Les députés du Parlement européen, issus de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO), estiment que les plateformes en ligne ne protègent pas suffisamment les mineurs des risques inhérents à Internet. Lors d’une réunion récente, ils ont présenté un rapport de 26 pages contenant des recommandations pour renforcer les contrôles et introduire de nouvelles mesures. Les sujets abordés vont des jeux vidéo aux conceptions addictives, en passant par l’intelligence artificielle et la gestion des influenceurs mineurs par les plateformes.
Une des propositions les plus marquantes de cette initiative est l’instauration d’un âge minimum unique de 16 ans pour accéder aux réseaux sociaux, aux plateformes vidéo et aux “compagnons IA”. Toutefois, avec l’accord des parents, cet âge pourrait être abaissé à 13 ans.
Des pays comme l’Australie ont déjà convenu d’une telle limite, dont la mise en œuvre est attendue en décembre prochain. Cependant, instaurer une telle restriction nécessite généralement des contrôles d’âge rigoureux, une démarche récemment soutenue par les ministres du numérique des États membres de l’UE. Cependant, des organisations comme EDRi, qui défendent les droits numériques, émettent des réserves sur cette approche.
Des défis pour la mise en place de contrôles d’âge
Actuellement, l’utilisation d’Instagram et TikTok est limitée aux personnes de 13 ans et plus, mais les contrôles d’âge ne sont pas strictement appliqués. Pour établir une limite d’âge claire, une nouvelle législation serait probablement nécessaire, le règlement sur les services numériques (DSA) offrant seulement des limitations d’âge parmi d’autres mesures pour réduire les risques. La Commission européenne examine actuellement les modalités appropriées des contrôles d’âge.
Le rapport préconise que les contrôles d’âge soient simples, sûrs et respectueux de la vie privée. Les députés voient dans la future application de portefeuille numérique de l’UE (EUDI-Wallet) une possibilité de remplir ces objectifs. Ils soutiennent également le développement en cours d’une application dédiée à l’âge, dont les fonctionnalités seront intégrées dans la EUDI-Wallet. Les “protocole de preuve à divulgation nulle de connaissance” pourraient permettre aux services en ligne de savoir si une personne est suffisamment âgée sans besoin de l’identifier.
Cependant, le comité souligne qu’il est essentiel de reconnaitre que les contrôles d’âge peuvent être contournés avec facilité et peuvent engendrer d’autres problèmes, notamment en matière d’accès et de discrimination excessive. Il est requis que toutes les mesures relatives à ces contrôles soient minutieusement évaluées afin de préserver les droits fondamentaux et que des régulations ne soient mises en place que si elles sont absolument nécessaires et proportionnées.
Des interdictions pour protéger les mineurs
Le rapport insiste sur le fait que les contrôles d’âge ne sont pas une solution miracle. Ils ne libèrent pas les plateformes de leur obligation de concevoir des produits sécurisés dès le départ. Les députés appellent donc à une interdiction totale des éléments de design jugés les plus addictifs pour les mineurs, y compris les algorithmes recommandant des contenus basés sur les comportements des utilisateurs.
Le “profilage” des mineurs, c’est-à-dire la création de profils d’utilisateurs à partir de leurs données pour la recommandation de contenus ou la publicité, sera également prohibé. De plus, les jeux en ligne accessibles aux mineurs devraient interdire les mécanismes de “jeu d’argent”, comme les loot boxes, dont le contenu reste inconnu jusqu’à leur ouverture.
Bien que certains problèmes puissent déjà être résolus grâce aux dispositions du DSA, les propositions du comité vont plus loin. Une opportunité pour l’application de lois plus strictes pourrait surgir avec le projet de Digital Fairness Act de l’UE, mentionné plusieurs fois dans le rapport. Une consultation publique est en cours pour ce projet, prévu pour le dernier trimestre de 2026.
Responsabilité personnelle des gestionnaires de plateforme
La commission appelle la Commission européenne à appliquer rigoureusement le DSA ainsi que l’AI Act. Il est suggéré qu’en cas de violations graves et répétées, des dirigeants d’entreprises soient tenus personnellement responsables, sur le modèle de la loi britannique sur la sécurité en ligne.
De plus, les députés souhaitent que les plateformes cessent de soutenir les influenceurs mineurs en monétisant leur contenu et en leur offrant des incitations financières ou matérielles. Toutefois, cela n’affecterait pas les accords commerciaux privés, l’une des principales sources de revenus des influenceurs, souvent gérés par leurs parents et visant un public souvent également mineur.
Le rapport a été approuvé par une majorité solide, avec 32 voix pour, 5 contre et 9 abstentions. Le parlement se prononcera sur les propositions en novembre prochain.
Points à retenir
- Proposition d’instaurer un âge minimum de 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux et plateformes vidéo.
- Possibilité de baisser la limite à 13 ans avec le consentement parental.
- Insatisfaction des organisations sur l’efficacité des contrôles d’âge.
- Recommandation d’une plateforme numérique sécurisée et respectueuse de la vie privée.
- Interdiction des mécanismes addictifs comme le profilage et les loot boxes pour les mineurs.
- Appel à l’UE pour que les dirigeants de plateforme soient tenus responsables des violations.
En repensant l’accès des mineurs aux plateformes numériques, je me demande si la véritable solution ne réside pas dans l’éducation à une utilisation responsable d’Internet, plutôt que de se concentrer uniquement sur des mesures restrictives. Comment allons-nous préparer les jeunes à naviguer dans un monde numérique en constante évolution tout en les protégeant des dangers qui l’accompagnent ? Cette question mérite d’être explorée avec passion et sérieux.
