Soixante-treize tonnes d’uranium. Une quantité difficile à concevoir, surtout lorsqu’on la compare à un événement marquant de l’histoire : la bombe qui a ravagé Hiroshima en août 1945 contenait environ 64 kilogrammes d’uranium-235. Bien que ces chiffres semblent similaires, ils recèlent une différence essentielle. Le matériau récemment découvert en Syrie est de l’uranium naturel, qui ne peut pas être utilisé tel quel pour la fabrication d’une arme nucléaire. Cependant, cette comparaison aide à saisir l’ampleur de la découverte : les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont mis au jour une quantité d’uranium qui, en masse, surpasse de plus de mille fois celle de l’uranium-235 de cette première bombe utilisée dans un conflit armé.
Cette découverte s’inscrit dans une histoire qui remonte à près de vingt ans, lorsque Israël a détruit par bombardement une installation à Dair Alzour, dans l’est de la Syrie. Le gouvernement de Bashar al-Assad a longtemps nié que ce bâtiment soit un réacteur nucléaire. Toutefois, les enquêtes de l’AIEA ont abouti à une conclusion différente : la structure était un réacteur nucléaire en construction, que la Syrie aurait dû déclarer. Près de deux décennies plus tard, de nouveaux éléments du puzzle sont apparus.
En août dernier, des inspecteurs de l’AIEA ont inspecté un site que la Syrie avait signalé à l’agence en juillet. Ils y ont découvert des barres de combustible revêtues et d’autres restes d’uranium naturel. Après vérification, l’agence a confirmé la présence d’environ 73 tonnes d’uranium métallique naturel : environ 55 tonnes correspondant à près de 8 808 barres de combustible et 18 tonnes de déchets.
Désireux d’acquérir des informations précises, les inspecteurs, dirigés par Rafael Mariano Grossi, directeur de l’AIEA, ont dû manœuvrer dans des espaces étroits et démonter des structures. Une fois le matériau localisé, il a été soumis à des protections de l’AIEA, qui a également installé des systèmes de surveillance. L’objectif immédiat n’est pas d’évacuer l’uranium du pays, mais d’assurer sa localisation et d’éviter qu’aucune de ces tonnes ne disparaisse du contrôle international. C’est ici que cette quantité prend son sens.
L’uranium naturel est constitué presque entièrement d’uranium-238, ne contenant qu’une petite fraction de l’isotope uranium-235, suffisant pour soutenir une réaction nucléaire dans certaines conditions. La bombe d’Hiroshima, nommée Little Boy, utilisait de l’uranium-235 hautement enrichi, avec des estimations historiques indiquant une utilisation d’environ 64 kilogrammes.
Par conséquent, convertir les 73 tonnes d’uranium découvertes en Syrie en plus de mille bombes serait une erreur. Ce n’est pas équivalent. Transformer l’uranium naturel pour en faire un matériel apte à des armes nécessite des procédés nucléaires et chimiques qu’ici, il n’y a pas eu lieu. L’importance de cette découverte réside ailleurs : l’uranium était compatible avec le fonctionnement du réacteur que la Syrie était en train de construire.
Selon le rapport de l’AIEA, le complexe de Dair Alzour était un réacteur modéré au graphite et refroidi à l’air. Sa configuration est particulièrement pertinente, car type d’installation peut produire du plutonium à partir de l’uranium durant son fonctionnement. Le plutonium, à la différence de l’uranium naturel trouvé, peut être utilisé comme matériau fissile pour une arme nucléaire.
Grossi a été très clair le 7 septembre dernier. Le réacteur était pratiquement achevé et, en raison de sa configuration, il était “très efficace” pour produire du matériel fissile utilisable dans des armes nucléaires. Cependant, il a immédiatement introduit une nuance importante : l’intention des autorités syriennes d’alors ne peut pas être déduite uniquement du design du réacteur.
Cette distinction est essentielle. La découverte ne prouve pas que la Syrie fabriquait une bombe atomique, mais indique plutôt que le pays a mené des activités nucléaires non déclarées et construit un réacteur présentant un risque significatif de prolifération.
Pendant des années, l’enquête a été presque bloquée. Le réacteur a été détruit en 2007 et une bonne partie des preuves a disparu sous les décombres. Toutefois, la coopération des nouvelles autorités syriennes, après la chute de Assad fin 2024, a changé la donne. L’accès des inspecteurs à des installations auparavant inaccessibles a permis de localiser le combustible, examiner les infrastructures de refroidissement, et reconstituer plus précisément ce qu’il s’était passé.
Le rapport restituant ces nouvelles découvertes a été présenté par le directeur général de l’AIEA au Conseil des gouverneurs le 1er septembre 2026. Il s’agit d’un document confidentiel distribué aux États membres, et non d’un rapport public classique. L’analyse disponible confirme les 73 tonnes d’uranium naturel, précisant leur répartition entre barres de combustible et déchets.
Peut-être que l’image la plus frappante de cette histoire est que nous ne faisons pas face à 73 tonnes d’uranium prêtes à être utilisées dans une bombe, mais à 73 tonnes d’une histoire. Une histoire qui a commencé avec un réacteur caché dans le désert, s’est poursuivie avec un bombardement en 2007, et a nécessité près de vingt ans pour aboutir à une réponse plus précise sur la réalité derrière ces murs.
Points à retenir
- La découverte de 73 tonnes d’uranium naturel en Syrie a des implications significatives pour la sécurité internationale.
- Ce matériau ne peut pas être directement utilisé pour fabriquer des armes nucléaires sans de lourds traitements.
- La configuration du réacteur à Dair Alzour est révélatrice des intentions nucléaires syriennes.
- Le rôle des inspecteurs de l’AIEA est fondamental pour surveiller les activités nucléaires dans des contextes sensibles.
- La coopération des autorités syriennes d’après 2024 a facilité de nouvelles découvertes.
La question qui se soulève ici est cruciale. Ce matériau, même s’il n’est pas immédiatement menaçant, témoigne d’un passé qui pourrait avoir des conséquences pour l’avenir. En tant que citoyen, je me sens plus concerné que jamais par ces enjeux nucléaires. Il est essentiel de rester informé et de réfléchir à ce que ces découvertes signifient pour notre sécurité collective. Où en serons-nous demain si la transparence et la coopération ne sont pas renforcées ? Cela mérite une attention soutenue et surtout une discussion ouverte.
