mer. Juin 24th, 2026

“Dans le vin, il y a du bonheur. Manifeste pour une vie pleine (et heureuse)” du Dr Andrea Casadio et du professeur Alberto Grandi, publié le 30 juillet par Aliberti, s’invite sur nos plages avec des éclaircissements bienvenus sur les bienfaits et les risques du vin et des boissons alcoolisées pour notre santé. Selon les auteurs, aucune étude n’a prouvé jusqu’ici que consommer de l’alcool avec modération serait moins bon que de ne pas boire du tout. Ils soulignent ainsi qu’il n’existe pas de “risque zéro” et que les abstinents ne sont pas forcément à l’abri des dangers pour leur santé. La thèse principale avance que la santé n’est pas seulement l’absence de maladies, mais aussi la présence de plaisir, de convivialité et d’équilibre émotionnel.

Couverture du livreLes auteurs de ce pamphlet concis, Andrea Casadio, médecin, journaliste et auteur de télévision, ancien professeur et chercheur en neurosciences à l’Université Columbia, et Alberto Grandi, professeur d’histoire de la nourriture à l’Université de Parme, où il enseigne également l’histoire de l’intégration européenne, ont tous deux un parcours impressionnant. Grandi a écrit plus de cinquante travaux, ainsi qu’un best-seller intitulé “Denominazione di Origine Inventata” (Mondadori). Le livre propose également un Décalogue pour une vie pleine (et heureuse) et un Manifeste audacieux pour une vie épanouie.

Avec la permission de l’éditeur, nous publions un extrait en exclusivité :

Dans le vin, il n’y a pas que de l’alcool : il y a aussi un peu de bonheur, de mémoire et de convivialité. Et avouons-le : interdire de boire, c’est un peu comme interdire de vivre. Cela nous rappelle les révoltes de Paris en 68 : interdit d’interdire !

Toutefois, parmi les peurs modernes qui émergent – du gluten aux réseaux sociaux – l’une d’elles, la peur de l’alcool, prend de l’ampleur. Pas celle des médecins, qui se battent avec des chiffres et des statistiques, mais celle des personnes qui, entre un jus de céleri et une méditation anti-cancer, vous regardent avec horreur si vous osez commander un verre de vin avec votre plat de pâtes. « Sais-tu qu’un seul verre augmente le risque de cancer du sein ? », vous susurrent-ils, tout en croquant dans leur pain protéiné à base d’air comprimé et de spiruline. Comprenons bien : nous ne prétendons pas que l’alcool soit inoffensif. L’éthanol est bel et bien toxique pour notre organisme. Aucun professionnel de santé, nutritionniste ou physiologiste avec un minimum d’honnêteté intellectuelle ne pourrait le nier.

Cependant, il y a quelque chose qui cloche. Pourquoi, si l’alcool n’était qu’un poison, l’humanité l’aurait-elle consommé pendant plus de dix mille ans ? Les anciens Égyptiens l’offraient aux dieux, les Grecs l’utilisaient dans des symposia philosophiques et les Romains le considéraient comme un élément clé de leur alimentation quotidienne.

Dans certaines régions d’Europe, l’eau était si polluée que l’on buvait du vin au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner, sans que cela ne traumatise quiconque. L’homme a toujours bu, de l’hydromel nordique au saké japonais, de la bière sumérienne au lambrusco modenais. Est-ce possible que toute notre civilisation ait avancé pendant des millénaires, verre à la main, uniquement pour s’autodétruire avec élégance ?

La vérité, comme souvent, réside dans un juste milieu. L’alcool est nuisible, bien sûr, mais cet impact dépend de la dose, de la fréquence et du contexte. Ce n’est pas un poison mortel au premier verre, mais non plus un élixir de longue vie, comme aimait le raconter ce vieux proche qui jurait que son petit verre de grappa du soir était la clé de sa longévité.

Ces dernières années, la science s’est attachée à éclaircir cette question, à travers des études et des méta-analyses qui tentent d’évaluer la relation entre consommation d’alcool et santé. Les résultats, hélas, sont tout sauf linéaires.

Par exemple, de nombreuses études d’observation ont montré que ceux qui consomment de l’alcool avec modération – mettons un ou deux verres par jour – présentent une mortalité plus basse que les abstinents. Cependant, beaucoup d’abstinents le sont devenus pour des raisons de santé préexistantes, rendant difficile l’établissement d’une relation de cause à effet réelle. Ce n’est pas le vin qui prolonge la vie, mais ceux qui sont en bonne santé, actifs et entourés, qui consomment généralement un peu de vin. Ils boivent peut-être en bonne compagnie, rient, aiment, digèrent mieux et oublient, l’espace d’un instant, les tracas du quotidien.

