mer. Juin 24th, 2026

Article original rédigé par : Dott. Bruno Bertagna * Gériatre, ASL TORINO, membre de SISMED, ancien secrétaire national

En 1972 déjà, le professeur Francesco Maria Antonini, éminent gériatre et titulaire depuis 1962 de la première chaire de gérontologie et gériatrie à l’Université de Florence, a chargé son collaborateur, le professeur Angiolo Sordi, de rédiger deux chapitres pour le Traité de gérontologie et de gériatrie qu’il s’apprêtait à élaborer avec l’aide d’un autre collaborateur, le professeur Carlo Fumagalli, pour l’éditeur A. Wassermann de Milan.

Le professeur Antonini a été un pionnier de la gériatrie moderne, convaincu que les soins gériatriques devaient être intensifs, progressifs et réhabilitatifs. Il a également souligné l’importance de l’Unité de Soins et préconisé un modèle d’hôpital ouvert, tout en s’engageant dans des recherches sur les personnes âgées fragiles. Son enseignement alliait recherche scientifique et application des fondamentaux théoriques et pratiques de la diagnostic et de la thérapeutique, tout en intégrant une vision humaniste de la médecine ainsi qu’une étude anthropologique, sociologique et psychologique de la personne âgée, dépeignant la vieillesse comme une “phase importante de maturation individuelle”.

Dans cette perspective, Antonini a inspiré le développement, par Angiolo Sordi, du concept de “Geragogie”, un terme qu’il a lui-même inventé, désignant l’”éducation à la vieillesse” avec l’ambition d’enseigner aux aînés un “nouveau regard intérieur sur la manière de gérer leur existence”.

Selon Angiolo Sordi, “la vieillesse représente une grande opportunité pour adopter un rôle non professionnel, le métier d’homme, permettant de vivre pleinement une existence qui améliore et affine la qualité de vivre”.

En accord avec les idées du professeur Antonini, Sordi affirmait que “la vieillesse est le point culminant de l’existence. Loin d’être un simple déclin, c’est une occasion unique, propice à adopter certaines attitudes, à se diriger vers des zones où la pensée prévaut sur l’action… afin que chacun, en vieillissant, puisse devenir un philosophe, observant, méditant, évaluant et tolérant”.

La geragogie, selon la conception de l’École de Florence, dépasse la simple prévention. Elle vise à préparer les individus à affronter les changements physiques, psychologiques et sociaux liés au vieillissement, en leur enseignant comment gérer leur existence de manière optimale.

Les fondements de la geragogie trouvent leurs racines dans la philosophie antique. On se souvient des mots de Caton dans le “De Senectute” de Cicéron : “Les vieux ne font pas le travail des jeunes, mais s’engagent dans des tâches beaucoup plus sérieuses et importantes”, ainsi que ceux de Sénèque dans l’Épître à Lucilius : “La maturation et la vieillesse acquièrent une nouvelle valeur, enrichie par la sagesse et l’expérience, considérées comme des repères pour la société et la famille. La vie qui aboutit à la sagesse a atteint son but le plus important”.

Plus récemment, Romano Guardini, théologien et écrivain, écrivait dans “Les âges de la vie” en 1953 : “Il y a une manière juste et une manière erronée de vieillir. Vieillit correctement celui qui accepte intérieurement de devenir vieux. Celui qui vieillit de manière adéquate sera capable de comprendre la totalité de la vie et transmettra cette capacité à ses enfants et petits-enfants, agissant en créateur de la société de son présent et de son avenir, même si celui-ci ne lui appartient plus”.

Ces réflexions ont sans doute inspiré le professeur Antonini lorsqu’il évoquait la vieillesse comme une victoire. Une victoire sur la maladie, certes, mais aussi sur une conception réductrice de la vieillesse qui se limite à contempler les pertes, sans mobiliser des comportements compensatoires ou investir en soi pour développer les capacités, tant psychiques que physiques.

Dans cette optique, le professeur Costantino Iandolo s’exprimait en 1982 dans son ouvrage intitulé “Les deux vieillesses”.

Nous sommes tous conscients que, surtout au cours du dernier siècle, la durée de vie moyenne a considérablement augmenté. Cela est dû à l’amélioration des conditions économiques, aux avancées médicales, à l’optimisation des styles de vie et à la mise en place d’un “Etat de bien-être”.

