Dorna, le promoteur du Championnat du Monde MotoGP, désormais renommé MotoGP Sports Entertainment Group (MotoGP SEG), a organisé un événement à Jerez à la veille du Grand Prix d’Espagne. L’événement annuel intitulé « Dîner Informel : Une soirée avec la famille MotoGP » s’est tenu cette année dans les imposantes Bodegas Gonzalez Byass, situées dans la belle ville andalouse.
Les fabricants, équipes, sponsors et partenaires commerciaux de MotoGP étaient conviés à cette soirée, animée par la direction du championnat, représentée par Derek Chang, président et directeur général de Liberty Media. À ses côtés se trouvaient Carmelo Ezpeleta, PDG du championnat, et son fils Carlos, directeur sportif. Ensemble, ils étaient entourés de cadres supérieurs de la série et de stars invitées, mettant particulièrement en avant Christian Horner, ancien directeur d’équipe de Red Bull en F1.
Les invitations avaient été envoyées des semaines à l’avance, les plans de table préparés, et l’attente était forte avant cette rencontre annuelle. Cependant, la grande surprise de la soirée a été le fait que trois des cinq fabricants n’étaient pas présents. Yamaha, Aprilia et KTM ont ainsi fait faux bond aux grands patrons de MotoGP sans préavis.
De plus, le PDG de Ducati, Claudio Domenicali, ainsi que le directeur général Gigi Dall’Igna et le directeur sportif Mauro Grasilli n’ont pas assisté non plus à la réunion. La représentation de Ducati était limitée à Davide Tardozzi, le team manager, et Artur Vilalta, le directeur de la communication.
Honda a également brillé par son absence, n’envoyant que le team manager Alberto Puig accompagné de deux membres de son service de presse.
Les tables vides au centre de la salle de dîner étaient, en quelque sorte, la réponse des fabricants à la dernière contre-proposition de MotoGP concernant le projet d’accord commercial que la promotion et les équipes et fabricants tentent de négocier depuis plus d’un an.
Changement de stratégie
Jusqu’à présent, la négociation entre les cinq fabricants et le championnat pour le nouvel « Accord Concorde », qui régira le cadre commercial entre les deux parties de 2027 à 2031, avait réussi à maintenir une certaine unité parmi les constructeurs, espérant ainsi faire valoir leurs exigences.
L’offre de MotoGP SEG est limitée à une augmentation systématique de la contribution du championnat à chacune des 11 équipes présentes sur la grille. En échange, elle demande une plus grande implication des équipes en matière d’hospitalité, de marketing, d’image, de communication et de réseaux sociaux.
Les fabricants, unis sous l’égide de la MSMA, dirigée par Massimo Rivola (CEO d’Aprilia) et Lin Jarvis, ancien directeur de Yamaha, réclament un changement de système, afin de passer d’une allocation fixe par saison à une part des revenus globaux du sport.
Ils estiment que MotoGP doit être aligné avec d’autres compétitions majeures telles que la Ligue des champions, la NBA ou la NFL, où les équipes perçoivent des montants variables selon leurs performances, une part des droits TV, et où elles participent à la gouvernance du championnat.
Un exemple qui illustre ce point est la rédaction du calendrier, devenu un point de friction dans la négociation. La MSMA souhaite pouvoir proposer des dates et circuits, mais pour l’heure, les promoteurs s’y opposent.
Suite à l’absence remarquée lors du dîner de Jerez, les relations entre les deux parties se sont tendues au point que, quelques heures plus tard, MotoGP SEG a décidé de changer de stratégie, entamant des négociations séparées, individuellement, avec chaque fabricant et équipe.
La réponse initiale a cependant été positive pour MotoGP SEG, puisque Honda, le constructeur le plus influent, a garanti sa signature. Au même moment, des rapprochements ont eu lieu avec Ducati ainsi qu’avec les équipes satellites comme VR46 et Gresini (Ducati), LCR (Honda), et Tech 3 (KTM). Actuellement, Yamaha reste le constructeur le plus réticent face au pacte proposé par MotoGP, aux côtés d’Aprilia et KTM.
Selon nos sources, MotoGP SEG a fixé le Grand Prix de France dans deux semaines comme délai pour parvenir à un accord commun. Si cela n’est pas atteint, le promoteur envisagera de négocier individuellement avec chaque partie concernée pour finaliser des accords séparés.
Points à retenir
- Un événement annuel de MotoGP a eu lieu à Jerez avec des absences notables de plusieurs fabricants.
- Les relations entre Dorna et les fabricants se tendent autour du nouvel Accord Concorde.
- Les fabricants réclament une répartition des revenus basée sur la performance, similar aux autres sports majeurs.
- Honda a confirmé son soutien, tandis que d’autres fabricants restent hésitants, notamment Yamaha.
- Le Grand Prix de France a été fixé comme échéance pour parvenir à un accord collectif.
Les enjeux de cette négociation révèlent non seulement les dynamiques économiques au sein du monde de la MotoGP, mais elles soulèvent également des questions sur la gouvernance et l’équité dans le sport. Comment assurer une représentation juste de chaque constructeur tout en préservant l’intégrité de la compétition ? C’est un dilemme qui demande une réflexion approfondie. Pour ma part, je pense qu’une collaboration sincère entre les acteurs du sport pourrait poser les bases d’un avenir doré pour la MotoGP.
