sam. Juin 27th, 2026

Le terme sharenting, issu de l’anglais “share” (partager) et “parents” (parents), désigne les parents qui publient des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. D’après Claudia Caso, directrice de la Fondation SOL (Safe OnLine), environ 89 % des familles partagent des images de leurs enfants sans réellement prendre conscience des dangers que cela peut engendrer.

Une étude de l’entreprise de cybersécurité AVG révèle qu’au moins 81 % des enfants ont une photo d’eux publiée en ligne avant leurs 6 mois.

Borja Adsuara, professeur en droit et spécialiste du droit numérique, souligne que bien que les parents estiment avoir un droit de regard sur l’image de leurs enfants, les droits relatifs à l’image, à l’honneur et à l’intimité appartiennent en réalité aux mineurs. Les parents doivent veiller à protéger ces droits, non pas pour leur propre intérêt, mais dans l’intérêt de leurs enfants.

Cela soulève des interrogations concernant certains parents influenceurs qui, à l’occasion, utilisent leurs enfants pour des campagnes publicitaires. Adsuara mentionne une proposition visant à réguler la situation des mineurs dans ces contextes, semblable à ce qui a été fait pour les jeunes acteurs et mannequins il y a quelques années.

Cette initiative prend tout son sens face à l’augmentation de l’utilisation des enfants dans les campagnes promotionnelles, d’autant plus que, selon une étude de l’Université du Pays Basque, les publications comportant des mineurs génèrent 41 % de “likes” supplémentaires.

Au-delà de ce manque de régulation, le sharenting présente de nombreux risques pour les enfants, allant du cyberharcèlement à la création de mèmes ou de blagues durant l’adolescence, sans oublier la menace grave que représentent la diffusion de ces images entre de mauvaises mains. En effet, 75 % du matériel saisi chez les pédophiles consiste en photos ordinaires d’enfants, souvent non sexualisées, trouvées sur les réseaux sociaux. Les avancées de l’intelligence artificielle exacerbent cette situation, car elle permet de sexualiser des images innocentes, ce qui pourrait entraîner l’expansion de ces images sur des réseaux peu recommandables, avertit Borja Adsuara.

Par ailleurs, n’importe qui peut, en quelques minutes, modifier les images des enfants à l’aide d’applications simples. En réponse à ces dangers, la Fondation SOL, en collaboration avec la Police Nationale, a lancé une campagne de sensibilisation.

Les enfants risquent également de souffrir d’une empreinte numérique difficile à effacer, surtout en ce qui concerne des stickers, photos ou mèmes devenus viraux. Même s’ils parviennent à faire retirer certaines images d’une plateforme, ces fichiers peuvent être conservés par de nombreux utilisateurs, rendant leur suppression impossible.

Au-delà de l’empreinte numérique, cela peut également avoir un impact psychologique profond sur les jeunes. Luis Rojo Bofill, psychiatre de l’enfance au sein de l’Hôpital de la Fe et enseignant à l’Université de Valence, évoque des adolescents qui ont subi une pression intense de la part de leurs parents pour reproduire des vidéos ou des photos selon des critères très stricts.

Selon lui, les enfants apprennent également comment interagir avec leurs parents sur les réseaux sociaux. Par exemple, lorsqu’un adulte lance une tranche de fromage sur le front d’un enfant, cela véhicule des messages troublants sur la façon dont l’adulte utilise le mal-être de l’enfant à des fins mercantiles. Cela pourrait entraîner des difficultés ultérieures pour ces enfants à exprimer et à gérer leurs émotions ainsi que leurs relations.

Bien qu’il n’existe pas de méthode totalement sécurisée pour partager des photos d’enfants, les experts recommandent de le faire de manière réfléchie et maîtrisée, idéalement sur des plateformes plus privées.

Points à retenir

  • La majorité des parents publient des photos de leurs enfants sans être conscients des risques associés.
  • Les droits concernant l’image des enfants appartiennent à ces derniers et non aux parents.
  • Les enfants sont de plus en plus utilisés dans des campagnes publicitaires, ce qui incite à la réflexion sur leur protection.
  • Les progrès technologiques, comme l’IA, peuvent aggraver les menaces liées à la diffusion d’images d’enfants.
  • Une empreinte numérique persistante peut avoir des conséquences sur la vie future des enfants.

Ce sujet doit nous inciter à réfléchir sur l’équilibre entre le partage familial sur les réseaux sociaux et la protection de l’enfance. Dans un monde où l’information circule à une vitesse vertigineuse, il est crucial de questionner nos pratiques et de veiller à ce que l’exposition de nos enfants en ligne ne soit pas une porte ouverte à des risques potentiellement dévastateurs. Comment pouvons-nous garantir leur sécurité tout en célébrant les moments précieux de leur enfance ?


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *