«On se voit à Imola, poto…». C’est ainsi que se terminait le spot viral et brillant du sponsor de Franco Colapinto, annonçant avec enthousiasme son retour tant attendu à Imola au volant d’une Alpine. Pendant des mois, les soupirs des adeptes argentins se comptaient et s’entendaient. Devenu une étoile montante dans son pays, Colapinto retrouvait l’opportunité de confirmer les éclairs de talent révélés chez Williams en 2024.
Dès ses débuts à Imola, il a heurté les barrières en Q2. À Silverstone, dernière course en date, il n’a pas dépassé le premier tour à cause d’un autre accident. Les images montraient ses difficultés à dompter une monoplace que Pierre Gasly a pu mener jusqu’au Q3. Juste avant le départ, un problème de boîte de vitesses l’a contraint à l’abandon. En rentrant dans les stands, son ton à la radio laissait transparaître des larmes naissantes.
Les grandes attentes nées l’an passé, couplées à son charisme naturel, avaient fait de lui une star dont la lumière risque de s’éteindre aussi vite qu’elle s’est allumée. Aujourd’hui, Franco Colapinto pourrait bien devenir un nouveau jouet brisé, broyé par la machine implacable de la Formule 1. A-t-il vraiment le talent requis ou est-il simplement le fruit d’attentes excessives et trop hâtives ? Sa trajectoire rappelle celle de ce marine parachuté sur les plages de Normandie avec un pistolet et quelques mois de formation à peine.
Une mécanique qui peine à démarrer
En seulement quatre Grands Prix avec Williams, il est parvenu à marquer des points à deux reprises (Bakou et Singapour). Sa personnalité désinvolte renforçait son image. Pourtant, son inexpérience et la pression ont laissé des traces. Les accidents à Bakou, Las Vegas et deux fois à Interlagos ont entamé l’élan prometteur de ses débuts. Sur les cinq courses suivantes, aucun point marqué, avec pour meilleur résultat une modeste douzième place à trois reprises. Red Bull avait envisagé de le recruter, mais la venue de Carlos Sainz a mis un terme à cet espoir, laissant Colapinto sur le banc d’une histoire interrompue, alors que son potentiel sportif et médiatique semblait pourtant immense.
Le fait que Flavio Briatore ait parié sur le placement de Colapinto chez Alpine témoignait d’un potentiel encore latent. Quand un homme qui a lancé des champions comme Michael Schumacher et Fernando Alonso vous jette son dévolu… Mais après six courses, à Silverstone circulaient déjà des rumeurs selon lesquelles Briatore aurait contacté Toto Wolff pour envisager le remplacement de l’Argentin par Valtteri Bottas. Avec les exigences rigoureuses du manager italien, rien ne garantit que Colapinto terminera la saison si le contexte ne change pas, à moins qu’on lui laisse réellement une marge de manœuvre.
Si son coéquipier est la référence, Colapinto accuse en moyenne deux dixièmes de retard en qualifications sur Gasly. Lors de ses trois premières courses, il n’a jamais passé le cap du Q1, une situation qui s’est reproduite à Silverstone. Toujours pas de points marqués. L’Argentin déçoit sans doute parce que les attentes ont été portées trop haut et trop tôt, de manière irréaliste par rapport à son expérience. Pour situer son niveau, on pourrait se référer à Carlos Sainz ou Lewis Hamilton.
Qu’attend-on vraiment de Colapinto ?
Chez Williams, l’Argentin était une page blanche et bénéficiait de sympathie et de marge de manœuvre. Chez Alpine, c’est une toute autre histoire. Son arrivée s’est accompagnée d’un ultimatum à cinq courses, que Briatore alla légèrement amoindrir, sans toutefois lever la pression. Au fil des courses, l’étau semble se resserrer autour du pilote.
Pourtant, Colapinto rappelait à Montréal une vérité souvent ignorée à son sujet : « C’est très compliqué de comparer les performances quand il n’y a pas d’essais, alors que tous les autres ont tourné à Bahreïn pendant une éternité, et que moi, je découvre à peine une voiture très difficile à piloter. » Autrement dit, l’Argentin est revenu dans la féroce Formule 1 à poil, avec seulement neuf Grands Prix à son actif.