Certaines études ont même suggéré qu’une consommation modérée d’alcool pourrait avoir un effet protecteur sur le cœur, en stimulant l’augmentation du bon cholestérol HDL et en améliorant la fluidité sanguine. Dans les fameuses « zones bleues » du monde, lieux où les gens vivent plus longtemps et mieux, le vin est souvent présent, bien que toujours dans un cadre traditionnel et équilibré. Mais attention à ne pas penser que la bouteille est la clé de la longévité. Elle n’est qu’un élément, et pas même le plus essentiel, d’un mode de vie qui inclut une alimentation équilibrée, un exercice quotidien, des relations saines et un certain détachement vis-à-vis de l’anxiété liée à la performance. Il a également été révélé qu’une consommation modérée pourrait réduire le risque de démence et le déclin cognitif, mais encore une fois, l’effet positif semble plus lié à la socialisation qu’à l’éthanol lui-même. En d’autres termes : consommer modérément, en bonne compagnie, est bénéfique pour l’esprit, mais plutôt pour les échanges entre amis que pour le contenu du verre.

Cela dit, aucune étude n’a jamais affirmé que boire modérément était pire que de ne pas boire du tout. Cependant, dans certains milieux, la diabolisation de l’alcool a atteint des sommets dignes d’une inquisition : si vous osez dire que vous appréciez un bon Chianti avec un steak, vous êtes regardé comme un négationniste de la science. Comme si une seule voie vers la santé existait : celle de l’abstinence, de l’autocontrôle et des infusions tièdes de chardon marie.

Pourtant, la santé n’est pas seulement l’absence de maladie, mais aussi la présence de plaisir, de convivialité et d’équilibre émotionnel. Dans cette perspective, un verre peut apporter bien plus que son interdiction ne pourrait le faire.

Il est également crucial de considérer l’aspect psychologique. L’alcool, utilisé de façon modérée, est un lubrifiant social, un désinhibiteur qui dissipe les tensions. D’où son omniprésence dans les rituels collectifs, les rencontres romantiques et les repas entre amis. L’éviter complètement, par choix ou peur, peut aboutir à des interactions sociales rigides, peu bénéfiques pour quiconque. C’est un peu comme vivre toute sa vie avec une chemise rentrée dans le pantalon et sans jamais retirer ses chaussures : cela peut être correct, mais c’est aussi tristement restrictif.

Inutile de devenir sommelier pour apprécier un verre ; mais il n’est pas nécessaire non plus de se transformer en croisé de la sobriété pour préserver sa santé. L’alcool, comme presque tout ce qui touche au plaisir, exige un équilibre. Si votre verre de vin accompagne un plat sain, en bonne compagnie, après une journée active et réjouissante, il est probable que l’impact général soit positif, non pas par magie, mais en raison d’une simple réalité : l’être humain est un animal complexe, fait de biochimie et de rêves, d’enzymes et de poésie. Nier tout plaisir au nom d’une pureté biologique abstraite peut, à terme, provoquer plus de dommages que l’alcool lui-même.

En résumé, il est sage d’être conscient. Il est essentiel de reconnaître que l’alcool, à des doses excessives, présente des risques, mais que même à juste titre, il a ses effets. Mais il est tout aussi crucial d’admettre qu’une vie pleine de prohibitions peut devenir stérile, et que le bien-être ne se mesure pas qu’en milligrammes par décilitre. Au final, ce qui importe, c’est la mesure, la sagesse et la capacité à profiter de la vie sans en être esclave. Alors, levons notre verre. Non pas pour défier la science, mais pour célébrer notre humanité.

Bon à savoir

  • Consommer de l’alcool avec modération pourrait offrir des bénéfices sociaux, facilitant les interactions lors d’événements.
  • Des études suggèrent que la modération dans la consommation d’alcool peut préserver certaines fonctions cognitives.
  • Le plaisir partagé autour d’un verre, dans un cadre convivial, contribue positivement à l’expérience humaine.

Dans un monde où les débats se polarisent autour de la consommation d’alcool, il est essentiel d’explorer les nuances de ce sujet. La question demeure : jusqu’où peut-on aller pour préserver un équilibre entre la santé physique et le bien-être émotionnel ? Cette réflexion invite chacun à envisager sa propre relation avec l’alcool et à questionner les normes sociales qui entourent ce thème.


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