MARIALUISA ROSCINO – De nombreux jeunes, après une période chargée d’études et de travail, peuvent se sentir désemparés pendant les vacances d’été, confrontés à des sentiments de boredom, d’anxiété et de mélancolie. De plus, la perturbation du rythme veille-sommeil peut aggraver leur humeur. Il est donc crucial de trouver un équilibre entre divertissement et mode de vie sain durant cette saison. Si l’été est souvent perçu comme une période de légèreté, de repos et de bien-être, il peut représenter un moment délicat pour certaines personnes, où la mélancolie, l’irritabilité, la tristesse, voire des symptômes dépressifs, peuvent émerger. Ce phénomène, connu sous le nom de « blues d’été », a été corroboré par des études scientifiques récentes décrivant des cas de dépression récurrente spécifiquement durant ces mois. Que pouvons-nous en dire ?
ADELIA LUCATTINI – Le blues d’été est un phénomène complexe, influencé par des facteurs psychologiques, sociaux, environnementaux et neurobiologiques. Il est essentiel de reconnaître les signes précurseurs et d’intervenir avec des stratégies préventives qui peuvent aller de la restructuration des habitudes quotidiennes au soutien psychologique ciblé, en passant par la prise en compte du rythme veille-sommeil et une utilisation consciente de l’alcool. Les causes de cette situation sont variées et souvent interconnectées. Une première composante est de nature psychologique : l’interruption des activités quotidiennes comme le travail, l’école, le sport peut engendrer un sentiment de vide et de désorientation. Ces engagements, en effet, structurent aussi notre équilibre intérieur. Lorsque ces halos d’activités disparaissent, un sentiment de perte peut émerger. Un second facteur est la diminution des contacts sociaux, liée aux vacances et à la fermeture des établissements. Ce phénomène peut engendrer isolement et ennui, particulièrement chez les jeunes. Après une année de travail et d’études intenses, il est courant de veiller tard durant l’été, et cela peut perturber le rythme veille-sommeil, empirant l’humeur, surtout si l’on échchange le jour et la nuit. La consommation d’alcool peut également contribuer à l’apparition ou à l’aggravation de symptômes dépressifs. Comme documenté dans une étude publiée dans “Neuropharmacology” en 2025, l’alcool a un effet dépressogène sur le système nerveux central, freinant l’activité cérébrale et influençant négativement l’humeur et la clarté mentale.
MARIALUISA ROSCINO – Pensez-vous que la dépression touche davantage ceux qui vivent seuls ou cela concerne-t-il tout le monde ?

Adelia Lucattini
ADELIA LUCATTINI – Le blues d’été peut toucher tout le monde. Dans la plupart des cas, il se manifeste sous la forme d’une légère baisse de moral, temporaire et généralement résolutive. Cependant, certaines personnes sont plus vulnérables, notamment celles souffrant déjà de troubles dépressifs majeurs, de dépression saisonnière ou ayant un historique clinique d’épisodes dépressifs. Dans de tels cas, le risque de développer des symptômes dépressifs durant l’été augmente considérablement. Une étude publiée dans “Psychiatry Research” en 2024 a clairement documenté la récurrence estivale des épisodes dépressifs chez des patients à risque. Bien que le blues d’été puisse aussi toucher des personnes bien intégrées socialement, celles vivant seules ou en situation d’isolement forcé sont plus à même de voir leur mélancolie se transformer en dépression. Il est donc crucial de reconnaître ces signaux le plus tôt possible et d’engager des formes de soutien, même légères, comme des contacts sociaux réguliers, une activité physique en plein air et une bonne hygiène du sommeil. Il est également important de distinguer cette solitude de celle choisie, qui est, elle, un choix conscient permettant de se réserver du temps pour soi et qui n’a pas d’implications négatives. À l’inverse, l’isolement subi, comme chez les personnes âgées seules en ville durant l’été ou les jeunes séparés de leurs parents pour de longues périodes, peut représenter une condition à risque. Une recherche publiée dans “British Medical Journal Mental Health” en 2025 a mis en évidence que la solitude figure parmi les principaux prédicteurs de mal-être psychologique chez les populations vulnérables, surtout lorsqu’elle est subie. Vivre seul, manquer de contacts sociaux réguliers ou se sentir isolé peut engendrer un profond malaise qui, s’il perdure, peut se traduire par de véritables symptômes dépressifs.
