mer. Juin 24th, 2026

Les Français se rendent à la boulangerie deux fois par jour pour acheter leurs baguettes fraîches, que le président Emmanuel Macron a décrites comme “250 grammes de magie et de perfection”.

Cependant, cette tradition est menacée par la crise économique actuelle, l’augmentation du coût de la vie et la diminution du pouvoir d’achat des ménages. Le supermarché allemand Lidl, connu pour ses prix bas, se lance dans la bataille contre les boulangers artisanaux français avec une baguette à 1,09 euros proposant une baguette de qualité inférieure à seulement 0,29 euros.

Insipide, molle et farineuse, la baguette de Lidl est vendue à un prix bien inférieur à la moyenne de 1,09 euros pour ce produit de base, bien plus savoureux, provenant des 34 000 boulangeries artisanales du pays. Cette différence de prix a déclenché une nouvelle round de la “guerre des baguettes”, où boulangers et meuniers accusent Lidl et son concurrent Aldi de mettre en péril le mode de vie français avec leur pain à bas prix.

À 20 kilomètres de Dreux, à Houdan, une ville commerçante prospère en périphérie de Paris, les boulangeries locales rejettent ces baguettes bon marché. “C’est une concurrence déloyale entre les artisans et les supermarchés,” a déclaré Jean-Luc Legrand, propriétaire de La Flûte de Chaud Pain, une boulangerie bien établie au cœur du vieux Houdan. “C’est un produit d’appel pour les grandes marques. C’est une farine de très basse qualité. Nous utilisons des produits de qualité.”

“Les petits boulangers ne peuvent pas rivaliser avec les machines industrielles que utilisent les grandes surfaces,” a ajouté Legrand. Le nom de sa boulangerie est un jeu de mots entre “flûte chaude”, un type de baguette plus large, et “flûte de Chopin”.

Patrimoine culturel

Le prix de la baguette, un aliment inscrit par l’UNESCO en 2023 sur sa liste de “Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité”, a longtemps été un indicateur économique. Ce prix avait été fixé par l’État jusqu’en 1987, lorsque la baguette se vendait pour l’équivalent de 0,19 euros.

La récente flambée de l’inflation, consécutive à la pandémie, a fait grimper le prix moyen au-dessus d’un euro, se situant environ à 1,20 euros à Paris. Le coût élevé de la main-d’œuvre en France, représentant 40 % de la valeur du pain, s’est combiné à l’augmentation des prix de l’électricité, forçant certains boulangers à fermer boutique.

Le prix de la baguette, un aliment inscrit par l’UNESCO en 2023 sur sa liste de “Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité”, a longtemps été un indicateur économique.
Le prix de la baguette, un aliment inscrit par l’UNESCO en 2023 sur sa liste de “Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité”, a longtemps été un indicateur économique.

Les goûts ont changé : 60 % des consommateurs se tournent désormais vers les baguettes “traditionnelles”, plus croustillantes et savoureuses, qui coûtent environ 0,20 euros de plus que la variété “ordinaire”, et jusqu’à 1,60 euros à Paris. Bien que les ventes aient diminué au fil des décennies, une famille moyenne de quatre personnes continue de consommer deux baguettes par jour.

Les artisans, souvent sur le terrain dès 3 heures du matin, luttent, avec le soutien de l’État, pour se défendre contre la variété de supermarché, qui est précuite, congelée puis cuite sur place, et vendue aux alentours de 0,55 euros. Les boulangeries traditionnelles maintiennent encore 60 % du marché. La meilleure baguette de France est un concours parmi les artisans et le gagnant de l’année fournit son pain au président et au palais de l’Élysée.

Le mode de vie en question

Dans le dernier épisode de cette controverse, en 2022, la chaîne de supermarchés Leclerc a été accusée de tenter de “sabotager le mode de vie français”, en offrant des baguettes à un prix de 0,29 euros pendant un temps.

Cette fois-ci, Lidl et Aldi se retrouvent au cœur des accusations similaires. Dominique Anract, président de la Confédération Nationale de Boulangeries et Pâtisseries, a déclaré : “Cela détruit toute la chaîne de valeur : l’agriculture et la meunerie”.

Il a comparé la pâte précuite des supermarchés, qu’il estime chargée d’additifs, à la dévotion des artisans qui utilisent des ingrédients de qualité. “Les boulangers artisans pétrissent leur pâte plus longtemps. Ils cuisent le pain immédiatement et cela nécessite des heures de travail“, a-t-il expliqué.

Les boulangers demandent aux autorités d’intervenir contre les deux chaînes de supermarchés pour violation de la loi française sur les “produits d’appel”. Cette dernière interdit la vente de tout produit à un prix inférieur au coût, sauf durant les périodes de soldes officielles.

Lidl conteste que ses promotions enfreignent la loi. “Nous produisons de grands volumes de baguettes, un modèle très efficace qui permet d’importantes économies d’échelle”, a déclaré Thomas Braun, directeur des achats de Lidl France.

Bon à savoir

  • La baguette française fait partie des aliments emblématiques et de la culture culinaire du pays.
  • La crise économique a eu des répercussions sur les habitudes alimentaires des Français, les incitant à se tourner vers des options moins coûteuses.
  • Certaines boulangeries commencent à diversifier leur offre pour faire face à la concurrence des supermarchés.

Face à cette situation délicate, la question se pose : comment préserver une tradition culinaire tout en répondant aux exigences économiques modernes ? Les enjeux liés à la qualité, au prix et à la culture méritent une réflexion approfondie pour envisager un avenir harmonieux entre artisanat et consommation de masse.


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