En plus de devoir monter dans un train lancé à toute vitesse, il découvre une monoplace qu’il n’a testée qu’au simulateur avant Imola, dont Alpine occupe la dernière place du classement. « Ce n’est pas une voiture facile à conduire, il faut du temps pour comprendre ce qu’elle attend de toi, ajuster ton pilotage… » expliquait-il à Montréal, où il a livré la meilleure performance de sa saison, la seule fois où il a devancé Gasly le samedi.
Les difficultés bien documentées de Sainz et Hamilton en 2025, malgré leur vaste expérience, invitent à reconsidérer les attentes fixées à Colapinto selon son parcours et sa situation personnelle. « Certaines configurations ne me conviennent tout simplement pas. J’étais décalé par rapport à tout : les réglages, les outils — ici, une chose contredit l’autre… » De tels propos font écho aux mêmes frustrations entendues chez Sainz ou Hamilton.
« Il nous faut une voiture un peu plus prévisible, on connaît nos faiblesses, elle est rapide quand elle est dans sa fenêtre idéale, mais dès qu’on sort de ça, c’est très compliqué à piloter », ajoutait-il à Silverstone. « Gasly a des soucis similaires, mais après trois ans à piloter cette voiture, il comprend parfaitement ses limites. » Ses gestes au volant trahissaient cette lutte sans cesse renouvelée.
Avec peu de roulage, Colapinto doit explorer des pistes de réglages qui correspondent à son style, sur une monoplace neuve, avec des systèmes et une organisation totalement différentes. Son bagage limité à neuf week-ends chez Williams ne facilite pas les choses. Ajoutez à cela le carcan médiatique de la Formule 1, et sa spontanéité première s’effrite au fil des courses. Six manches disputées, et déjà des doutes. Jack Doohan, qui l’a précédé, connaît bien la rengaine.
À l’image de ces parents qui jettent leur bébé dans une piscine, espérant qu’il garde la tête hors de l’eau, Colapinto est lancé dans le grand bain par Flavio Briatore et Alpine. Telle est la dure réalité de la Formule 1 : la place est convoitée, la queue est longue, et les suivants attendent leur tour. Victime de l’éclat fulgurant de ses débuts et du zèle fervent d’une fanbase historique en quête d’un nouveau messie automobile, Colapinto voit sa star vaciller… Espérons qu’il ait de la ressource pour aller jusqu’au bout de la saison.
Points à retenir
- Franco Colapinto fait face à la rude école de la Formule 1 avec un passé limité à neuf Grands Prix, ce qui rend sa tâche particulièrement ardue.
- Son retour avec Alpine ne se fait pas sans douleur : un bolide difficile à manier, peu de temps pour s’adapter, et une forte pression du mythique Flavio Briatore.
- Les attentes médiatiques et populaires lui ont peut-être mis une surcharge sur les épaules, bien avant qu’il n’ait vraiment pu démontrer son potentiel.
- Il partage ses difficultés avec d’autres pilotes chevronnés, rappelant que la Formule 1 est un sport où l’expérience compte plus que le simple talent brut.
- Colapinto semble être lancé dans le grand bain avec un gilet de sauvetage percé, sous le regard impatient des fans et des managers.
- Comparé à un soldat parachuté prématurément sur une plage de Normandie, on ne peut s’empêcher de se demander si l’environnement ne broiera pas ce jeune espoir.
Bref, entre la pression de la légende Briatore, la complexité d’une Alpine peu docile et une fanbase aux attentes galactiques, Franco Colapinto joue au funambule sur un fil bien fragile. Mais que voulez-vous, en Formule 1, parfois il suffit d’un mauvais virage pour que la lumière s’éteigne. Reste à voir s’il brillera encore ou préférera sans doute allumer quelques bougies un peu plus modestes… En attendant, moi, je m’offre le spectacle – avec un paquet de pop-corn, évidemment.