MARIALUISA ROSCINO – Les données de l’Organisation Mondiale de la Santé montrent une inquiétante montée de la dépression chez les jeunes. Quels pourraient être, selon vous, les facteurs qui mènent les jeunes à ressentir ce malaise psychologique ?
ADELIA LUCATTINI – Ces dernières années, on a constaté une augmentation significative de la dépression chez les adolescents et les jeunes adultes, ce que confirment les données de l’OMS. Selon cette institution, près d’un adolescent sur sept dans le monde souffre d’un trouble mental, la dépression étant l’une des principales causes de maladie et de handicap dans cette tranche d’âge. Une étude parue dans le “Bulletin de l’Organisation Mondiale de la Santé” en 2024 souligne qu’une part importante de ces jeunes ne reçoit aucun traitement psychologique, ce qui contribue à une souffrance latente susceptible de devenir chronique. Les raisons de ce malaise sont multiples et complexes. Tout d’abord, de nombreux adolescents présentant des symptômes dépressifs ou anxieux ne prennent pas en charge leur bien-être psychologique. Il arrive souvent qu’ils manquent de conscience de leur malaise ou, s’ils en ont conscience, ne l’expriment pas ou ne s’adressent pas à des professionnels compétents. Par conséquent, durant l’été, lorsque les routines scolaires et sociales s’interrompent, le malaise peut se manifester plus intensément. Ces jeunes cherchent fréquemment un soulagement immédiat à travers des comportements à risque, tels que la consommation excessive d’alcool ou d’autres substances, ou s’engagent dans des situations périlleuses. Ces comportements, souvent perçus comme des transgressions, masquent une dépression sous-jacente. Une recherche publiée dans “Frontiers in Psychiatry” en 2025 a révélé que les comportements à haut risque pendant l’adolescence sont souvent des mécanismes compensatoires pour lutter contre des vides affectifs et des souffrances intérieures non exprimées. De plus, il est souvent difficile pour les jeunes, voire pour les adultes, de reconnaître les symptômes dépressifs. De nombreuses familles peinent encore à percevoir des signaux tels que l’irritabilité, le retrait social, la fatigue chronique ou les troubles du sommeil comme des manifestations de malaise psychologique. Reconnaître ces signaux est la première étape pour briser la chaîne qui relie la souffrance intérieure à un comportement destructeur.
MARIALUISA ROSCINO – Estimez-vous que le stress et la dépression peuvent être plus prévalents chez les jeunes ayant passé des examens de maturité ou universitaires durant cette période ?
ADELIA LUCATTINI – Oui, effectivement. La période qui suit immédiatement les examens, qu’ils soient de maturité, universitaires ou de stages, est souvent chargée d’attentes et d’une certaine urgence émotionnelle pour “récupérer” le temps perdu durant l’hiver. Après une période de travail intensif, certains jeunes se sentent désemparés, accablés par l’ennui, l’anxiété et la mélancolie. De plus, la perturbation du rythme veille-sommeil peut nuire à l’humeur, ce qui rend vital de gérer cette irrégularité en conciliant plaisir et mode de vie sain. Parfois, passer des mois sur des études est perçu non seulement comme une préparation pour l’avenir mais aussi comme une privation de temps libre et de sociabilité. Ce phénomène est illustré par une étude publiée dans “Frontiers in Education” en 2025, qui démontre que la fin d’un cycle scolaire ou académique peut générer des sentiments de désorientation chez les jeunes. Après les examens de maturité ou la fin d’une licence, l’incertitude quant à l’orientation à prendre—souvent aggravée par un manque de suivi durant le cursus—provoque stress et insécurité. Une étude parue dans le “European Journal of Higher Education Studies” en 2025 confirmera que cette phase décisionnelle est vécue par de nombreux jeunes avec angoisse et fatigue, alimentée par la peur de faire de mauvais choix.
