Retour aux années 2010, Meta Platforms s’intéressait déjà aux cryptomonnaies, en particulier aux stablecoins. En juin 2019, le géant de la tech lançait Libra, une première tentative ambitieuse de stablecoin. Mais entre problèmes réglementaires et risques pour sa réputation, ce projet a vite capoté, malgré le soutien initial de poids lourds du paiement comme Mastercard et Visa.
Libra était censée être régie par une association indépendante, mais en octobre 2019, Mastercard et Visa se sont retirés, fragilisant grandement le projet. Meta a alors rebaptisé Libra en « Diem », une tentative qui n’a pas convaincu la Réserve fédérale américaine, frein décisif dans le lancement. Finalement, le projet a été abandonné début 2022.
Depuis, le secteur des cryptos a considérablement évolué, tout comme la perception qu’on en a. Pourquoi Meta voudrait-il retenter l’aventure ? Et cette fois, pourrait-il mieux réussir ? Les changements dans les affaires de Meta et dans le milieu des cryptos donnent quelques pistes.
Focus sur les stablecoins et l’histoire de Libra
Les stablecoins sont des cryptomonnaies conçues pour conserver une valeur stable, souvent indexée sur le dollar américain ou sur des actifs comme l’or. Cette stabilité leur permet de servir de moyen de paiement fiable, contrairement aux cryptos classiques beaucoup plus volatiles.
Un stablecoin adossé au dollar présente deux avantages majeurs : il inspire un niveau de confiance similaire à celui de la devise elle-même (valeur stable, facile à évaluer) et il permet de profiter des avantages technologiques de la blockchain (rapidité, transparence, etc.).
Meta voulait avec Libra simplifier et réduire les coûts des paiements, les rendre transparents et aussi faciles que l’envoi d’une photo. L’idée était de stimuler l’engagement sur ses plateformes tout en prenant une part du marché des paiements. Aujourd’hui, les motivations semblent un peu différentes.
Les stablecoins au service de l’expansion internationale de Meta
Depuis 2019, les revenus publicitaires internationaux de Meta ont explosé, avec une croissance annuelle d’environ 62 milliards de dollars par rapport au premier trimestre 2019. Au premier trimestre 2025, près de 56 % des revenus publicitaires de Meta provenaient de l’extérieur des États-Unis et du Canada.
Les volumes de transactions transfrontalières sont donc colossaux, d’autant que Meta rémunère des créateurs de contenu partout dans le monde. Rien que sur Facebook, la société a versé 2 milliards de dollars aux créateurs en 2024. Sur Instagram, elle propose jusqu’à 50 000 dollars par mois pour attirer ces talents, souvent hors des États-Unis.
Or, les virements internationaux traditionnels impliquent souvent des frais élevés, tant pour l’émetteur que le bénéficiaire. En utilisant les stablecoins, Meta pourrait se débarrasser de ces coûts, améliorant ainsi ses marges tout en offrant aux créateurs des paiements plus avantageux. Une double bonne affaire pour l’engagement sur ses plateformes.
Le marché des stablecoins a connu une croissance impressionnante : leur valeur totale est passée à 230 milliards de dollars en mars 2025, soit trente fois plus qu’il y a cinq ans. Certaines estimations évoquent un marché à 1,6 trillion de dollars d’ici 2030. Par ailleurs, les régulateurs, américains en tête, adoptent une approche plus favorable et travaillent à encadrer cette technologie, créant un cadre plus clair et plus sûr.
Les stablecoins : une nouvelle étape pour Meta ?
En résumé, l’usage des stablecoins pourrait représenter une stratégie moderne pour Meta visant à augmenter ses marges et à renforcer l’activité sur ses plateformes. Rien n’est officiel pour l’instant, mais entre la croissance du marché et les assouplissements réglementaires, cette idée ne semble plus aussi farfelue que par le passé. Reste à voir si Meta concrétisera ce projet prochainement, ce qui pourrait marquer un tournant intéressant.
Points à retenir
- Meta a essuyé un revers cuisant avec Libra/Diem, mais semble vouloir retenter sa chance avec les stablecoins, cette fois dans un contexte plus favorable.
- Les stablecoins proposent une stabilité précieuse dans l’univers souvent chaotique des cryptos, notamment pour faciliter les paiements internationaux sans frais exorbitants.
- Le boom des revenus publicitaires internationaux chez Meta explique son intérêt grandissant pour ce mode de paiement plus agile et économique.
- Les créateurs de contenus, cible privilégiée de ces paiements, pourraient bien bénéficier de montants plus conséquents sans se faire plumer par les banques.
- La régulation, longtemps un épouvantail, commence à s’adapter et à encadrer ces innovations, un bon signe pour les ambitions de Meta.
Alors, Meta va-t-il réussir à transformer ses anciennes erreurs en une success story crypto ? Entre ambition et pragmatisme, la firme semble prête à surfer sur la vague des stablecoins mieux armée. Mais avouons-le, après tant de rebondissements, on attend de voir si cette fois elle tiendra la distance. En attendant, on peut toujours rêver à une ère où payer ses créateurs de contenu sera aussi simple que liker une photo. Ou peut-être pas ? Affaire à suivre…