mer. Juin 24th, 2026
L'artiste de hip-hop Jujulipps nominée aux Aotearoa Music Awards.

Jujulipps, musicienne primée d’Auckland, a vu son compte Instagram suspendu cette semaine.
Photo : Tom Grut.

De la grand-mère de Northland à la rappeuse d’Auckland Jujulipps, plusieurs Néo-zélandais ont confié à RNZ leur profond désarroi après avoir épuisé toutes les voies pour récupérer leurs comptes Facebook et Instagram suspendus à tort. Certains ont même dû attendre l’intervention médiatique auprès de Meta, propriétaire des plateformes, pour retrouver l’accès.

Au total, plus de 39 000 internautes dans le monde ont signé une pétition en ligne dénonçant la suppression injustifiée de comptes, dénonçant les « systèmes de modération automatisés défaillants » de Meta qui, selon eux, les pourchasseraient arbitrairement.

En Nouvelle-Zélande, les utilisateurs touchés rapportent que leurs comptes ont été bloqués pour des violations fictives des règles communautaires, incluant des accusations graves telles qu’exploitation sexuelle d’enfants ou diffusion de contenus à caractère sexuel, ce qui provoque une forte inquiétude et pousse certains à réclamer une intervention gouvernementale.

Ces suspensions ont occasionné des pertes importantes, qu’il s’agisse d’activités professionnelles impactées ou de souvenirs personnels accumulés sur plusieurs décennies, désormais inaccessibles.

Des associations à but non lucratif ont également contacté RNZ pour signaler que leur travail a été perturbé sans raison apparente, leurs comptes ayant été fermés.

Une grand-mère de Northland, dont le compte Instagram avait été désactivé en juin, s’est dite consternée et révoltée par l’accusation infondée de diffusion de contenus d’exploitation infantile. « Je n’ai absolument rien fait de mal… Il n’y avait que des photos de notre jardin, des fleurs et des chenilles. L’accusation est insultante », a-t-elle confié, émue aux larmes.

Récemment opérée, cette septuagénaire explique que cette suspension l’a isolée de ses amis, sa famille à l’étranger et ses anciens collègues. Elle ne pouvait même plus voir les publications de son petit-fils sur Instagram.

Son compte a été rétabli en moins de 24 heures après que RNZ ait contacté Meta, faisant d’elle la deuxième personne à retrouver l’accès suite à une intervention médiatique.

Malgré son soulagement, elle demeure en colère face à l’indifférence de Meta durant plus de deux mois d’appels infructueux et à l’obligation de passer par la presse pour obtenir justice. Elle témoigne avoir envoyé de nombreux courriels sans jamais recevoir de réponse satisfaisante, notant parfois des messages automatiques annonçant l’abandon du suivi des demandes.

Face à cet épuisement, elle a recherché le soutien du Bureau du Commissaire à la vie privée et de NetSafe, qui l’a invitée à privilégier l’appel via les procédures de Meta.

Jujulipps : suspendue pour violation de droits d’auteur sur sa propre chanson

La musicienne primée d’Auckland, Jujulipps, a également vu son compte Instagram suspendu cette semaine, dans des circonstances tout aussi absurdes.

La rappeuse Jujulipps.

Jujulipps
Photo : Fournie

Son compte a été bloqué après qu’une vidéo où elle chantait l’une de ses propres chansons ait été signalée comme une violation de droits d’auteur par Meta.

Lors de sa tentative de recours, Instagram lui a demandé une vérification de son âge, justifiant l’impossibilité d’utiliser le service pour les moins de 13 ans. Pourtant âgée de 26 ans, Jujulipps a vu son compte désactivé après avoir simplement envoyé une photo d’elle, sans possibilité d’ajouter une pièce d’identité pour prouver son âge.

« Je ne comprends même pas la technologie qui sert à déterminer si quelqu’un a plus de 13 ans », ironise-t-elle.

Ses tentatives de joindre le support de la plateforme par mail restent également sans réponse efficace.

Capture d'écran du compte Instagram suspendu de Jujulipps.

