Dans le débat concernant les limites d’âge potentielles pour les réseaux sociaux, le Conseil éthique allemand a récemment affiché une position claire. Cet organe consultatif indépendant, qui conseille le Bundestag et le gouvernement allemand, s’oppose à des interdictions générales d’utilisation pour les enfants et les adolescents. Des associations LGBTQ+ et diverses organisations juvéniles avaient déjà averti, à l’avance, des dangers d’un tel prohibitif.
Résumé des points clés
- Le Conseil éthique allemand rejette la notion de limites d’âge pour les réseaux sociaux.
- Il appelle plutôt à un système de protection basé sur les risques associés aux offres numériques.
- Certaines préoccupations telles que le cyberharcèlement et les mécanismes addictifs ne se limitent pas aux réseaux sociaux.
- Le Conseil met en garde contre un éventuel déplacement d’utilisation vers des chatbots d’intelligence artificielle.
- Les associations LGBTQ+ et de nombreux experts en jeunesse se montrent également opposés à des interdictions générales.
- Les parents doivent continuer à trouver un équilibre entre protection et participation de leurs enfants.
Pas d’interdictions générales
Dans une déclaration publiée hier, le Conseil a affirmé : « Il convient d’éviter des interdictions généralisées d’accès aux réseaux sociaux et autres services numériques basés sur de nouvelles limites d’âge légales. » Helmut Frister, président du Conseil éthique, a justifié cette position par l’importance des offres numériques dans la vie quotidienne des jeunes. « Les enfants et adolescents grandissent aujourd’hui avec de nombreux outils numériques qui jouent un rôle essentiel dans leurs besoins de communication et d’information », a-t-il précisé. Le besoin de protection doit donc être harmonisé avec cela. Selon le Conseil, un âge minimum légal pour les réseaux sociaux n’est pas l’instrument adéquat.
Le Conseil éthique conseille le Bundestag et le gouvernement sur des questions éthiques, sociétales et juridiques et informe également le public. La réflexion actuelle sur ce sujet a été initiée par Julia Klöckner, présidente du Bundestag, en octobre 2025.
Les réseaux sociaux ne sont qu’une partie du monde numérique
Dans un rapport de 50 pages intitulé « Protection, participation et autonomisation des enfants et adolescents dans le monde numérique », le Conseil critique le fait que la discussion se concentre souvent uniquement sur les réseaux sociaux. « De nombreux enfants et adolescents utilisent un large éventail de technologies numériques dans leur quotidien », précise le rapport. Cela inclut des services de messagerie comme WhatsApp, des jeux en ligne, des plateformes de streaming et de plus en plus d’applications liées à l’intelligence artificielle générative. Les chatbots ainsi que les générateurs d’images et de vidéos sont particulièrement mentionnés. Ces services sont souvent gérés par les mêmes grandes entreprises technologiques derrière les réseaux sociaux connus.
Les risques vont au-delà des réseaux sociaux
La philosophe Judith Simon, rapporteuse du Conseil, a souligné que les risques numériques sont « omniprésents ». Ils découlent de « contenus et de fonctions » qui ne se retrouvent pas seulement dans les réseaux sociaux. Parmi les exemples cités, elle mentionne les algorithmes incitant à l’addiction, la manipulation, la cyberintimidation, la pornographie et les contenus extrémistes. Le Conseil éthique prévient aussi des conséquences éventuelles d’un interdit strict ciblant uniquement les réseaux sociaux. Dans le rapport, il est précisé : « Si l’accès aux réseaux sociaux était restreint pour les enfants et adolescents, ceux-ci pourraient déplacer leurs besoins communicationnels et émotionnels vers des chatbots, ce qui pourrait engendrer des conséquences encore plus problématiques pour leur développement psychologique, social et santé. »
Un appel à une approche basée sur les risques
Au lieu de limites d’âge générales, le Conseil recommande un « système de protection basé sur les risques ». L’accent doit être mis non pas sur des services individuels, mais sur les dangers spécifiques que certaines fonctions, mécanismes ou contenus peuvent engendrer. Les mesures de protection doivent donc cibler les risques précis. « Une interdiction générale des réseaux sociaux est à la fois trop large et trop limitée », a expliqué Simon. Trop limitée car d’autres outils numériques comme les chatbots ne seraient pas pris en compte. Trop large, car une telle interdiction restreindrait inutilement les opportunités de participation et de développement des jeunes. Pour exprimer son point de vue, elle a déclaré : « C’est un peu comme passer la tondeuse à gazon sur un potager au lieu d’utiliser un désherbeur pour enlever spécifiquement le pissenlit. »
Les opérateurs de plateforme doivent être plus responsables
Selon Helmut Frister, le Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne, en vigueur depuis février 2024, fournit une base adéquate pour un tel système de protection. La réglementation impose déjà des obligations de protection pour les mineurs. Son application rigoureuse pourrait considérablement réduire les risques pour les jeunes. Même si le DSA ne permet pas totalement d’éviter les limites d’âge, il permet de restreindre de telles exigences aux contenus manifestement inadaptés aux mineurs. Le Conseil cite en exemple des caractéristiques de conception qui peuvent encourager une consommation excessive et des comportements addictifs. Ce type de fonctions pourrait causer ou aggraver des dommages psychiques et physiques. Le DSA doit donc être appliqué de manière stricte pour interdire les fonctions qui incitent à une utilisation excessive.
