En 2025, les statistiques révèlent que les individus passent en moyenne 6 heures et 38 minutes par jour devant un écran, tandis que leur capacité d’attention ne dépasse pas une minute. L’usage excessif des écrans engendre des conséquences telles qu’une mauvaise qualité de sommeil, une baisse de l’activité physique, ainsi qu’une augmentation des troubles anxieux et dépressifs. Les utilisateurs de TikTok, bien que l’application soit en grande partie responsable de cette situation, ont trouvé une nouvelle manière de se déconnecter : le « rawdogging ».
Autrefois associé à un acte sexuel sans protection, le terme « rawdogging » a évolué pour signifier effectuer une activité sans distraction ni préparation. Sur TikTok, il se manifeste principalement par des vidéos accélérées montrant des créateurs restant assis, sans téléphone ni musique, durant une certaine période. Certains s’y adonnent quotidiennement entre 10 et 15 minutes, dans le but de restaurer une capacité d’attention dégradée par la consommation de vidéos courtes ; d’autres, plus extrêmes, se contentent de fixer le siège devant eux pendant 12 heures en avion. L’élément commun reste : se forcer à s’ennuyer pendant des périodes prolongées.
L’économie de l’attention désigne les stratégies des entreprises axées sur la publicité visant à maximiser le temps d’utilisation et l’attention de leurs clients. Dans un contexte capitaliste, la valeur se mesure par la productivité, rendant l’inaction difficile. Avec un accès permanent à l’information, comment une tendance prônant le débranchement a-t-elle pu émerger ? Pour comprendre les véritables motivations derrière ce phénomène, cet article posera la question suivante : le phénomène du « rawdogging » sur TikTok constitue-t-il une véritable échappatoire aux réseaux sociaux, ou s’agit-il encore d’une tendance performative d’évasion ?
L’ennui comme Tendance
À première vue, ces vidéos ressemblent à un mouvement communautaire encourageant à ralentir, méditer et se reconnecter avec soi-même. Boredom et méditation sont liés à des effets positifs sur la santé, comme l’augmentation de la créativité et de la productivité. Se donner des pauses régulières permet au cerveau de se reposer et d’être plus efficace par la suite. Ainsi, rester seul avec ses pensées apparaît comme une solution évidente à un problème courant. Le « rawdogging » devient alors populaire, introduisant un plus grand nombre de personnes à ces pratiques via un hashtag tendance.
Cependant, en explorant plus profondément le contenu sur TikTok, on constate que le phénomène ne consiste pas réellement à ne rien faire. Sous prétexte de se concentrer sur soi-même, les créateurs et participants cherchent aussi à maximiser leur audience. Il y a une contradiction dans le concept : alors qu’on incite à déconnecter, on crée une quantité significative de nouveaux contenus à consommer.
Votre téléphone n’est pas le problème, c’est votre esprit.
Dans cette économie de l’attention, notre valeur en tant qu’individus dépend de notre capacité à valoriser notre pertinence sur les réseaux sociaux. Se tenir à jour avec les tendances et en parler pendant leur pic de popularité permet de rester visible. Les créateurs de contenu encontraron une manière lucrative de monétiser leurs expériences grâce à des produits et des marques tournant autour de cette tendance.

Des produits liés au « rawdogging » ont déjà vu le jour. Cette vidéo, d’apparence anodine d’un utilisateur de TikTok partageant un moment déconnecté dans la nature, est en réalité une publicité pour *Monkeyless*, une application de gestion du temps d’écran promettant de « mettre fin à l’addiction au téléphone ». Cette promotion est habilement camouflée, ressemblant à un partage naturel et transparent. Un commentaire dans la légende semble provenir de l’utilisateur lui-même, rapportant une amélioration de sa concentration et de son bien-être. Bien que cette application semble être une initiative louable, son modèle économique renvoie à la création de valeur à partir des clients. Les utilisateurs signalent qu’elle devient perturbante sans un abonnement premium.
En analysant la forme de ces vidéos, on remarque qu’elles sont accélérées en timelapse, compressant le temps passé sans distractions en moins d’une minute. Sur TikTok, la possibilité de télécharger des vidéos jusqu’à 10 minutes existe, mais des vidéos plus longues risquent de perdre l’attention des spectateurs. Peut-être qu’une mise en ligne de ces vidéos au format long serait contre-productive pour ceux qui luttent avec leur attention.
Le simple acte de résister aux stimuli permanents et à l’économie de l’attention devient à son tour du contenu, alimentant davantage les algorithmes.
Beaucoup d’individus prennent conscience de leurs comportements, reconnaissant cette soif insatiable provoquée par les plateformes sociales. En réponse, plusieurs tendances prônent l’évasion de cette économie, telles que la vie hors réseau ou la vie en van, tout en retournant inévitablement sur les réseaux sociaux. Ce lien entre le « rawdogging » et d’autres mouvements d’évasion récents souligne le paradoxe de l’authenticité dans un monde numérique dominé par des apparences et les algorithmes des applications.
Conclusion
Après une analyse approfondie de la tendance TikTok du « rawdogging », il apparaît que ce mouvement n’est pas en mesure de libérer la société de la dépendance aux écrans. Il s’agit plutôt d’une performance issue des réseaux sociaux, incitant les participants à revenir sur la même plateforme pour rechercher l’engagement et des gains financiers. En fin de compte, cette démarche de résistance aux stimuli constants se transforme en contenu, nourrissant davantage les algorithmes. Ainsi, le « rawdogging » s’inscrit dans la lignée des tendances performatives qui invitent à se déconnecter du monde numérique, tout en faisant exactement le contraire.
Points à retenir
- Le temps passé devant les écrans affecte notre bien-être mental et physique.
- Le « rawdogging » vise à encourager l’ennui comme moyen de restaurer l’attention.
- Cette tendance révèle des contradictions, où la recherche d’authenticité se heurte à la recherche d’engagement.
- Le contenu produit autour du « rawdogging » finit souvent par renforcer l’économie de l’attention.
- Les promesses de déconnexion peuvent masquer des stratégies de monétisation.
En tant qu’observateur de la société contemporaine, je me demande : cette quête de déconnexion est-elle véritablement un retour à soi, ou une nouvelle façon d’attirer l’attention ? Ce phénomène semble suggérer qu’une vraie pause est un luxe que peu peuvent véritablement se permettre dans un monde où chaque moment est une opportunité de se faire voir. Qu’en pensez-vous ?