mer. Juil 15th, 2026
Introduits par Ducati, les conduits de déviation sont désormais adoptés par tous les fabricants de MotoGP, mais un brevet déposé par Yamaha pour les motos de série explique leur attrait.

Ils ont fait leur apparition lors des essais de présaison au Qatar (Doha) en mars 2021, initialement testés par le pilote d’essai Michele Pirro, puis adoptés par les pilotes de l’équipe officielle Jack Miller et Francesco Bagnaia. Autrefois éléments inhabituels, ils ornent désormais l’avant de tous les carénages inférieurs, sauf chez KTM, où ils sont intégrés.

Aussi répandus qu’ils soient devenus, personne dans le paddock n’était capable d’expliquer comment ils fonctionnaient ; chacun proposait sa propre théorie, allant de « nettoyage de l’air sale » au « principe du bâton de ski »…

Nous avions donc fini par accepter de ne pas comprendre pourquoi l’air aspiré horizontalement et expulsé vers le bas – apparemment en réduisant drastiquement l’efficacité aérodynamique – offrait un avantage. Jusqu’à ce qu’une recherche approfondie nous amène à découvrir le brevet déposé par Yamaha pour exploiter ce principe sur les motos de production. N’oublions pas qu’un tel brevet ne couvre pas la course, mais il est pour le moins surprenant que Ducati n’en ait pas déposé un…
Voici l’explication fournie par Yamaha dans son brevet de 20 pages. Nous mettons en exergue les passages les plus importants.

[0006] Cette invention a été conçue à la lumière de ces facteurs, et vise à proposer une moto permettant d’augmenter le volume de l’échangeur thermique situé à l’intérieur du carénage latéral tout en améliorant l’efficacité du refroidissement.

[0008] La moto décrite ici comprend :

  • un échangeur thermique (radiateur)
  • un carénage latéral positionné vers l’extérieur par rapport à l’échangeur thermique, le carénage ayant un orifice de décharge d’air orienté vers l’arrière par rapport à l’échangeur
  • un élément de guidage (conduit de déviation) positionné à l’extérieur du carénage latéral en direction de la largeur du véhicule et devant le port de décharge d’air.
Schéma d'arrangement du conduit de déviation sur le carénage de la moto

L’élément de guidage comprend :

  • une première section de connexion, placée devant l’ouverture de décharge d’air et reliée au carénage latéral
  • une surface latérale extérieure qui s’étend vers l’avant et vers l’extérieur en direction de la largeur du véhicule à partir de cette première portion de connexion.
Détails de la section de connexion et de la surface latérale extérieure de l'élément de guidage

[0009] Dans la moto décrite ci-dessus, l’élément de guidage s’étend non seulement vers l’avant à partir du carénage latéral, mais également vers l’extérieur en direction de la largeur du véhicule. Par conséquent, dans une section horizontale, la longueur de la surface latérale extérieure de l’élément de guidage est supérieure à celle du carénage latéral.

Section horizontale illustrant la longueur de la surface latérale extérieure par rapport au carénage latéral

La vitesse de l’air circulant le long de cette surface latérale extérieure est relativement élevée, ce qui réduit la pression au niveau du port de décharge d’air. Cela facilite l’évacuation de l’air par le port de décharge, augmentant ainsi le flux d’air à travers l’échangeur thermique. Par conséquent, il est possible d’améliorer l’efficacité du refroidissement de l’échangeur thermique.

Accélération de l'air le long du conduit réduisant la pression au port de décharge

De plus, puisque l’élément de guidage est situé à l’extérieur du carénage latéral, le volume de l’échangeur thermique n’est pas limité par son installation. Cela permet d’augmenter son volume. Par conséquent, la moto décrite permet à la fois d’augmenter le volume de l’échangeur thermique et d’améliorer l’efficacité du refroidissement.

[0067] Une plaque de guidage d’air est disposée à l’intérieur du conduit. Cela permet de redresser l’écoulement dans le conduit et, ainsi, de réduire la traînée aérodynamique de l’élément de guidage.

Yamaha nous affirme que le système est uniquement destiné à améliorer le refroidissement, principalement pour le radiateur d’huile ! Mais qu’en est-il de l’air sale, de l’effet de sol, et de la portance ? C’est un peu comme écouter Luigi Dall’Igna défendre le spoiler du bras oscillant comme un radiateur pour le pneu arrière… De plus, depuis 2024, la M1 n’a plus de sorties d’air chaud en bas du carénage, année où sont apparus les conduits de déviation sur les côtés. Et sa dernière version ne fait pas exception. « Houston, nous avons un problème ! »
Carénage de la Yamaha M1 avec conduits de déviation latéraux et sans sorties d'air chaud inférieures

Nous avons donc approfondi nos recherches.

La suite à suivre.

Points à retenir

  • Les conduits de déviation sont désormais standardisés dans la MotoGP, offrant des avantages aérodynamiques significatifs.
  • Yamaha a déposé un brevet intéressant soulignant l’importance du refroidissement pour les motos de production.
  • Le positionnement et la conception de ces conduits améliorent l’efficacité du système de refroidissement.
  • L’interface entre la moto et l’air joue un rôle crucial dans la performance globale d’un véhicule.

Le développement des technologies de refroidissement dans le milieu de la MotoGP remet en question notre perception de la performance aérodynamique. En tant qu’observateur passionné, il est fascinant de constater comment chaque innovation peut influencer les résultats sur la piste. Ces éléments, bien que techniques, représentent des enjeux importants pour les équipes et les pilotes. Que pensez-vous de l’impact de ces évolutions sur le secteur ?


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