Alors que le monde suit avec inquiétude l’évolution d’une épidémie d’Hantavirus à bord du navire de croisière MV Hondius, un paradoxe se dessine en Argentine, avec des conséquences potentiellement mondiales. L’Institut Carlos Malbrán de Buenos Aires, laboratoire de référence en infectiologie et épidémiologie qui a joué un rôle clé pendant la pandémie de Covid, fait face à une réduction de budget de 1,1 milliard de pesos (environ 670 000 euros), soit 2,2 % de son budget total. C’est justement cet institut qui est chargé d’explorer l’origine du cluster d’Hantavirus.
Une « décision administrative » de près de 600 pages, publiée ce lundi au journal officiel et signée par le chef de cabinet Manuel Adorni et le ministre de l’Économie Luis Caputo, impose des ajustements budgétaires totalisant 2 500 milliards de pesos (plus de 1,5 milliard d’euros) à de nombreux organismes publics. Parmi les rares secteurs bénéficiaires, la justice et un fonds pour financer les licenciements volontaires. La santé, tout comme l’éducation et la lutte contre le cancer, subit les conséquences des coupes draconiennes du gouvernement présidé par Javier Milei.
Une mission à Ushuaia sous le regard sceptique des locaux
Alors que le monde exige des réponses, les techniciens du Malbrán auraient dû embarquer pour Ushuaia, en Terre de Feu, afin de capturer et analyser les rongeurs présents dans les zones fréquentées par un couple de touristes néerlandais considéré comme à l’origine de la chaîne de contagion. Ces derniers ont séjourné à Ushuaia pendant un peu plus de 48 heures avant d’embarquer le 1er avril. Selon les premières hypothèses, ils pourraient avoir été exposés au virus lors d’une activité d’observation des oiseaux près de la décharge municipale, à quelques kilomètres du centre-ville. Ce site attire des ornithologues du monde entier, en raison de la présence du caracara à tête blanche, oiseau emblématique de la région.
Cependant, les autorités locales réfutent vigoureusement cette hypothèse. Elles soulignent qu’il n’y a pas eu de cas d’Hantavirus dans la province depuis des décennies, le dernier remontant à 1996. Le rongeur porteur, le « colilargo » (Oligoryzomys longicaudatus), est officiellement absent en Terre de Feu, prospérant plutôt dans les régions andino-patagonique, à environ mille kilomètres plus au nord, dans les provinces de Neuquén, Chubut et Río Negro.
Une incohérence qui freine les investigations
Le gouvernement argentin, d’un côté, se vante de ses capacités scientifiques, affirmant son aptitude à protéger la population et à aider d’autres pays, malgré son retrait de l’OMS. Pourtant, le même jour, le 8 mai, les coupes budgétaires de l’institut étaient également signées.
Dix jours après les premiers rapports des trois victimes à bord du navire, les techniciens du Malbrán n’étaient toujours pas partis pour Ushuaia.
Un pays fragile face à un regard international
L’Argentine affronte actuellement une saison d’Hantavirus parmi les plus mortelles des dernières années. Depuis la mi-2025, 101 cas et 32 décès ont été enregistrés au niveau national, presque le double du précédent bilan. Pendant ce temps, l’Institut Malbrán, l’un des derniers bastions de la science publique encore debout, doit prouver sa capacité à relever ce défi mondial. Le gouvernement Milei, ayant déjà décidé de retirer le pays de l’OMS, suscite des critiques, tout en affirmant sa volonté de coopération bilatérale.
La mission à Ushuaia représente le premier pas pour déterminer si le réservoir du virus a survécu jusque-là ou si les hypothèses initiales sont erronées. Cependant, pour que cette mission soit lancée, des fonds, du personnel et un système de surveillance opérationnel sont nécessaires. Les coupes budgétaires de Milei pourraient réduire les ressources là où elles sont les plus nécessaires. Si le système de santé argentin venait à s’affaiblir, le prochain foyer épidémique pourrait passer inaperçu. Actuellement, les techniciens du Malbrán attendent toujours leur vol pour Ushuaia.
Points à retenir
- L’Institut Malbrán, indispensable en situation d’épidémie, voit son budget réduit.
- Les autorités locales doutent de l’origine de l’épidémie de Hantavirus en raison de l’absence de cas antérieurs.
- Une mission d’investigation est cruciale, mais dépend de ressources financières et humaines.
- L’Argentine fait face à une hausse inquiétante des cas d’Hantavirus.
- Le gouvernement actuel, malgré les coupes, continue de revendiquer son expertise scientifique.
Le tableau est préoccupant. Comment une nation peut-elle se retrouver dans une telle impasse, alors que les menaces sanitaires sont palpables ? En tant que citoyen engagé, je ne peux m’empêcher de m’interroger : que se passera-t-il si le système de santé s’avère incapable de réagir face à des enjeux si critiques ? La fragilité de l’Argentine face à une telle crise nous pousse à réfléchir à la nécessité d’un soutien robuste et durable dans le domaine de la santé publique. La gestion de la santé est l’affaire de tous, et il en va de notre responsabilité collective de veiller à ce qu’aucun pays ne soit laissé pour compte.