Le terme “décoller une claque à temps” est plus courant qu’on ne le pense. Il est vrai que l’éducation positive a gagné en popularité ces dernières années, et les méthodes d’éducation des enfants évoluent. De nombreux parents adoptent cette approche, mais certains estiment encore que des cris et des coups peuvent être efficaces dans certaines situations. C’est dans ce cadre que nous avons discuté avec deux experts en psychologie pour comprendre l’impact potentiel de telles actions sur la santé des plus jeunes. Selon Olga Albaladejo, psychologue clinique, “réduire la discipline à un simple ‘coup de gueule’ confond obéissance immédiate et apprentissage véritable”. Il est vrai qu’un coup peut entraîner une interruption temporaire d’un comportement jugé inapproprié par “la peur, la douleur ou la surprise”, mais cela, souligne-t-elle, “n’aide pas l’enfant à comprendre son erreur, à réparer les conséquences ou à apprendre comment agir à l’avenir”.
Beaucoup de gens justifient ce genre de comportement par des phrases telles que “on m’a frappé et je ne suis pas traumatisé”, reflétant ainsi une idée culturelle largement ancrée. Néanmoins, l’expertise précise que “une expérience personnelle ne peut pas remplacer l’ensemble des preuves scientifiques”. De plus, “le traumatisme n’est pas l’unique effet négatif possible d’un tel comportement. Une personne peut ne pas développer de troubles psychologiques et, malgré tout, apprendre à redouter les conflits, à dissimuler ses erreurs, à se soumettre à l’autorité ou à normaliser la violence”, avertit-elle.
Les enfants ont effectivement besoin de limites, mais “un cadre ne devrait pas nécessiter de violence pour être ferme”. La discipline, selon Albaladejo, devrait enseigner l’autocontrôle, la responsabilité et la résolution de conflits. “Un coup ne transmet aucune de ces compétences. Il indique simplement que celui qui détient le pouvoir peut imposer sa volonté par la peur ou la douleur”, ajoute-t-elle.
Pilar Conde, psychologue, abonde dans ce sens. “Les enfants ont besoin de compréhension, d’acceptation, d’écoute, de soutien, mais également de limites claires”. Ces limites sont essentielles pour que les enfants comprennent ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire, et où s’arrêtent leurs droits pour commencer ceux des autres. L’objectif de ces limites devrait être “non pas de rendre l’enfant obéissant par la peur, mais de lui faire apprendre à s’autoréguler, à respecter autrui, et à comprendre les conséquences de ses actes”.
Conséquences d’un coup
D’après Albaladejo, pour un adulte, “un coup peut être la résultante d’une croyance éducative acquise – en croyant sincèrement que le coup corrige – mais aussi le fruit de la fatigue, de la frustration ou d’une perte de contrôle momentanée”. Comprendre “ce qui se passe ne justifie pas, mais permet d’identifier ce qui doit être changé pour que cela ne se reproduise pas.”
Pour l’enfant, des “messages implicites” peuvent être véhiculés, tels que “lorsque je me trompe, la personne qui est censée me protéger peut aussi me blesser”, “si quelqu’un me déborde, j’ai le droit d’utiliser la force” ou “quand quelqu’un est en colère, il a le droit de frapper”. De plus, si le coup est donné au visage, un élément particulièrement envahissant et humiliant est ajouté.
Bien qu’un incident isolé “ne permette pas de conclure que l’enfant développera nécessairement un traumatisme ou un problème psychologique”, Albaladejo souligne que “cela ne constitue pas un acte neutre et ne devient pas éducatif simplement parce que cela arrive rarement”. La recherche montre d’ailleurs qu’il existe un lien entre la fréquence des châtiments physiques et le risque accru, indiquant même que l’OMS avertit que même les formes considérées comme légères présentent un risque de dommage et d’escalade.”
Si l’on se retrouve dans une situation où l’on a perdu le contrôle et a donné un coup à un enfant, il est crucial de réparer cela. Reconnaître l’incident, s’excuser sans déplacer la responsabilité sur l’enfant, et s’engager à réagir différemment est fondamental. “Réparer ne gomme pas le coup ni ne le rend acceptable, mais cela peut contribuer à rétablir la sécurité de la relation et éviter que l’enfant n’en porte la culpabilité”.
Les enfants deviennent-ils plus agressifs ?