Capture du compte Instagram suspendu de Jujulipps.
Photo : Fournie

Un leader de la communauté pacifique appelle le gouvernement à agir

Teleiai Edwin Puni, figure éminente de la communauté pacifique, déplore les conséquences de la suspension de son compte Facebook personnel depuis près de deux mois, qui entrave considérablement son travail et ses échanges au sein de la diaspora.

Comptant environ 5 000 contacts sur son profil, il affirme aussi ne plus pouvoir gérer certaines pages communautaires dont il est modérateur, notamment Talanoa Live.

Teleiai Edwin Puni.

Teleiai Edwin Puni explique que la suspension de son compte affecte son travail et ses liens avec la diaspora.
Photo : RNZ / Jesse Chiang

Ses démarches pour rétablir son compte restent sans issue, soulignant un flou quant à la responsabilité réelle dans ce désagrément.

« Je ne sais pas où se situe la responsabilité, mais le quotidien des Néo-zélandais est perturbé par le système de modération de Meta », estime-t-il. « Le gouvernement devrait s’en saisir pour protéger les citoyens qui utilisent ces plateformes gratuites. Leur impact sur notre vie sociale mérite une vraie intervention de la part des autorités. »

Meta conserve un silence prudent malgré des demandes croissantes de transparence

En juin, Meta a reconnu un dysfonctionnement technique ayant entraîné la suppression erronée de certains groupes Facebook, tout en niant l’existence d’un problème généralisé de modération erronée.

Le groupe a répondu à propos de quelques cas, mais n’a pas apporté de précisions sur le nombre total de comptes suspendus pour des raisons contestées, ni sur un éventuel dialogue avec les autorités néo-zélandaises à ce sujet.

Meta ne s’est pas non plus exprimé sur l’impact émotionnel que peuvent provoquer de telles accusations infondées, notamment celles relatives à des contenus pédopornographiques ou à la nudité.

Du côté néo-zélandais, le Ministère des Affaires Intérieures, chargé de la régulation en ligne, n’a pas encore commenté la situation en détail, tandis que NetSafe recommande toujours aux utilisateurs concernés de suivre les procédures de recours internes de Meta, sans disposer de données précises sur le nombre de plaintes locales.

Points à retenir

  • De nombreux Néo-zélandais, allant de particuliers à des personnalités publiques, ont vu leurs comptes Facebook et Instagram suspendus sans raison valide, provoquant une forte détresse.
  • Meta utilise des systèmes de modération automatique (IA) qui semblent encore imparfaits, conduisant parfois à des suspensions abusives.
  • Les recours classiques auprès de Meta s’avèrent souvent inefficaces, obligeant certains usagers à passer par la presse pour résoudre leur situation.
  • Les conséquences de ces suspensions dépassent la simple gêne numérique, affectant des activités professionnelles, des liens familiaux, et la gestion d’associations.
  • La situation soulève des questions de responsabilité et d’équilibre entre modération automatisée et droits des utilisateurs sur des plateformes mondiales.
  • Le gouvernement néo-zélandais fait face à la demande croissante de son intervention pour encadrer et protéger les citoyens dans l’univers numérique, notamment face à ces géants du web.

Au final, on pourrait se demander si, dans cette jungle numérique, ce ne sont pas les algorithmes eux-mêmes qui auraient besoin d’un bon coup de jeune et d’un soupçon de bon sens humain. Après tout, qui, si ce n’est un robot borné, peut confondre une vidéo de chant d’une artiste et une infraction aux droits d’auteur ? Moi, ça me laisse presque l’envie d’aller hurler ma propre chanson aux algorithmes… Espérons juste qu’ils ne vont pas me suspendre pour pratique abusive de la voix humaine !


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3 thoughts on “Musicien, chef du Pacifique, grand-mère de Northland : des dizaines de comptes sociaux de Kiwis bloqués”
  1. C’est fou comme des algorithmes peuvent jouer des tours ! J’espère que Meta va vite revoir son système, sinon on va finir tous suspendus pour une chanson de trop !

  2. Il est d’une tristesse infinie de voir des vies perturbées par des algorithmes défaillants. La technologie doit servir, pas nuire. Une intervention s’impose !

  3. C’est troublant de voir comment des algorithmes peuvent créer tant de désarroi. Les émotions humaines méritent un meilleur discernement dans ce monde numérique.

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