Les investigations de l’UCO sur Forestalia et le ministère de la Transition Écologique jettent une ombre sur le développement des énergies renouvelables en Aragon. Bien que la région soit devenue un leader dans ce domaine, elle fait face à de nombreux conflits civiques et politiques.
Ce développement a débuté grâce à l’audace de Fernando Samper, le propriétaire de Forestalia, qui a remporté les enchères électriques nationales il y a une dizaine d’années, gagnant ainsi la confiance du gouvernement de Javier Lambán, qui voyait ce secteur comme essentiel pour l’économie de demain.
Cependant, cela s’est fait sans une planification préalable, affectant d’autres secteurs économiques et sociaux, qui ont exprimé leurs préoccupations. Des groupes citoyens, des écologistes, des municipalités et des entreprises du secteur touristique et agroalimentaire ont dénoncé et porté en justice les conditions dans lesquelles les permis ont été accordés, mettant en avant l’urgence de maintenir une transition écologique.
Actuellement, l’UCO s’interroge sur la délivrance des autorisations environnementales par le MITECO, suspectant d’éventuels favoritismes et des paiements de commissions. La Guardia Civil mène ainsi une enquête sur l’ensemble des permis accordés à Forestalia, qui a traité plus de 275 projets d’éoliennes et de panneaux solaires.
Les critiques portent notamment sur le fractionnement des parcs pour les maintenir sous la juridiction régionale, empêchant une évaluation nationale étendue malgré la proximité des installations, faisant objectivement partie d’un ensemble supérieur. Le Collège des Ingénieurs de Chemins a relevé cette anomalie.
Concernant les déclarations d’impact environnemental fournies par l’INAGA, elles sont également contestées. Plusieurs témoignages indiquent que des fonctionnaires critiques ont été écartés et que les rapports étaient souvent externalisés à des cabinets présumés en conflit d’intérêts.
Les renouvelables au cœur des élections
Ces préoccupations ont pris un essor particulier à l’approche des élections régionales de mai 2023, que le PP a exploité contre le gouvernement de Lambán. Cela a mené à une commission d’investigation sur l’implantation des énergies renouvelables, abordant des éléments qui auraient dû être discutés une décennie plus tôt, mais qui attendent encore des recommandations, comme celle d’une véritable planification.
À présent, alors que le gouvernement de Jorge Azcón navigate sans budgets pour la troisième année consécutive, cette planification semble mise de côté, en partie à cause de l’essor des centres de données et leur demande énergétique accrue. Azcón cherche à positionner l’Aragon comme un modèle européen dans ce secteur.
Forestalia, quant à elle, diversifie ses activités et projette d’investir 12 milliards d’euros, face aux obstacles rencontrés avec ses projets en Aragon causés par le refus des communautés alentours d’utiliser leurs territoires.
Appel à une moratoire
Face aux investigations de l’UCO, les partis politiques commencent à se préparer pour les élections de février prochain, appelant à laisser la justice faire son travail. Le conseiller des Finances, Roberto Bermúdez de Castro, a assuré que tout se fera dans le cadre légal avec Forestalia, affirmant que le gouvernement aragonais se sent serein face aux enquêtes en cours.
Par ailleurs, l’organisation “Teruel Existe”, très active contre le déploiement des renouvelables, demande l’application d’une moratoire et une révision des autorisations, notamment celle du Clúster Maestrazgo, le plus grand projet éolien d’Espagne.
Des ventes florissantes, des compensations limitées
Cependant, les ventes entre opérateurs énergétiques révèlent un impact citoyen préoccupant. Dans les zones où les parcs ont été installés, peu d’emplois ont été créés, et les compensations sont minimes. Des exemples récents incluent la vente par Repsol d’une partie de ses parcs éoliens en Aragon pour 450 millions d’euros, ou encore la mise en vente par CIP de 51 % d’un parc dans les Monegros pour 700 millions d’euros.
Points à retenir
- L’Aragon est devenu un leader en énergies renouvelables, mais rencontre des tensions sociales et politiques.
- Des investigations en cours soulèvent des questions sur la transparence des permis délivrés.
- Le développement des projets d’énergie a trop souvent ignoré la planification territoriale indispensable.
- Les inquiétudes sur l’impact environnemental et social sont exprimées par de nombreux acteurs locaux.
- Une moratoire sur les nouveaux projets est demandée en attendant des régulations adéquates.
Il est essentiel de réfléchir à l’équilibre entre développement économique et respect des territoires. Alors que l’urgence climatique appelle à une transition rapide, un dialogue ouvert sur la planification et les impacts locaux est incontournable. Comment pouvons-nous trouver des solutions durables qui répondent aux besoins de tous ?
