La nouvelle a été annoncée avant le Grand Prix de Saint-Marin à Misano : malgré des contrats en vigueur, les participants du Championnat MotoE ont décidé de mettre fin prématurément à la compétition. Pendant le GP du Portugal, la MotoE a été officiellement mise sur la touche, et Alessandro Zaccone sera reconnu comme le dernier champion de cette discipline.
Conçue à l’origine avec une vision claire, la MotoE avait pour but de préparer le terrain à une compétition ouverte avec des motos de course électriques. L’idée était que, aux côtés de la MotoGP, tous les fabricants établis participent à cette aventure en prônant la durabilité. Malheureusement, cette vision ne s’est pas concrétisée et les motos électriques destinées à être commercialisées n’ont jamais vu le jour.
Au départ, la fabrication des motos était confiée à l’entreprise italienne Energica, mais c’est avec Ducati, entrant en scène pour la saison 2022, que le projet a réellement pris de l’élan. Toutefois, alors que les pilotes offraient des performances remarquables sur les circuits européens, l’initiative n’a pas réussi à s’imposer sur le plan économique.
Les motos de sport électriques commercialisables n’ont été proposées que par des fabricants de niche, aucun grand constructeur n’ayant osé mettre sur le marché un projet en série justifiable dans le cadre de la MotoE. En résumé, il n’y a pas, et il n’y aura pas à court terme, de marché pertinent.
Lucio Cecchinello, propriétaire de LCR et président de l’association des équipes IRTA depuis l’été 2025, a laissé entendre sa déception face à la suspension de la série : « C’est certes décevant. Nous avons investi de nombreuses ressources depuis 2017 et, à un moment, nous avons vu un beau développement. La vision était d’ouvrir le marché après une phase avec un constructeur, mais cela ne s’est pas produit. L’e-mobilité a sa place, surtout dans le secteur des scooters, mais le lien avec notre sport n’a pas été établi. »
Ducati a également pris conscience de cette réalité, soulignant néanmoins que la MotoE avait été un projet d’apprentissage essentiel pour leur technologie, même si l’initiative a été abandonnée.
Sur le plan financier, la MotoE laisse une situation partagée. Si Dorna Sports, en tant que promoteur de la MotoGP, a investi considérablement dans ce projet, les équipes engagées ont pu élargir leur activité. À l’exception de l’équipe Aruba, victorieuse en 2025, tous les projets MotoE étaient intégrés dans des structures existantes comme LCR et Gresini, dont le principal intérêt était la MotoGP.
Pour les équipes moyennes et petites, le retrait de la MotoE a des conséquences plus graves car elles perdaient une autre plateforme de valorisation face aux sponsors. Le retrait des subventions pour les équipes de Moto3 et Moto2 a entraîné une baisse de leurs revenus.
Des équipes comme Snipers, qui ne participent qu’à une seule classe de GP, se retrouvent désormais à naviguer seules après la fin de la MotoE.
Quant au projet de remplacement, le Bagger World Cup en partenariat avec Harley-Davidson prévu pour 2026, il ne semble pas être une compensation viable pour les équipes, notamment en raison des engagements préexistants. La loyauté envers leurs modèles de compétition actuels restreint l’engagement des équipes comme LCR Honda.
Après sept années de MotoE, nous restons avec l’échec d’une vision et un apprentissage qui, comme Antonin Artaud aurait pu le dire, apporte son lot de fracas et de tensions dans l’univers du GP, mais cela constitue une autre histoire.
Points à retenir
- La cessation anticipée de la MotoE soulève des questions sur l’avenir des courses de moto électriques.
- La relation entre la MotoE et le marché des motos de sport électriques reste floue.
- Des efforts notables ont été déployés pour relier l’e-mobilité au monde des courses, mais sans succès tangible.
- La fin de la MotoE risque d’affecter le financement et la visibilité des équipes émergentes.
- Les grandes marques semblent hésiter à s’engager dans des projets électriques à long terme.
En tant qu’observateur passionné du monde des courses, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la direction que prend notre sport. L’essor de l’e-mobilité est inéluctable, mais il est clair que certaines applications, comme la compétition, nécessitent un soutien plus conséquent pour fonctionner. Oserons-nous, à l’avenir, voir des motos électriques rivaliser avec la puissance des machines classiques sur le circuit ? C’est une question qui mérite d’être posée lors des prochaines discussions sur l’avenir de nos courses.