Berlin. De plus en plus de personnes atteignent le cap des 100 ans. Des chercheurs viennent de découvrir des indications dans les analyses sanguines qui pourraient expliquer le mystère de la longévité.

La question de l’espérance de vie humaine fascine la science depuis des siècles. Déjà, Platon et Aristote débattaient, il y a plus de 2300 ans, sur les raisons de notre vieillissement. Aujourd’hui, la recherche se concentre sur la complexe interaction entre les gènes et le mode de vie, dans l’espoir de percer le mystère d’une longévité exceptionnelle.

Une nouvelle étude, publiée dans la revue spécialisée « GeroScience », offre des pistes intéressantes : certains indicateurs sanguins pourraient déjà, des décennies avant d’atteindre un âge avancé, révéler qui est destiné à vivre longtemps.

Une étude sans précédent : 44 000 Suédois dans une comparaison à long terme

Il s’agit de l’enquête la plus vaste de ce type jusqu’à présent : une équipe menée par l’épidémiologiste Shunsuke Murata du Karolinska Institut en Suède et du Centre National pour la Recherche Cardio-Vasculaire et Cérébrale au Japon a analysé des données issues de la cohorte Amoris. Cette cohorte regroupe les profils de santé de 44 000 personnes âgées de 64 à 99 ans, examinées médicalement dans les années 1980 et 1990.

Selon l’étude, les chercheurs ont pu suivre, grâce aux registres nationaux, l’évolution de la vie de ces individus sur une période allant jusqu’à 35 ans. Le résultat est surprenant : 1224 d’entre eux, soit environ 2,7 %, ont atteint l’âge d’au moins 100 ans. Il est particulièrement remarquable que près de 85 % des centenaires soient des femmes.

Analyse sanguine et longévité : quels biomarqueurs caractérisent les centenaires ?

Une fois identifiés ceux qui ont effectivement atteint le centenaire, l’équipe de recherche a examiné les valeurs sanguines de ces individus. Selon l’étude, douze biomarqueurs ont été analysés, déjà associés dans des recherches antérieures à des processus de vieillissement ou à un risque accru de mortalité. Ces biomarqueurs incluent ceux indiquant des inflammations, le métabolisme, la fonction hépatique et rénale, ainsi que des signes de malnutrition ou d’anémie.

« Nous avons constaté que les centenaires présentaient, à partir de 60 ans, en général des niveaux de glucose, de créatinine et d’acide urique plus bas », écrit la co-autrice Karin Modig, professeure associée en épidémiologie au Karolinska Institut, dans un article pour « The Conversation ». Bien que les valeurs moyennes de nombreux biomarqueurs soient proches chez les centenaires et les non-centenaires, les valeurs extrêmes étaient rares chez les personnes âgées. Très peu de centenaires avaient, dans leur jeunesse, un niveau de glucose supérieur à 6,5 mmol/L ou une créatinine au-delà de 125 µmol/L.

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Cholestérol, fer, etc. : quels indicateurs sanguins influencent l’espérance de vie ?

L’évaluation détaillée de l’étude montre que dix des douze biomarqueurs sanguins examinés sont liés de manière mesurable à la probabilité d’atteindre 100 ans – seules les valeurs d’Alat et d’albumine ne semblent pas pertinentes. L’Alat est une enzyme hépatique dont une augmentation peut indiquer des lésions organiques. L’albumine, quant à elle, est une protéine produite par le foie, essentielle pour le transport des nutriments et la régulation de l’équilibre hydrique. Ces deux valeurs n’ont pas eu d’impact statistiquement significatif sur la longévité dans cette analyse.

En revanche, les personnes ayant un taux de cholestérol ou de fer très bas avaient moins de chances d’atteindre le centenaire. Des niveaux élevés et durables de glucose, de créatinine, d’acide urique et de certains marqueurs hépatiques diminuaient également les chances de longévité exceptionnelle.

La taille des différences variait selon le biomarqueur. L’effet le plus prononcé concernait l’acide urique : les individus ayant les niveaux les plus bas avaient 4 % de chances d’atteindre 100 ans, tandis que ceux des groupes les plus élevés n’atteignaient que 1,5 % de probabilité – une différence de 2,5 points de pourcentage.

« Bien que les différences observées soient relativement faibles, elles soulignent un lien possible entre la santé métabolique, l’alimentation et une longévité exceptionnelle », souligne Karin Modig.

Limites de la recherche : gènes, mode de vie et aléatoire

L’étude révèle que les différences de biomarqueurs se manifestent des décennies avant le décès. Toutefois, le rôle des prédispositions génétiques ou des habitudes de vie spécifiques reste flou, comme le soulignent les auteurs. Il semble évident que des facteurs tels que l’alimentation ou la consommation d’alcool influencent les valeurs sanguines.

Karin Modig recommande donc de vérifier régulièrement les valeurs rénales, hépatiques, de glucose et d’acide urique en vieillissant. Elle concède également qu’un facteur chance est essentiel pour atteindre un âge avancé.

En fin de compte, les données suggèrent que pour célébrer son centième anniversaire, il faut plus que de simples habitudes saines – il s’agit d’un effet combiné entre des prédispositions génétiques, des circonstances de vie et une pincée de chance.

Bon à savoir

  • La longévité est souvent influencée par des facteurs comme l’alimentation équilibrée et l’activité physique régulière.
  • Les recherches suggèrent que certaines populations, comme les centenaires des zones bleues, affichent des modèles de vie spécifiques favorisant une vie plus longue.
  • Des études complémentaires sont nécessaires pour établir des liens encore plus solides entre biomarqueurs et longévité.

En somme, cette étude attire notre attention sur l’importance de surveiller nos indicateurs de santé tout au long de la vie. Elle souligne également que, même si des habitudes de vie saines peuvent favoriser une vie longue, les mystères de la longévité restent largement à explorer. Quels autres éléments, à votre avis, pourraient influencer notre espérance de vie ?


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