MARIALUISA ROSCINO – Madame Lucattini, pouvez-vous expliquer pourquoi les troubles bipolaires semblent augmenter durant l’été et dans quels cas précis des épisodes de décompensation peuvent survenir ? Quelle manière d’intervenir préconisez-vous ?
ADELIA LUCATTINI – L’été représente une période particulièrement critique pour les personnes souffrant de troubles bipolaires, et ce pour diverses raisons. L’effet combiné d’un ensoleillement intense, d’une humidité élevée, de températures élevées et d’un sommeil perturbé peut profondément affecter l’humeur et la stabilité psychologique, souvent facilitant des crises maniacales ou dépressives. Ce phénomène est bien décrit dans une étude publiée dans “Middle East Current Psychiatry” en 2025, révélant des pics saisonniers de manie et de dépression chez les patients bipolaires, exacerbés par l’anxiété liée aux changements climatiques. Un sommeil perturbé par la chaleur agit comme un déclencheur ; même une légère altération de la qualité ou de la durée du sommeil nocturne peut provoquer des épisodes maniacaux ou dépressifs chez les personnes vulnérables. La « météoropathie », soit la sensibilité aux variations climatiques, est particulièrement marquée chez les patients bipolaires : une étude à grande échelle a montré que ces personnes signalent des scores nettement plus élevés dans les questionnaires dédiés à la sensibilité au climat par rapport à des contrôles en bonne santé, avec des corrélations significatives aux tentatives de suicide, comme l’indique une recherche parue dans “Journal of Affective Disorders” en 2020.
MARIALUISA ROSCINO – Quels conseils donneriez-vous aux jeunes, mais aussi aux adultes, pour mieux profiter de l’été et surmonter le stress, voire même la dépression ?
ADELIA LUCATTINI – Pour ceux qui ont déjà souffert de dépression saisonnière, il est essentiel de consulter rapidement un médecin ou un professionnel dès les premiers symptômes. Une intervention précoce permet d’éviter une aggravation des symptômes. Pour les jeunes dans le post-examens, il est crucial de maintenir des rythmes réguliers, de profiter tout en préservant le sommeil, en évitant d’inverser jour et nuit. Le sommeil nocturne est de meilleure qualité et régénérant ; il est primordial pour la santé mentale : durant la nuit, corps et esprit se régénèrent, des neurotransmetteurs essentiels sont produits et les rêves, éléments essentiels de l’équilibre psychique, se manifestent. Pour bien dormir l’été, il est préférable de se reposer dans des environnements frais. Investir dans un système de refroidissement est un acte de bienveillance envers son bien-être psychologique. Après un examen raté, prendre une pause est bénéfique, mais sans s’isoler. La présence émotionnelle des proches et le soutien des parents sont cruciaux pour retrouver confiance. Les parents doivent encourager un dialogue ouvert, compréhensif et ferme, en soutenant leurs enfants sans générer de culpabilité. En cas de difficultés, il est judicieux de consulter ensemble un professionnel. L’été est aussi une période festive, mais il est important d’éviter les boissons alcoolisées et autres drogues. Ces substances aggravent la dépression et entraînent des comportements à risque ou auto-destructeurs. L’été est l’occasion idéale pour améliorer son mode de vie : une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et l’abandon de la sédentarité contribuent au bien-être du corps et de l’esprit. Accepter de se montrer, c’est aussi reconnaître que notre corps reflète des dimensions profondes de soi. La prise de conscience de ce lien entre intérieur et extérieur est essentielle pour vivre l’été sereinement.
Bon à savoir
- Les facteurs psychosociaux jouent un rôle clé dans le développement de l’anxiété et de la dépression estivales.
- Maintenir des habitudes régulières de sommeil peut aider à stabiliser l’humeur.
- La solitude imposée peut avoir des effets plus dévastateurs sur la santé mentale des jeunes.
En réfléchissant sur le phénomène du blues d’été, il est intéressant de se demander comment la société peut mieux soutenir ses membres, en particulier les jeunes, pendant ces périodes de vulnérabilité. Quels rôles les familles, les écoles et les communautés devraient-elles jouer pour promouvoir un environnement propice au bien-être mental et émotionnel ?