mar. Juin 23rd, 2026

Au cours des derniers jours, plusieurs journalistes m’ont sollicité pour des informations sur la comète interstellaire 3I/Atlas. J’ai donc jugé utile de faire un état des lieux sur cette comète, depuis sa découverte le 1er juillet 2025. La particularité de 3I/Atlas pour les astronomes réside dans sa découverte précoce et ses paramètres orbitaux favorables qui la font évoluer, par pure coïncidence, presque dans le plan de l’écliptique. Contrairement aux précédents objets interstellaires comme 1I/’Oumuamua et 2I/Borisov, sa détection à 4,5 unités astronomiques du Soleil a permis de lancer une intense campagne de suivi pour observer l’évolution de son activité en s’approchant de notre étoile. Cette campagne se poursuit et continuera après le passage de la comète au périhélie, prévu pour demain, mercredi 29 octobre, à 203 millions de kilomètres du Soleil.

Les premières observations réalisées avec des télescopes ont immédiatement révélé la présence d’une chevelure et d’une queue en développement, confirmant la nature cométaire de 3I/Atlas. Nous n’avons pas pu observer le noyau “nu”, car il est toujours entouré d’une chevelure. De ce fait, il est difficile de déterminer sa rotation et sa taille ; on estime tout de même qu’il mesure, au maximum, environ 5 km de diamètre, comme l’indiquent les estimates de masse basées sur les forces non gravitationnelles qui agissent sur le noyau, en raison de la sublimation d’éléments volatils. Le fait que 3I/Atlas soit active même à une grande distance du Soleil n’est pas surprenant, car cela se produit également pour les comètes du Système solaire riches en glaces de dioxyde de carbone, d’eau et autres volatils. Par exemple, la comète Hale-Bopp était active à 13 unités astronomiques du Soleil, bien avant son périhélie.

La comète 3I/Atlas photographiée par l’Observatoire de Loiano le 3 juillet 2025.

Les observations de 3I réalisées par le télescope spatial Hubble le 21 juillet 2025 ont révélé une faible anticode dirigée vers le Soleil, phénomène rare, probablement observé pour la première fois. Ce détail, constaté à 3,8 unités astronomiques du Soleil, s’explique par la présence sur le noyau d’une zone riche en éléments volatils qui s’active lorsqu’elle est tournée vers le Soleil, projetant un jet de gaz et de poussières qui forme l’anticode observée. C’est en quelque sorte un geyser actif sur la surface du noyau de l’Atlas.

Des observations spectroscopiques infrarouges réalisées le 6 août avec le James Webb Space Telescope (Jwst) ont montré que la chevelure de 3I/Atlas est dominée par le dioxyde de carbone (CO₂), avec un dégazage accentué vers le Soleil. Le Jwst a également révélé la présence d’H₂O, de CO, d’OCS, de glace d’eau et de poussière. Le rapport CO₂/eau est d’environ 8, un des plus élevés jamais mesurés, indiquant que le noyau est intrinsèquement riche en CO₂, suggérant ainsi que 3I/Atlas pourrait être née près de la ligne de formation des glaces de CO₂ dans son système planétaire d’origine.

Du 4 juillet au 21 août, le Very Large Telescope (VLT) européen a suivi 3I, réalisant des observations spectroscopiques à des distances entre 4,4 et 2,85 unités astronomiques du Soleil, révélant la présence de cianogène et de nickel neutre. À ce jour, aucune ligne de fer neutre associée au nickel n’a été détectée. L’obtention de lignes de nickel dans une chevelure cométaire froide sans fer implique des molécules-mères contenant du nickel, attirées par les particules de poussières projetées lors de la sublimation.

Une campagne observatoire menée entre le 8 et le 17 août a confirmé la présence de cianogène dans la chevelure de l’Atlas, avec un taux de production similaire à celui des comètes du Système solaire. Des images prises avant la découverte par la Zwicky Transient Facility (ZTF) ont permis de remonter la courbe de lumière de la comète jusqu’à juin 2024, indiquant que la comète était active à partir de 6,5 unités astronomiques du Soleil.

L’astéroïde 2025 FA22 photographié le 18 septembre 2025.

Des études théoriques ont été entreprises pour déterminer le système stellaire d’origine de la comète Atlas. En utilisant les données de 30 millions d’étoiles extraites du catalogue Gaia Dr3, les chercheurs ont pu reconstruire l’orbite tridimensionnelle de chaque étoile dans le potentiel gravitationnel galactique. En intégrant l’orbite de l’Atlas sur 10 à 15 millions d’années, 25 étoiles ont été identifiées comme ayant croisé la comète à moins d’un parsec. Aucune d’elles ne présentant un mouvement relatif faible avec la comète, nous ne connaissons toujours pas la source de 3I/Atlas.

L’astrophysicien d’Harvard, Avi Loeb, a émis l’hypothèse que 3I/Atlas pourrait avoir une origine artificielle en raison de sa trajectoire hyperbolique la rapprochant des planètes Mars, Venus et Jupiter. Cependant, aucune preuve ne soutient cette théorie et Loeb lui-même reconnaît qu’il est probable qu’il s’agisse d’une comète naturelle. Si la science doit envisager toutes les hypothèses, celles-ci doivent être vérifiées par l’expérience, sans quoi elles ne sont que spéculations. Pour étayer une hypothèse d’origine artificielle, il faudrait des données indiscutables.

Enfin, le 21 octobre, l’International Asteroid Warning Network (IAWN) a lancé une campagne sur 3I/Atlas pour former les astronomes à caractériser des comètes en cas de détection d’une comète du Système solaire menaçant la Terre. Cette campagne s’étendra jusqu’en janvier 2026. Pourtant, certains médias ont rapporté que “les protocoles de défense planétaire ont été activés pour la première fois sur un objet interstellaire”, laissant croire à un danger, ce qui est inexact : l’Atlas et la Terre seront à environ 270 millions de kilomètres de distance le 19 décembre, sans risque de collision.

Points à retenir

  • Découverte de la comète 3I/Atlas en juillet 2025 à 4,5 unités astronomiques du Soleil.
  • Nature activée de la comète révélée grâce à sa chevelure et sa queue.
  • Observations par Hubble et le JWST indiquent une composition riche en dioxyde de carbone.
  • Les études théoriques explorent son origine au sein de notre galaxie.
  • Campagne d’observation mise en place pour éduquer sur l’analyse des comètes.

En conclusion, il est fascinant de voir comment une découverte comme celle de 3I/Atlas peut ouvrir de nouvelles portes dans notre compréhension de l’univers. Cette comète, qui nous a permis d’observer des phénomènes encore inexplorés, soulève des questions sur notre place au sein de la galaxie et les récits que les sciences astronomiques peuvent raconter. Il nous appartient de poursuivre ces explorations et d’en débattre pour mieux comprendre ce qui nous entoure.


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