TikTok se positionne clairement dans le domaine du fitness en suivant des règles et des stéréotypes bien définis, comme le démontre une étude récente en Belgique. Le corps devient une véritable scène, une proclamation et une preuve. L’entraînement physique n’est plus l’unique sujet abordé.
La recherche menée par le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) en Belgique révèle des liens entre la culture du fitness sur TikTok et les idéaux corporels, mêlant esthétique et éthique. L’auteur de l’étude, Emma Puma, a analysé dix profils d’influenceurs – cinq femmes et cinq hommes – spécialisés dans le fitness et le bodybuilding, ainsi que 400 publications, en se concentrant sur le contenu et les commentaires.
Cette étude, bien que limitée, donne des conclusions réfléchies. Emma Puma souligne l’importance de la qualité par rapport à la quantité des contenus. De ce fait, on observe moins de thématiques nuisibles comparées à d’autres recherches menées internationalement, avec peu de commentaires focalisés sur la perte de poids.
Le corps comme point focal
Le CSA identifie principalement un mécanisme de légitimation. Les contenus sont majoritairement axés sur le mouvement physique (74,25 % des publications), mais seulement 40 % d’entre eux traitent réellement de programmes, d’exercices ou de conseils spécifiques. Environ un sur dix vise uniquement à exhiber le corps. Emma Puma note une tendance qui devient rapidement identifiable : de nombreux contenus mettent en avant le corps, souvent « assez nu » et musclé, sans véritablement fournir de conseils.
Le rapport souligne que « le corps est le cœur de la stratégie de communication ». Il représente non seulement le sujet central des vidéos, mais aussi le message, ancré dans le travail, la discipline et la maîtrise de soi. Cela peut inspirer, tout en servant parfois d’exposition pour des produits commerciaux.
Une autre observation pertinente est la « confusion des connaissances » : des expériences personnelles sont parfois présentées comme des vérités scientifiques. Emma Puma indique que de nombreux créateurs cherchent à justifier leurs programmes de vente dans un domaine où le titre de « coach » n’est pas réglementé. Chacun peut donc donner des conseils et vendre ses services avec un marketing basé sur l’expérience personnelle.
Un univers de genre spécifique
La recherche met également en avant un univers très genré. Les créatrices concentrent leurs contenus sur les programmes et l’entraînement (45 %), tandis que les créateurs masculins se focalisent davantage sur l’apparence physique (30 %, contre 3 % pour les créatrices). Un paradoxe émerge chez certaines créatrices qui, malgré leurs discours sur le bien-être, perpétuent des normes de beauté restrictives, n’acceptant l’épanouissement que si l’on améliore son corps.
Les commentaires reflètent cette obsession visuelle. La majorité des profils répondent à moins d’un commentaire sur dix, et les échanges authentiques demeurent rares. Ces interactions se concentrent principalement sur l’apparence physique, souvent empreintes d’admiration. « La personne derrière le contenu compte moins que sur d’autres plateformes », note Emma Puma en évoquant la logique des fils d’actualité de TikTok.
Des études dans d’autres pays mettent également en avant les aspects troublants de « Fitspiration » sur TikTok, qui promeut un mode de vie sain et sportif. Bien que les résultats varient selon les études, elles s’accordent à dire que ces contenus transmettent des idéaux corporels et des messages relatifs à la santé.
Une étude australienne de 2024 a révélé que 60 % des vidéos analysées contenaient des conseils sur le mouvement ou l’alimentation jugés faux ou potentiellement néfastes pour la santé. Une autre étude de 2022 a comparé l’impact de vidéos de « Fitspiration » avec d’autres types de contenus, notant que la comparaison physique accentuait des ressentis négatifs, bien que la satisfaction corporelle immédiate ne soit pas forcément altérée.
Points à retenir
- La présentation corporelle prédomine sur les conseils pratiques dans de nombreux contenus TikTok.
- Les créatrices de contenu se penchent davantage sur l’entraînement, tandis que les créateurs masculins privilégient l’apparence physique.
- Le lien entre expérience personnelle et légitimité dans l’entraînement est souvent flou.
- Les normes de beauté sont particulièrement présentes sur les plateformes, influençant le dialogue social autour du corps.
- Les commentaires se concentrent fréquemment sur l’apparence plutôt que sur des échanges constructifs.
Ce panorama soulève une question importante : comment pouvons-nous nous distancier de ces idéaux préconçus et encourager une vision du fitness qui valorise le bien-être avant tout ? Dans un monde où la comparaison est omniprésente, il est essentiel de se rappeler que chaque corps est unique et que la santé va bien au-delà de l’apparence. Peut-être avons-nous besoin d’un changement de perspective, orienté vers l’acceptation de soi et la diversité corporelle.