ven. Juin 26th, 2026

Washington D.C. – Un duo bipartisan au Sénat américain cherche à rendre les grandes entreprises technologiques davantage responsables de la publicité trompeuse. Leur nouveau projet de loi s’attaque directement aux milliards de dollars que ces plateformes génèrent grâce à des annonces douteuses.

Le sénateur Ruben Gallego (Démocrate) et le sénateur Bernie Moreno (Républicain) ont proposé le « Safeguarding Consumers from Advertising Misconduct Act (SCAM Act) ». L’objectif principal de cette initiative est d’obliger les plateformes en ligne à prendre des « mesures appropriées » contre la publicité frauduleuse. En cas de non-respect, des poursuites de la part de la Federal Trade Commission (FTC) et des États pourraient être engagées. Cette initiative fait partie d’une pression croissante sur les géants du numérique pour qu’ils surveillent également les contenus payants, et pas seulement les publications des utilisateurs.

Cela fait suite à des révélations concernant le commerce de la publicité illégale. Selon un rapport de Reuters de novembre 2025, Meta Platforms a prévu qu’une part significative de ses revenus de 2024 pourrait provenir d’annonces de fraudes et de produits illégaux. Cette information a relancé le débat sur des modèles commerciaux qui facilitent la tromperie des consommateurs.

Le projet de loi impose de nouvelles responsabilités claires. Parmi celles-ci, les plateformes devront vérifier l’identité des annonceurs à l’aide de documents officiels. Cela vise à rendre l’accès au réseau publicitaire plus difficile pour les fraudeurs anonymes.

Les entreprises seront également tenues d’instaurer des systèmes permettant d’examiner rapidement les signalements d’annonces frauduleuses émis par les utilisateurs et les autorités. L’objectif est de réduire le temps de vie des campagnes frauduleuses afin de limiter le nombre de victimes. La mise en œuvre sera sous la responsabilité de la FTC et des procureurs généraux des États, transformant ainsi les guidelines volontaires en obligations légales, avec des risques de responsabilité importants.

Dommages milliardaires : Le fraude à l’investissement en tête des préoccupations

Ce projet de loi répond à une situation explosive. La publicité en ligne trompeuse est devenu le principal vecteur de fraude envers les consommateurs. Selon la FTC, les consommateurs ont déclaré avoir subi des pertes dépassant 12,5 milliards de dollars en 2024, ce qui représente une augmentation de 25 % par rapport à l’année précédente.

Le top des pertes est occupé par le fraude à l’investissement, souvent promue sur les réseaux sociaux. En 2024, le montant total des pertes signalées dans ce domaine a atteint 5,7 milliards de dollars. Les seniors sont particulièrement touchés : entre 2020 et 2024, les pertes déclarées par les plus de 60 ans sont passées d’environ 600 millions à 2,4 milliards de dollars.

Le projet bénéficie du soutien des défenseurs des consommateurs et du secteur financier. L’American Bankers Association (ABA) a salué cette initiative. Les banques investissent d’énormes ressources dans la lutte contre la fraude, mais elles réclament davantage de responsabilité de la part des entreprises de médias sociaux où ces escroqueries prennent souvent naissance.

Un nouvel enjeu de responsabilité pour les géants de la tech ?

Le SCAM Act s’inscrit dans une tendance mondiale vers une réglementation accrue de la publicité numérique. Actuellement, la Section 230 de la loi américaine sur les communications protège en grande partie les plateformes de la responsabilité pour le contenu d’autrui. Le SCAM Act introduirait une obligation de diligence spécifique pour la publicité payante, ouvrant ainsi potentiellement un nouveau champ de responsabilité.

Le parcours du projet au Congrès reste incertain. Les experts anticipent des débats animés sur la définition des « mesures appropriées ». De plus, des fraudeurs pourraient tenter de contourner l’obligation de vérification en utilisant des identités volées ou des sociétés écran.

Cependant, le soutien bipartisan témoigne d’une préoccupation collective pour la sécurité des consommateurs. Les initiateurs espèrent que la menace de conséquences juridiques incitera les entreprises technologiques à investir davantage dans la prévention des fraudes. Le développement de ce processus est scruté par les défenseurs des consommateurs, les banques et le secteur technologique.

Points à retenir

  • Proposition d’une nouvelle loi pour contrer la publicité frauduleuse en ligne.
  • Les plateformes doivent vérifier l’identité des annonceurs.
  • Les victimes de fraudes publicitaires, surtout les seniors, sont en forte augmentation.
  • La FTC et les États seront responsables de faire appliquer la loi.
  • Soutien croissant des consommateurs et des institutions financières à cette initiative.

En considérant ces évolutions, on pourrait se demander si la technologie, en tant que vecteur d’innovation, devrait également porter une part de responsabilité dans la protection des utilisateurs. La frontière entre la liberté d’expression et la sécurité des consommateurs mérite d’être redéfinie à l’ère numérique, où les enjeux se complexifient. Quels mécanismes supplémentaires pourraient être mis en place pour protéger les plus vulnérables sans nuire à la créativité et à la liberté d’entreprise ?


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