En ce qui concerne l’intelligence artificielle générative, le Conseil éthique évalue la situation de manière critique, soulignant une « lacune de protection significative ». Bien que le règlement européen sur l’IA soit généralement applicable aux systèmes d’IA, il ne contient aucune disposition claire et facilement applicable pour la protection des jeunes. En outre, l’IA ne tombe pas forcément sous le DSA, lequel ne propose que des recommandations insuffisantes pour le traitement des applications d’IA au sein du Code de protection des médias pour les jeunes.
Les parents conservent leur responsabilité
Outre le gouvernement et les prestataires de services numériques, le Conseil éthique considère également les parents comme responsables. Si l’accès à des offres numériques n’est pas déjà limité par des exigences d’âge obligatoires – comme dans le cas de la pornographie –, les parents doivent « équilibrer individuellement protection et participation » de leur enfant. Parallèlement, le Conseil souligne que les parents ont besoin de recommandations d’âge claires pour les offres numériques. Comme pour d’autres questions éducatives, ils disposent d’une « marge de manœuvre que l’État doit respecter ».
Les organisations LGBTQ+ préviennent contre les interdictions
Des critiques à l’égard des interdictions générales des réseaux sociaux émanent également des associations LGBTQ+ et de diverses organisations d’intérêts. Elles soulignent que les réseaux sociaux représentent pour de nombreux jeunes lesbiennes, gays, bisexuels, trans* et queer bien plus que de simples plateformes de divertissement. En particulier dans les zones rurales ou dans un environnement familial peu accueillant, ces plateformes numériques offrent souvent la première occasion d’interagir avec des pairs, d’échanger des expériences et d’obtenir des informations sur leur identité. Des interdictions générales pourraient, selon ces organisations, priver les jeunes queer de points de contact essentiels, d’opportunités de soutien et de communautés.
Parmi les risques évoqués figurent l’isolement social, le manque d’éducation sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, ainsi qu’un stress psychologique accru. De nombreuses organisations soutiennent donc que les jeunes doivent être protégés contre les discours de haine, le cyberharcèlement et les contenus problématiques, mais cela devrait se faire à travers une meilleure modération, un réel respect des normes de protection de la jeunesse et une éducation aux médias, plutôt qu’à travers une interdiction globale des réseaux sociaux.
Points à retenir
- Le Conseil propose un cadre de protection numérique basé sur les risques, plutôt qu’une interdiction globale.
- Les parents jouent un rôle crucial dans l’évaluation des risques associés aux plateformes numériques.
- Les dangers des réseaux sociaux s’étendent également à d’autres outils numériques présents dans la vie quotidienne.
- Les associations LGBTQ+ soulignent l’importance des réseaux sociaux pour leurs communautés.
- Une approche ciblée est nécessaire pour protéger les jeunes sans limiter leur accès à des ressources essentielles.
Nous sommes à un tournant dans la manière dont nous envisageons la protection des jeunes sur Internet. Il s’agit d’un dialogue important et nuancé, où il est impératif de trouver un juste équilibre entre sécurité et liberté d’accès. En tant que citoyen, je me questionne : jusqu’où devons-nous aller pour protéger nos jeunes tout en leur permettant d’explorer et de se développer dans le monde digital qui les entoure ? C’est une conversation qui mérite d’être approfondie et qui nous engage tous.