Cependant, il est crucial de se poser la question de “comment vieillissons-nous ?”. Les rapports sur l’espérance de vie en bonne santé et sans handicap ne sont pas aussi encourageants. Paradoxalement, l’objectif médical d’éviter la mort prématurée semble plus facilement atteignable que celui d’éviter l’invalidité. Parmi les objectifs principaux de la médecine gériatrique se trouve également la prévention des événements pouvant entraîner des handicaps, et en cas de maladie, le rétablissement complet sans complications et le retour, autant que possible, aux modes de vie d’avant l’événement.

Le processus de vieillissement est influencé par de nombreux facteurs, allant des éléments génétiques aux styles de vie, en passant par les conditions économiques et sociales, les maladies et les pertes affectives, sociales et matérielles. C’est l’interaction de ces facteurs et des mécanismes de compensation qui entraîne les changements observés au cours de la vieillesse.

La prévention, par le biais d’un mode de vie sain (alimentation équilibrée, activité physique, stimulation intellectuelle, relations sociales, abstention de substances nuisibles), doit commencer dès le plus jeune âge, car “la vieillesse se construit tout au long de la vie”. Cependant, c’est souvent lors de la “crise de la maturité” que, après un bilan des expériences et des objectifs, on se questionne sur le sens de l’existence et sur la valeur de sa propre vie. C’est alors qu’il est nécessaire de choisir entre la contemplation des pertes et la mise en œuvre de nouvelles ressources, d’explorer de nouvelles possibilités d’investissement personnel.

Celle ou celui qui traverse cette phase de la vie doit être conscient que la contemplation passive des pertes subies est un vecteur de risques pour le bien-être psychologique, la santé, l’isolement social et la maladie.

À l’inverse, envisager la vieillesse comme un moment de transformation et d’opportunités nouvelles aide à donner un sens aux pertes, à reconnaître la possibilité de combler les vides par de nouveaux contenus et investissements. Vieillir devient alors une occasion de redéfinir ses projets de vie, de développer de nouvelles compétences et d’acquérir de nouveaux rôles enrichissants et valorisés socialement.

Une vision harmonieuse de la vieillesse ne s’oppose pas aux autres phases de la vie, mais les complète, représentant le moment de la récolte des fruits de tout un parcours.

Depuis plus de 20 ans, l’Organisation Mondiale de la Santé promeut le vieillissement actif. “Vieillir activement signifie vieillir en optimisant toutes les opportunités qui contribuent au bien-être et au maintien de la santé : entretenir de bonnes relations sociales, rester curieux et engagé, éviter la sédentarité, faire attention à son alimentation, participer à des programmes de prévention, et contribuer à la vie communautaire tout en cultivant une image positive de soi et des autres”.

Les bénéfices du vieillissement actif sont désormais bien documentés, englobant le maintien du bien-être physique et psychique, la préservation de l’autonomie personnelle, et la lutte contre l’apparition et l’évolution des maladies.

La geragogie, en tant que branche de la gérontologie, sert d’outil éducatif pour atteindre ces objectifs. Elle repose sur la reconnaissance et la valorisation des personnes âgées, ainsi que sur la lutte contre les stéréotypes et les discriminations.

Cette approche se concrétise à travers un accompagnement vers la prise de conscience et l’acceptation des changements, ainsi que l’identification de nouveaux objectifs de vie et la conception d’un parcours positif pour vivre pleinement cette étape.

Bon à savoir

  • Au fil des décennies, la gériatrie a progressé en intégrant des approches holistiques qui prennent en compte les aspects psychologiques, sociaux et humains de la vieillesse.
  • Des études montrent que le vieillissement actif contribue à améliorer la qualité de vie et à réduire l’isolement social chez les personnes âgées.
  • Les programmes de geragogie peuvent inclure des activités variées telles que des ateliers de développement personnel, des cours de prévention santé et des initiatives communautaires.

Il est intéressant de réfléchir à la manière dont notre société perçoit le vieillissement. La valorisation des aînés et l’engagement à leur égard peuvent transformer cette phase de la vie en une période fertile d’apprentissage, de partage et de créativité. Comment pouvons-nous, en tant que communauté, encourager une vision positive et inclusive du vieillissement ?


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One thought on “Nouvelle culture du vieillissement – SISMED”
  1. C’est fascinant de voir comment la gériatrie évolue pour valoriser le vieillissement. Une approche humaniste qui peut vraiment enrichir nos vies et celles de nos aînés.

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