Pourquoi nous devrions tous envisager de nous éloigner des réseaux sociaux. La gestion publique devrait réfléchir à un retrait ordonné.
Par Peter Stawowy
Sur TikTok, le président d’un parti d’opposition est porté. La publication est signalée comme une annonce et fait la promotion d’une boisson.
Autrefois, j’aurais couvert cet événement en direct sur Twitter. Une photo, un hashtag approprié, quelques phrases percutantes… Cela aurait peut-être même créé une petite discussion en ligne. Mais cette semaine, assis au sein du Presseclub de Dresde, discutant des médias sociaux, je me suis demandé : où devrais-je publier cela ? Et plus fondamentalement : pourquoi ?
Cette question peut sembler nostalgique, mais elle mérite d’être prise au sérieux.
La période des médias sociaux est révolue
Je vais avancer une idée audacieuse : l’âge d’or des réseaux sociaux est terminé. Non pas parce que Facebook, Instagram, TikTok ou LinkedIn s’apprêtent à disparaître, mais parce que l’ancienne promesse qu’ils véhiculaient a été trahie.
Cette promesse était celle d’un nouvel espace public libre, où chacun pourrait échanger sans se connaître au préalable. Les réseaux sociaux se voulaient aussi un moyen de partager des informations rapidement et de façon accessible, notamment pour les institutions publiques que j’ai souvent formées lors de leurs débuts.
Le contexte a évolué
Il y a quinze ans, j’enseignais à des fonctionnaires comment utiliser ces plateformes. Le message était clair : n’attendez pas que la presse raconte vos histoires, créez vos propres canaux de communication ! Cela avait sens à l’époque. Aujourd’hui, je ne recommanderais plus la même approche. Les temps ont changé et le lien entre institutions et citoyens ne se construit plus de cette manière.
Maintenant, nous devons nous questionner sur l’effet de cette dépendance à ces plateformes, de leur logique que nous ne contrôlons pas.
À qui profite cette portée ?
Nous devrions désormais nous interroger : que faisons-nous lorsque notre communication publique dépend de ces plateformes, qui peuvent manipuler l’information et qui souvent, ne partagent pas nos valeurs ? Récemment, lors d’une réunion au Presseclub, plusieurs exemples de communications réussies par des institutions ont été évoqués. Franchement, je ne connaissais pas ces exemples et je n’avais pas l’impression d’avoir raté quelque chose.
Cela soulève une question : avons-nous tendance à surestimer l’impact de notre contenu ? Le temps et les efforts investis dans ces réseaux en valent-ils vraiment la peine ?
La nouvelle monnaie est la « colère »
Les réseaux sociaux entretiennent une culture de la méfiance et de la colère. Ils privilégient la provocation, le scandal, car c’est ainsi qu’ils suscitent l’engagement des utilisateurs. Cela est particulièrement dommageable pour la démocratie, car la méfiance est devenue une monnaie d’échange dans le débat public.
Quel impact sur la démocratie ?
Les institutions publiques se retrouvent dans une position délicate face à cette dynamique. Leur rôle devrait être d’expliquer et de créer de la confiance, et non de rivaliser avec des influenceurs ou des propulseurs de colère pour attirer l’attention.
X n’est qu’un exemple
La plateforme X illustre bien cette problématique. Les institutions n’ont plus leur place là-bas. Les valeurs démocratiques sont de plus en plus mises à mal par les algorithmes de ces entreprises.
Des contenus trompeurs en hausse
Je note une multiplication des vidéos qui souffrent de désinformation. Je suis souvent amené à vérifier les informations sur des plateformes comme TikTok avant d’y croire. Ces derniers temps, j’ai vu des vidéos qui manipulent la réalité, et cela ne fait qu’augmenter avec la montée des contenus générés par l’intelligence artificielle.
Je constate que la communication publique sur les réseaux sociaux est devenue toxique, menant à un évitement des nouvelles, une tendance que j’adopte également de plus en plus. Je préfère chercher activement des informations qui m’intéressent, plutôt que de me plonger dans des contenus polémiques ou négatifs.
Qui commente réellement ?
Un argument souvent avancé est que „les gens sont là, donc nous devons y être aussi”. Cependant, un petit pourcentage d’utilisateurs génère la plupart des commentaires sur ces plateformes, simulant ainsi l’opinion publique. N’est-il pas temps d’examiner le véritable impact et l’efficacité de notre présence sur ces réseaux ?
À la fin de cette réunion, j’ai posé une question simple : „Avez-vous envisagé de tout laisser tomber ?”
Favoriser ses propres canaux
Je pense qu’il est urgent de discuter de cette question. Peut-être que l’idée d’un retrait total semble extrême, mais la réflexion critique est essentielle. La discussion sur l’utilité actuelle des réseaux sociaux devrait s’appliquer à chaque plateforme, afin de déterminer si elles servent réellement nos objectifs.
Il existe d’autres avenues à explorer. L’expérience des réseaux sociaux nous a appris beaucoup sur la communication avec les citoyens, et il est temps d’en tirer des leçons.
Points à retenir
- L’époque des réseaux sociaux comme seule voie de communication semble révolue.
- Les institutions publiques doivent réfléchir à des stratégies alternatives pour engager le dialogue avec les citoyens.
- La méfiance et la colère sont devenues des valeurs dominantes sur ces plateformes.
- Une présence sur les réseaux sociaux peut parfois nuire à l’image des institutions.
- Il est essentiel d’explorer des canaux de communication qui sont plus en phase avec les valeurs démocratiques.
En somme, il est crucial de questionner notre rapport aux réseaux sociaux. Personnellement, j’en viens à penser qu’un retour à une communication plus authentique et directe pourrait bénéficier à nos échanges publics. Il est temps de réévaluer nos priorités et d’explorer de nouvelles voies pour établir un dialogue constructif.