Il est évident que, face à l’absence d’arguments solides, le dernier mot revient à un parlement légitimement installé. La réponse négative de la Charte met à mal les accusations théâtrales d’« attaque à la Constitution » et de « retour à la dictature » portées par ceux qui s’opposent aux réformes.
Le deuxième argument, quant à lui, n’est pas non plus très solide : « D’autres solutions pourraient être envisagées, comme une modification du système électoral du CSM avec des lois uninominales… Le courantisme peut être combattu autrement. » Peut-être nous trompons-nous, mais le système électoral du CSM n’a-t-il pas déjà été modifié à huit reprises, la dernière fois il y a seulement trois ans (réforme Cartabia) ? La plupart de ces réformes, au moins depuis les années 80, n’avaient-elles pas pour objectif déclaré de lutter contre la dérive associative ? La réalité est que les ajustements électoraux ne sont pas efficaces, car leur succès dépend de leur substance réelle et des caractéristiques du corps récepteur, qui est ici le courantisme. Ce dernier a toujours prouvé une habileté serpentinesque à adapter et appliquer les nouvelles règles pour assurer sa survie.
Modifier le modèle pour la neuvième fois en répétant les mêmes slogans serait une routine bureaucratique plus qu’une véritable action politique. Pourtant, il y a encore des voix qui proposent, avec une persistance admirable, une recette déjà échouée à huit reprises. Finalement, si ce sont là les arguments, cela signifie qu’il n’y en a pas.
Il est urgent d’établir un point d’équilibre permanent : d’un côté, le professeur Enrico Grosso, du comité du Non, soutient que le courantisme a été vaincu avec l’expulsion d’un magistrat malveillant (un seul) ; de l’autre, le professeur Azzariti affirme que le courantisme est toujours présent, au point de proposer une nouvelle complexité électorale, parce que « le courantisme peut être battu par d’autres moyens ».
La question se pose alors : le courantisme a-t-il été « vaincu » ou est-il encore florissant ? Est-ce un phénomène collectif ou simplement le fait d’un individu malveillant, capable de manipuler hypnotiquement les élites de tous les groupes ? Il est inutile de suivre ceux qui n’ont pas de direction : le législateur, conscient de l’existence maintenue du courantisme et désireux de raccourcir les tergiversations, a pris une décision audacieuse : tirage au sort, et basta avec les prétextes des retardataires.
Cependant, le tirage au sort ne plaît pas aux détenteurs du système. Lors du débat d’Atreju, les partisans du Non ont répété, tel un mantra, que pour devenir conseiller au CSM, il faut plus qu’un tirage au sort. Ils ont raison : depuis au moins la loi 695 de 1975, qui a structuré le système électoral de manière proportionnelle à des listes opposées, la loyauté au sein des courants est le titre le plus plébiscité. D’autre part, si le CSM se doit de représenter les différentes « voix culturelles présente dans la magistrature » (c’est ainsi qu’on les appelle), il est évident que seules des personnes fidèles à ces « voix » y ont leur place.
Toutefois, le système de « représentation » est problématique : la Constitution (article 104) stipule que les conseillers doivent être élus « parmi les membres des différentes catégories ». Or, « catégories » ne signifie pas « courants », c’est-à-dire des partis politiques-judiciaires jamais cités dans la Charte, dont certains affichent désormais une position idéologique claire. Remplacer « catégories » par « courants » est un artifice illusoire qui a produit des dommages. Lors du débat d’Atreju, la présidente de Magistratura démocratique, Silvia Albano, a affirmé solemnement que « les Constituants ont voulu garantir au CSM le pluralisme des idées ». Quels Constituants ? Mystère. Quelles idées ? Mystère double.
Enfin, le 29 décembre est dédié à Saint Thomas Becket, ancien fidèle du roi Henri II, qui espérait pouvoir le manipuler. Mais, une fois devenu archevêque, il défendit vigoureusement l’autonomie de l’Église face aux pressions royales. Il finit par être tué. Aujourd’hui, Saint Thomas Becket est le patron de certaines indépendances difficiles, défendues spes contra spem, contre tout et tous. Dans la présente mandature, la force de Becket a aidé les conseillers à résister, au moins à deux reprises, à un assaut associatif de masse. Néanmoins, si, comme le soutiennent les « pluralistes », les conseillers doivent « représenter » leur courant, il leur est fatal d’avoir du mal à se défaire de leurs leaders associatifs externes (qui conditionnent leur candidature et élection). Une telle direction ordinaire, qui est à la fois associative et bureaucratique-judiciaire, devient un immense centre de pouvoir capable d’influencer l’autonomie de l’organe.
En somme, l’une des pathologies du CSM « représentatif des courants » réside dans la concentration personnelle du pouvoir. Selon Max Weber, le pouvoir charismatique (basé sur le soutien volontaire) et le pouvoir légal (reposant sur une nomination formelle et bureaucratique) ne doivent jamais coïncider. Leur coexistence risque de créer des monocultures personnelles. Dans notre système, il est fréquent (mais pas systématique) que le dirigeant judiciaire soit également un leader influent de courant. Dans ce cas, les deux pouvoirs se confondent et s’amplifient.
Il ne faut pas oublier que, si le CSM « pluraliste » doit trancher un conflit entre un leader couranto-judiciaire d’une part et un magistrat « normal » de l’autre, le dénouement est très probablement déjà écrit à l’avance. Nous avons déjà vu, par le passé, des situations semblables, où les équilibres étaient clairement en faveur d’un camp. L’existence de monocultures personnelles et la soumission excessive du conseiller aux sollicitations externes (qui sont en fait internes) représentent une autre maladie du CSM « pluraliste », renforçant le lien entre cet organe public d’importance constitutionnelle et les groupes privés constitués autour des courants. Si certains de ces groupes adoptent une dimension militante et idéologique, le risque de dénaturation de l’organe public est élevé.
Il serait pertinent que le camp du Non se penche sur ces thématiques de dysfonctionnement systémique au lieu de se contenter de sermons « anti-dictature », qui, dans l’aveugle auto-référentialité de leurs préconisateurs, risquent simplement de ressusciter les démons qu’ils s’efforcent d’exorciser.
Points à retenir
- Le parlement a l’autorité légitime pour prendre des décisions, déjouant les accusations contre la Constitution.
- Le courantisme et ses effets néfastes nécessitent une compréhension nuancée au-delà des simples ajustements électoraux.
- Le tirage au sort est controversé, soulignant la nécessité d’une évaluation critique du système actuel.
- Les notions de représentation doivent être redéfinies pour éviter la domination des courants sur les institutions judiciaires.
- Saint Thomas Becket comme symbole de résistance, offre une perspective actuelle sur la lutte pour l’indépendance dans les décisions judiciaires.
Dans un climat où les discussions sur le pouvoir et l’influence se multiplient, je m’interroge : comment promeut-on une réelle indépendance des magistrats face aux pressions politiques et associatives ? La question de la réforme des institutions judiciaires se révèle plus cruciale que jamais, non seulement pour restaurer la confiance, mais aussi pour garantir l’égalité de traitement et la justice pour tous. Que sommes-nous prêts à envisager pour rendre le système judiciaire à nouveau fidèles à ses idéaux ?
