Ma passion pour l’espace, l’exploration cosmique et tout ce qui touche à la NASA ou, dans ce cas, à l’ESA n’a jamais été un secret. Aphelion, tel qu’indiqué dans les previews, promettait d’être une aventure de science-fiction réaliste, avec des personnages ancrés dans l’humanité, loin des super-héros invincibles. À ma grande surprise, en y jouant, j’ai constaté que Donit Nod avait choisi une narration linéaire, délaissant sa formule habituelle de choix multiples et de fins variées. Cela m’a amené à penser qu’ils avaient beaucoup d’espoir pour Aphelion, mais malgré des atouts indéniables, certains éléments sont problématiques.
Le jeu se concentre principalement sur les personnages et l’intrigue. D’un côté, nous avons Ariane, une astrobiologiste, et de l’autre, Thomas, un ingénieur. Bien qu’ils aient des différences marquées, leurs manières d’affronter les défis sur Persephone, la planète où se déroule l’histoire, sont également contrastées. Ariane apporte une dimension émotionnelle et active, tandis que Thomas se révèle plus introspectif, avec des sessions souvent axées sur l’investigation. J’ai particulièrement apprécié un moment dans son parcours où il tente de s’accrocher à un support qu’Ariane pourrait escalader sans difficulté, mais choisit plutôt un chemin plus long et moins épuisant.
Un monde hostile
Cependant, le jeu ne traite pas les deux personnages de manière égale : Ariane est la véritable protagoniste de Aphelion, tandis que Thomas offre des pauses plus réflexives où l’on peut mieux comprendre les événements survenus sur Persephone avant l’arrivée des astronautes de l’ESA. Étant donné que Don’t Nod mise sur des personnages forts, j’attendais qu’ils soient captivants, mais j’ai trouvé cela déconcertant à plusieurs reprises. Bien qu’Ariane soit censée être une experte, elle se sent obligée de décrire à voix haute tout ce qu’elle fait, ce qui devient étrange après quelques chapitres. Personne ne verbalise constamment chaque détail de son environnement pendant qu’il marche.

Thomas souffre d’un problème similaire, mais son approche plus froide rend cela plus supportable. Les protagonistes ne sont pas désagréables, mais aucun d’eux ne m’a vraiment accroché. Un moment particulièrement étrange se produit lorsque, à différents moments, ils essaient tous deux de contacter le contrôle de mission en espérant une réponse immédiate. Bien que le jeu ne le dise pas explicitement, leurs dialogues laissent entendre qu’ils sont les seuls humains sur Persephone, ce qui impliquerait que leurs collègues sont sur Terre, donc incapables de répondre rapidement. Dans un jeu qui arbore le logo de l’Agence spatiale européenne, j’aurais attendu une meilleure cohérence en matière de réalisme, étant donné qu’une simple communication avec Mars nécessite un délai d’environ vingt minutes.
Mis à part ces points qui m’ont un peu dérangé, Aphelion reste un jeu agréable à découvrir, s’appuyant sur des théories scientifiques réelles et abordant des enjeux liés à notre impact sur notre petite planète bleue. La jouabilité, surtout lors des moments où l’on contrôle Ariane, est captivante et nécessite de naviguer habilement dans des environnements hostiles, avec de nouveaux obstacles introduits progressivement. Plus on progresse dans l’histoire, plus il devient possible de manipuler le champ magnétique de Persephone pour interagir avec la glace, entraînant des énigmes environnementales intéressantes.
Thomas, quant à lui, privilégie une exploration plus lente, avec des passages nécessitant de résoudre des énigmes, comme déduire un code pour accéder à des zones verrouillées. J’ai trouvé ces séquences plus attrayantes car elles semblent davantage axées sur les mystères entourant la présence humaine sur Persephone, surtout à la suite de la découverte d’une base sur une planète censée être déserte.

Malgré ses éléments prometteurs, Aphelion ne parvient pas à offrir une véritable aventure graphique et les énigmes ne sont pas particulièrement complexes. Un autre aspect unique du gameplay est la présence d’un prédateur nommé “Nemesis”, constitué de glace, qui constitue une menace dans certaines parties du jeu.
Le jeu du silence
Bien que Nemesis soit aveugle, son ouïe très développée lui permet de détecter facilement les bruits, que ce soit en courant ou en marchant sur des surfaces fragiles comme la glace. Cela crée un défi intéressant de “chat et souris”, où l’astrobiologiste doit habilement utiliser des anomalies magnétiques pour détourner Nemesis et s’assurer un passage relativement sûr. J’ai particulièrement aimé une séquence où Ariane est poursuivie par Nemesis en marchant sur des plaques de glace fragile ; un mouvement trop rapide ou un bruit excessif pourrait entraîner un game over.

Bien que Aphelion débute comme une aventure scientifique réaliste (ou du moins plausible), les thèmes plus profonds émergent au fur et à mesure, dévoilant des réflexions sur la nature de la vie et le monde de Persephone. Alors qu’on approche de la fin, la dimension de science-fiction devient plus marquée, avec des découvertes intéressantes. Je redoutais le manque de choix typique des jeux Don’t Nod, mais ce ne fut pas le cas ; Aphelion parvient à proposer une expérience complète, éveillant l’envie de découvrir l’épilogue. Dommage que la conclusion soit entachée de problèmes et de bogues, et que le dénouement ne soit pas des plus satisfaisants. Les environnements de fin sont souvent vastes et désordonnés, parfois même en l’absence de son, et je n’ai pas été particulièrement ravi par les actions atypiques de l’astronaute aguerri.
En revanche, j’ai apprécié que les créateurs résolvent de manière claire les mystères établis dès le début : l’origine de Nemesis, les raisons de ses agissements hostiles, qui étaient les précédents astronautes, etc. Ces questions obtiennent des réponses satisfaisantes, même si elles ne sont pas nécessairement joyeuses.

Sur le plan technique, Aphelion se défend bien. Les paysages, obtenus grâce au talent du studio français, sont d’une beauté saisissante ; les sculptures de glace façonnées par les vents sont de véritables œuvres d’art. Les environnements s’avèrent plus complexes que le “monde glacé” qu’impliquait la planète au début de l’aventure. Le design sonore est également de qualité, tout comme la bande-son, même si je n’ai pas ressenti le besoin de l’écouter en dehors du jeu.
Points à retenir
- Narration linéaire : Le jeu opte pour une histoire sans choix multiples, ce qui modifie l’approche habituelle de Don’t Nod.
- Personnages principaux : Ariane et Thomas apportent chacun leur style, avec une distinction claire dans leurs personnalités.
- Aspects scientifiques : Le jeu s’appuie sur des théories scientifiques plausibles et aborde notre impact sur l’environnement.
- Énigmes et gameplay : La jouabilité est intéressante mais ne rivalise pas avec des aventures graphiques plus complexes.
- Thèmes profonds : Au fur et à mesure, des questions sur la vie et l’humanité émergent, ajoutant une richesse à la narration.
En somme, Aphelion est une tentative fascinante d’explorer des thématiques profondes à travers l’univers de la science-fiction. Malgré des imperfections et un récit parfois peu crédible, le jeu parvient à capturer l’attention grâce à son ambitieux décor et ses émotions. En tant que passionné d’espace, je me demande jusqu’où ces récits fictifs peuvent nous mener. À l’ère où l’exploration spatiale fait partie de notre avenir, ces récits imaginaires nous incitent à réfléchir sur les vérités que nous poursuisons. Je reste curieux de voir comment d’autres jeux pourraient continuer à explorer ces thèmes, enrichissant notre expérience du cosmos.
