Une aventure sombre dans “The Stone of Madness”
Dans un recoin de la National Gallery de Londres, se trouve une toile énigmatique de Francisco de Goya, intitulée « Une scène de ‘L’envoûtement forcé’ ». On y voit un prêtre tentant désespérément de remplir une lampe à huile modelée en forme de bélier géant et squelettique. Alors que des ânes dansants se déplacent sur le mur assombri, sa main couvre sa bouche, figée par la terreur. On lui a dit qu’il mourrait si la lumière venait à s’éteindre.
Cet ouvrage de Goya a inspiré de façon surprenante le jeu d’aventure furtif The Stone of Madness. Le jeu s’imprègne de l’esthétique sinistre et surnaturelle de son cadre monastique pyrénéen du XVIIIe siècle, directement influencée par le style du célèbre peintre espagnol. Le protagoniste, le Père Alfredo Martin, doit se frayer un chemin à travers les cloîtres et corridors du monastère, lampe à huile à la main, pour dénicher des indices sur les événements troublants qui s’y déroulent.
Oubliez les visions bucoliques de moines brassant de la bière et se consacrant à des prières silencieuses — ce n’est pas le genre de monastère dont il s’agit ici. Le Père Alfredo se retrouve enfermé dans des cellules, au milieu d’une série d’enlèvements, d’interrogations et de décès, alors que des supérieurs cherchent une pierre mystérieuse censée guérir tous les maux. À vous de l’aider à découvrir la vérité et à s’en sortir vivant.
Heureusement, vous ne serez pas seul dans cette quête. Quatre autres personnages, chacun doté de ses propres atouts et faiblesses, sont là pour vous assister. Parmi eux, Leonora, une dame aisée qui ne supporte pas le feu ; Eduardo, un homme imposant mais effrayé par l’obscurité ; Agnes, une figure sage dispensant magie et potins ; et enfin, Amelia, une enfant kleptomane terrifiée par les gargouilles. Leurs particularités permettront de déterminer où ils pourront ou non aller, ainsi que la manière dont ils interagiront avec les moines, religieuses, gardes et patients qui habitent le monastère.

The Stone of Madness est avant tout un jeu furtif : la perspective isométrique, les caisses pratiques pour se cacher et les cônes de vision étroits des gardiens sont des éléments incontournables du genre. Ce qui distingue vos aventures au sein de cette abbaye, c’est la nécessité de faire appel à plusieurs personnages simultanément pour atteindre vos objectifs : distraire un garde avec Eduardo, le neutraliser avec Leonora, tout en basculant un interrupteur avec Père Alfredo, par exemple. Il faut du temps pour s’habituer à jongler entre les personnages en s’assurant qu’ils se trouvent tous au bon endroit au bon moment.
Lorsque cela fonctionne, c’est une danse complexe autour d’un diorama historique riche et détaillé, dont l’ampleur évolue astucieusement avec les compétences que vous débloquez pour les personnages. Cependant, lorsque cela ne se passe pas comme prévu — notamment à cause d’animations qui interrompent le rythme, d’éléments visuels qui buguent ou de menus qui ne répondent pas correctement — la magie se rompt brusquement. Le dialogue manque cruellement de nuance, et les personnages ont souvent l’air de parler davantage pour le joueur que les uns aux autres.
Il arrive que The Stone of Madness semble désirer transcender son médium et se contenter d’offrir une série d’images uniques et intrigantes, à l’instar de Goya. Cela frôle la réalisation mais les artifices des scènes cinématiques, menus et indications viennent un peu gâcher le théâtre que le jeu souhaite vous faire vivre. Cela dit, aucun de ces éléments n’est essentiel pour un jeu : les animations peuvent être simplifiées, les cutscenes réduites et les menus épurés. En flânant sur les pavés de ce fascinant monastère, vous souhaiteriez sans doute qu’ils le soient.
★★★☆☆
Disponible sur PC, PlayStation 5, Xbox Series X/S et Nintendo Switch
Bon à savoir
- Le jeu propose une ambiance inspirée d’œuvres d’art classiques.
- Les personnages ont des traits de personnalité qui influencent le gameplay.
- Le mélange de puzzle et de furtivité offre une expérience de jeu unique.
Ce jeu me fait penser à une recette intrigante, mélanger mystère et stratégie avec une touche d’art. J’adore le concept des personnages aux compétences variées !