En ce qui concerne le comportement futur de l’enfant, les spécialistes s’accordent à dire qu’il est impossible de prédire comment il se comportera. “Le châtiment physique est un facteur de risque, pas une condamnation. D’autres éléments comme son tempérament, la fréquence et l’intensité des coups, le climat familial, la capacité de réparation, et l’existence d’autres liens sécurisants influencent également ce comportement”, argumente Albaladejo. Pour Conde, “utiliser l’agressivité pour établir des limites est une méthode traditionnelle qui peut fonctionner à court terme, mais cela engendre non seulement des problèmes relationnels, mais aussi des répercussions sur l’estime de soi et la gestion de l’autorité”.
La recherche révèle deux grandes modalités de réponse :
Certains enfants extériorisent leurs vécu : ils peuvent manifester une plus grande agressivité, impulsivité ou défi, ou utiliser la force contre leurs frères et sœurs ainsi que leurs camarades.
D’autres intériorisent : ils deviennent plus craintifs, anxieux, obéissants ou incertains et apprennent à dissimuler leurs erreurs pour éviter la punition.
Par conséquent, “un même enfant peut osciller entre deux comportements selon le contexte”, note l’experte. De plus, “il peut éprouver des difficultés à réguler ses émotions et à résoudre les conflits, voir sa relation avec ses parents se détériorer et une acceptation croissante de la violence comme moyen légitime d’exercer l’autorité”, rappelle Albaladejo.
En résumé, “frapper ne résout pas le problème que l’on cherche à corriger et peut même alimenter la situation insatisfaisante”. Selon son expérience, “les parents qui recourent à la claque dans le but de corriger le comportement désordonné de leur enfant finissent souvent par générer plus de conflits et moins de confiance pour que l’enfant puisse se rapprocher d’eux lorsqu’il commet une erreur”.
Répercussions pour l’enfant
Ressentir de la colère est une émotion humaine normale, tant pour les enfants que pour les adultes. Concernant les enfants, il est important de garder à l’esprit une chose. Comme l’indique Albaladejo, la limite “doit se situer dans ce que l’enfant fait avec sa colère – c’est-à-dire frapper, insulter ou briser des objets, mais non pas l’émotion elle-même”. Dès lors, si l’enfant “reçoit une claque chaque fois qu’il est en colère, il peut apprendre que sa rage est dangereuse, intolérable ou méritoire de punition.”
Ainsi, au lieu d’apprendre à “reconnaître, exprimer et réguler sa colère, il apprendra à la craindre, à la cacher ou à la décharger. Certains enfants tenteront de réprimer leur colère et deviendront excessivement soumis, obéissants ou vigilants aux états d’âme des adultes, tandis que d’autres accumuleront la tension jusqu’à exploser ou reproduiront des schémas agressifs envers des personnes plus vulnérables.”
Une honte généralisée peut également se développer. L’enfant commence alors à penser “je suis mauvais” ou “je suis le problème”, et lorsque la relation s’organise autour de la peur, il peut développer des stratégies qui lui assurent une protection à court terme, comme mentir, cacher, plaire ou anticiper la colère de l’adulte. Ces comportements compliqueront par la suite son autonomie et ses relations.”
Il est crucial de noter qu’il existe une contradiction éducative dans ces comportements. L’adulte qui agit ainsi “cherche à enseigner à l’enfant à ne pas perdre le contrôle tandis qu’il exprime lui-même sa colère par la violence”. Il est essentiel de comprendre que “les enfants apprennent beaucoup plus de notre réaction que de nos paroles, d’où l’importance d’enseigner la régulation émotionnelle en restant nous-mêmes équilibrés”.
Points à retenir
- La distinction entre obéissance et apprentissage est fondamental dans l’éducation.
- Les coups peuvent avoir des effets durables, au-delà du traumatisme immédiat.
- Les limites ne nécessitent pas de violence pour être efficaces.
- Les enfants peuvent réagir de différentes manières à la violence, que ce soit par l’agression ou l’intériorisation.
- Réparer une action violente est crucial pour la relation parent-enfant.
En tant que parent ou éducateur, cette réflexion sur la discipline soulève des questions essentielles. Quel type de modèle souhaitons-nous incarner pour nos enfants ? La douleur infligée peut-elle vraiment mener à un meilleur comportement, ou risque-t-on de cimenter des schémas destructeurs ? Ces interrogations résonnent en moi et me poussent à approfondir les alternatives constructives pour élever une nouvelle génération. La passion pour une éducation respectueuse et bienveillante me semble être la clé d’un avenir meilleur pour tous.
