L’époque dorée d’Alfa Romeo en Formule 1 appartient désormais au passé. La marque au trèfle a remporté ses deux premières championnats du monde grâce à un moteur à huit cylindres en ligne compressé, qui a produit des performances incroyables de 430 chevaux pour 1,5 litre de cylindrée à la fin de 1951. Cependant, cette réussite a été suivie d’un long silence.
Alfa Romeo a sollicité un soutien financier de l’État sans succès et a donc décidé de se retirer, bien qu’un moteur à douze cylindres en V de 2,5 litres ait déjà été secrètement développé. Entre 1970 et 1971, un moteur V8 d’Alfa Romeo a fait son apparition en Formule 1, intégré dans des châssis McLaren et March. Toutefois, le V8 ne parvint pas à s’imposer face au puissant Cosworth, qui dominait le circuit.
Ce moteur avait des origines en sport automobile où Carlo Chiti, le responsable des moteurs d’Alfa, avait amélioré le design avec un V12 à 180 degrés en 1973, inspiré par Ferrari qui avait déjà intégré un moteur plat dans ses compétitions depuis 1970.
Un moteur V12 lourd et large
Le nouveau moteur d’Alfa Romeo possédait un bloc aluminium avec des cache-culbus en magnésium. Cette configuration permettait des tours jusqu’à 12 000 tr/min, mais augmentait aussi le poids et la largeur du moteur.
Bien que son achèvement ait pris un an de retard, ce moteur a connu un succès retentissant dans les courses d’endurance. En 1975, l’Alfa Romeo 33TT12 a remporté sept des neuf courses du Championnat du Monde des voitures sportives. Suite à ce succès, la direction a décidé de mettre en pause les activités de l’équipe officielle.
Cependant, Chiti a réussi à convaincre l’équipe de Formule 1 de se servir du moteur, et il ne restait qu’à trouver une équipe. Bernie Ecclestone a décidé d’équiper son écurie Brabham avec ce moteur pour se démarquer dans un peloton qui utilisait principalement des moteurs Cosworth.
Des moteurs gratuits pour Brabham
Les V12 de Ferrari et Matra offraient des performances supérieures au Cosworth, mais leur poids était un désavantage. Ecclestone, en tant que responsable d’équipe, préférait l’option gratuite du moteur Alfa Romeo.
Chiti promettait 520 chevaux dès la première année, plaçant le V12 Alfa en tête avec 50 chevaux de plus que le Cosworth. Sa conception plate, mesurant seulement 410 millimètres de hauteur, abaissait également le centre de gravité de la voiture.
Cependant, le constructeur de Brabham, Gordon Murray, devait faire face à plusieurs inconvénients, notamment le poids élevé du moteur, qui pesait initialement 180 kilogrammes, ainsi que sa largeur et sa longueur, bien supérieures à celles d’un V8 Cosworth.
Un moteur inadapté aux voitures à effet de sol
La largeur du V12 est devenue un handicap avec l’émergence des voitures à effet de sol en 1978. Le modèle Lotus a révolutionné la compétition, et ceux qui souhaitaient en imiter le design avaient besoin d’un châssis plus étroit. Le Brabham BT48 n’offrait pas cette possibilité.
Pour pallier ce problème, Murray a intégré un système d’aspiration. Bien que cela ait permis à Niki Lauda de remporter le Grand Prix de Suède, cette solution a dû être retirée après un seul départ.
Face à la supériorité du concept Lotus et des Ferrari chaussées de Michelin, il est apparu évident qu’un moteur plus mince était nécessaire. Cela a scellé le sort du V12 plat, qui ne participa plus qu’à quatre courses en 1979.
Chiti a alors conçu, en l’espace de trois mois, un V12 à 60 degrés, plus adapté à l’ère de l’effet de sol, mais il était trop précoce et sujet à de nombreux soucis mécaniques. Frustré, Brabham est rapidement revenu aux moteurs Cosworth, le V12 étant encore en service jusqu’en 1982 avant l’avènement du V8 turbo.
Points à retenir
- Alfa Romeo a connu un succès initial éclatant avec ses premiers moteurs en Formule 1.
- Le retrait de la marque a été influencé par des défis financiers et techniques.
- Le moteur V12 d’Alfa était puissant mais se heurta à des problèmes de poids et de dimensions.
- Les innovations en Formule 1, comme le moteur à effet de sol, ont redéfini les exigences techniques.
- Le passage au V8 chez Brabham a marqué une transition vers de nouvelles solutions de performance.
En réfléchissant à l’histoire d’Alfa Romeo en Formule 1, on peut constater à quel point l’innovation et l’adaptation sont essentielles dans un domaine aussi concurrentiel. L’évolution technique et les choix stratégiques peuvent faire la différence entre le succès et l’échec. L’exemple d’Alfa nous rappelle que même les plus grands peuvent faire face à des défis, et qu’il est souvent nécessaire de repenser la stratégie pour rester dans la course. Quelles autres leçons pouvons-nous tirer du parcours d’Alfa en Formule 1 ?
