Les maladies neurologiques sont souvent perçues comme un coup du sort. Cependant, des recherches récentes proposent une vision différente, selon Claudio Bassetti. Ce neurologue met en lumière les facteurs que nous pouvons contrôler pour préserver notre santé cognitive.
Aujourd’hui, il est naturel pour beaucoup d’entre nous de s’engager dans une activité physique régulière pour le bien des muscles et du cœur. Néanmoins, notre cerveau, qui est un organe fondamental, reçoit rarement l’attention qu’il mérite. Les maladies cérébrales sont encore souvent considérées comme des fatalités.
Les avancées scientifiques des dernières années montrent que notre mode de vie a un impact significatif sur notre santé cérébrale. Avec sa riche expérience, Claudio Bassetti, professeur et doyen à l’Université de Berne, a même initié le « Swiss Brain Health Plan » pour favoriser cette prise de conscience.
Interview avec Claudio Bassetti
Question : Pourquoi êtes-vous si engagé en faveur de la santé cérébrale ?
Bassetti : Nous réalisons de plus en plus l’importance de la prévention des maladies cérébrales. Plus de la moitié de la population en souffre. Ces affections entraînent non seulement une grande souffrance, mais elles coûtent également très cher, représentant environ 20 % des dépenses de santé.
Question : Ces 20 % représentent une somme importante. Quels types de maladies sont concernés ?
Bassetti : Cela concerne des affections telles que les démences, les AVC, le Parkinson, mais aussi des problèmes comme les migraines ou les troubles du sommeil. Il y a également des maladies psychiques telles que la dépression, qui représentent plus de la moitié des troubles cérébraux. Je pense qu’il est essentiel de favoriser le dialogue entre neurologie et psychiatrie, car le cerveau ne fait pas de distinction entre ces spécialités.
Question : Beaucoup pensent que les maladies cérébrales, telles que les AVC et les démences, sont inévitables. Est-ce vrai ?
Bassetti : C’est précisément cette croyance que nous devons changer. Dans le domaine de la prévention des AVC et des démences, des progrès considérables ont été réalisés. Si nous appliquions les bonnes pratiques, nous pourrions théoriquement prévenir 60 à 80 % des AVC et presque la moitié des cas de démence.
Question : Que devrions-nous améliorer pour réduire ces risques ?
Bassetti : Il existe plusieurs recommandations spécifiques, même si leur mise en œuvre peut être un défi au quotidien. Un sommeil adéquat et régulier, l’entretien de relations sociales, ainsi que l’activité physique et mentale sont cruciaux. De plus, tout ce qui est bénéfique pour le cœur, comme l’arrêt du tabac et le contrôle de la pression sanguine, des graisses et du sucre, joue un rôle. D’autres facteurs comme une consommation modérée d’alcool ou la protection contre les blessures crâniennes sont également importants.
Question : Selon vous, combien de sommeil un cerveau en bonne santé requiert-il ?
Bassetti : Le sommeil est de plus en plus reconnu comme essentiel pour la santé cérébrale. Pour les adultes, il est recommandé de dormir entre sept et neuf heures par nuit.
Question : Quel impact ont la digitalisation et les réseaux sociaux, surtout chez les jeunes ?
Bassetti : Des études montrent qu’une trop grande exposition aux écrans pendant l’enfance peut nuire au développement du cerveau. Cependant, le lien est complexe et dépend de plusieurs facteurs, comme l’isolement social ou le manque d’activité physique.
Question : Que pensez-vous des aliments ou des suppléments prétendument bénéfiques pour le cerveau ?
Bassetti : Ce secteur est devenu très lucratif. Si certaines études existent sur des vitamines, souvent les effets sont négligeables par rapport à des changements de mode de vie tels que l’exercice, le sommeil ou une alimentation équilibrée.
Question : À partir de quand faut-il s’inquiéter de la perte de mémoire ?
Bassetti : Avec l’âge, il est naturel d’être un peu plus lent dans certaines tâches, mais il devient préoccupant lorsque des problèmes de mémoire à court terme apparaissent, ou lorsque des tâches quotidiennes deviennent difficiles.
Question : Avez-vous des conseils pour préserver la santé du cerveau, par exemple avec des mots croisés ?
Bassetti : Rester cognitivement actif est essentiel. Les puzzles peuvent y contribuer, mais il est mieux de commencer dès l’enfance.
Question :
Et relevant de l’impact de certains médicaments sur le cerveau ?
Bassetti : Certains médicaments peuvent nuire à la fonction cérébrale, ce qui est particulièrement préoccupant pour les personnes âgées. La médecine doit veiller à ne pas augmenter la durée de vie tout en causant des pertes cognitives.
Question : Que faites-vous personnellement pour votre santé cérébrale ?
Bassetti : Comme tout le monde, je fais de mon mieux. Je me rends compte que je dois mieux gérer mon sommeil et mon activité physique. Cependant, j’accorde une grande importance à mes interactions sociales et je me lance dans de nouveaux défis professionnels, ce qui est essentiel pour garder un esprit sain.
Points à retenir
- La prévention des maladies cérébrales est essentielle et peut considérablement réduire les risques.
- Un mode de vie équilibré, avec un sommeil suffisant et des relations sociales actives, est primordial pour la santé cérébrale.
- La digitalisation présente des défis, notamment pour les jeunes, mais requiert une approche nuancée.
- Les suppléments alimentaires doivent être abordés avec prudence et ne remplacent pas un mode de vie sain.
- Les symptômes de troubles cognitifs ne doivent pas être ignorés et doivent conduire à une évaluation médicale.
À travers la discussion sur la santé cérébrale, il apparaît que prendre en main notre bien-être mental n’est pas une tâche réservée aux experts. Chacun de nous a un rôle à jouer. En intégrant des habitudes simples dans notre quotidien, nous pouvons non seulement améliorer notre propre santé, mais également celle de nos proches. Il est fascinant de voir comment des actions consciencieuses et réfléchies peuvent offrir un véritable bouclier contre des maladies souvent jugées inéluctables. En tant qu’individus, nous avons donc la possibilité d’agir, ce qui en soi est une source d’espoir.
