mer. Juin 24th, 2026

Il était supposé être l’étoile la plus lointaine jamais observée. Cependant, grâce au télescope spatial James Webb, les astronomes commencent à penser qu’Earendel—longtemps célébré comme une prouesse cosmique—pourrait ne pas être une étoile du tout. Les nouvelles découvertes qui en découlent ouvrent une toute nouvelle perspective sur l’univers primitif.

Avec son optique puissante, le télescope James Webb nous a permis d’explorer les confins de l’espace—et les origines temporelles—comme jamais auparavant. Poursuivant le travail initié par Hubble, Webb offre aux scientifiques la possibilité d’examiner la lumière faible des galaxies formées seulement quelques centaines de millions d’années après le Big Bang. Parmi ces objets anciens, l’un s’est particulièrement distingué : Earendel.

Un long voyage à travers le temps et l’espace

Découvert il y a quelques années par Hubble et réexaminé par Webb, Earendel était considéré comme l’étoile la plus distante jamais détectée—sa lumière ayant mis 12,9 milliards d’années à atteindre la Terre. Certains pensaient que son nom provenait de l’univers de Tolkien, mais il dérive en réalité de l’anglais ancien, signifiant « étoile du matin ». C’est tout à fait approprié, étant donné qu’elle date d’une époque où l’univers n’était qu’à 7 % de son âge actuel.

Vidéo extraite du documentaire “L’Odyssée de la Lumière.” Dans un vide, la lumière voyage généralement en ligne droite. Mais dans un espace déformé par un corps céleste massif, comme une galaxie, cette trajectoire est déviée! Ainsi, une source de lumière située derrière une galaxie a une position apparente différente de sa position réelle : c’est le phénomène du mirage gravitationnel. © CEA, Animea

Voir l’invisible

Techniquement, même Webb ne devrait pas être capable de détecter une étoile unique de si loin. Cependant, les astronomes ont profité d’un tour cosmique : le lancement gravitationnel. Lorsque la lumière d’un objet lointain se courbe autour d’un groupe de galaxies massives en avant-plan—in this case, WHL0137-08—cela agit comme une loupe naturelle.

Le résultat? Un zoom de 4 000 fois qui leur a permis d’isoler un minuscule point de lumière au sein d’un arc lumineux surnommé le “Sunrise Arc”. Malgré cela, Earendel n’apparaissait toujours que comme un point faint, entouré d’une lumière stellaire déformée.

L’image est divisée en deux verticalement pour créer deux images. À gauche, un fond noir parsemé de centaines de petites galaxies de différentes formes, allant du blanc au jaune et au rouge. Certaines galaxies, principalement les plus rouges, sont déformées, donnant l’apparence d’être allongées ou reflétées dans un miroir. Juste légèrement au-dessus du centre, une source lumineuse brillante, une étoile, émet huit pics de diffraction lumineux. À droite, une portion agrandie de l’image de gauche, montrant une ligne particulièrement longue, rouge et fine, où une flèche pointe vers Earendel. © Dan Coe (STScI/AURA for ESA, JHU), Brian Welch (NASA-GSFC, UMD)

Géante étoile… ou objet mal identifié?

Sur la base de données antérieures provenant de Hubble et Webb, les scientifiques avaient initialement conclu qu’Earendel était une étoile massive de type B—brillonnant à plus de 20 000 K, jusqu’à un million de fois plus lumineuse que le Soleil, et probablement 50 à 100 fois sa masse.

Selon les modèles d’évolution stellaire, une telle étoile n’aurait survécu que quelques millions d’années avant de mourir dans une supernova spectaculaire, laissant derrière elle une étoile à neutrons ou un trou noir. Cependant, les astronomes n’étaient pas satisfaits. Ils ont approfondi leurs analyses en utilisant la spectroscopie de l’instrument NIRSpec de Webb, et c’est là que les choses ont pris un tournant.

Les présentations des découvertes réalisées par Hubble concernant Earendel sont toujours pertinentes pour comprendre celles faites aujourd’hui avec le James Webb. © NASA Goddard

Un amas d’étoiles, pas seulement une?

Leurs résultats suggèrent une autre possibilité : Earendel pourrait ne pas être une étoile mais un amas globulaire extrêmement jeune—une sphère dense contenant des centaines de milliers d’étoiles, étroitement regroupées.

Ces amas, certains s’étendant sur des centaines d’années-lumière, se sont formés dans les premières milliards d’années après le Big Bang. Ils ont longtemps aidé les astronomes à étudier la forme et la taille de notre galaxie, remontant aux travaux de Harlow Shapley au début des années 1900.

Aujourd’hui, les amas globulaires restent cruciaux pour notre compréhension de l’histoire galactique et de la formation de trous noirs supermassifs. Certains pourraient même contenir des trous noirs de masse intermédiaire, que les scientifiques estiment avoir joué un rôle dans la croissance précoce des géants galactiques.

Les grandes galaxies, en particulier les elliptiques, accueillent souvent des dizaines de milliers de ces amas. Et même autour de notre propre Voie lactée, nous n’en avons que gratté la surface—moins de 200 ont été catalogués, avec de nombreux autres probablement en attente d’être découverts.

Les astronomes espèrent qu’en continuant à exploiter le pouvoir du lancement gravitationnel, ils découvriront bientôt la véritable nature d’Earendel—qu’il s’agisse d’un phare cosmique solitaire ou du cœur étincelant d’un ancien essaim stellaire.

Notre Opinion Tech

Dans cette quête pour comprendre les origines de l’univers, il est fascinant de constater à quel point la technologie, comme le télescope James Webb, modifie notre conception de la réalité. Le débat autour de la nature d’Earendel souligne l’importance d’une approche multidisciplinaire qui combine observation et analyse scientifique. Il est en effet impératif que nous restions ouverts à la réévaluation de nos découvertes à l’aune des nouvelles technologies et méthodes d’investigation, car la connaissance est un processus en constante évolution.

Bon à savoir

Les amas globulaires, tels que ceux potentiellement représentés par Earendel, peuvent contenir des milliers d’étoiles, jouant ainsi un rôle essentiel dans l’évolution des galaxies, et offrant des clés pour comprendre la formation des trous noirs supermassifs.


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