GORIZIA. Le nom de “Paleodictyon” ne fait peut-être pas écho pour beaucoup, mais il représente un véritable casse-tête pour la paleontologie mondiale.
Récemment, ce mystère a été partiellement levé grâce à une découverte notable réalisée par un chercheur originaire de Gorizia et publiée dans la revue internationale renommée “Earth-Science Reviews”, qui se consacre aux sciences de la Terre.
Mais qu’est-ce que le Paleodictyon ? Ce sont des traces trouvées sur les fonds marins anciens à travers le monde, formant des motifs réguliers, qui se composent en hexagones presque parfaits, rappelant un “nid d’abeille”, si détaillés qu’ils pourraient sembler d’origine humaine, bien qu’ils datent de centaines de millions d’années.
Au cours de l’histoire de la paleontologie, diverses théories, parfois bizarres, ont tenté d’identifier le mystérieux “auteur” de ces motifs, y compris des hypothèses évoquant même des extraterrestres.
Cependant, Andrea Baucon, un chercheur gorizien travaillant au département de Sciences chimiques et géologiques de l’Université de Cagliari, a récemment élucidé la question. Pour ce faire, il a lancé une campagne scientifique internationale il y a environ un an et demi.
“Les hypothèses concernant le ‘producteur’ – c’est le terme scientifique – incluaient des vers et des amibes géantes, mais ces pistes ont été rejetées car ces espèces ne peuvent pas réaliser des courbures aussi nettes et géométriques”, explique Andrea Baucon. Ce qui frappe, c’est la régularité de ces formes. Nous avons mesuré 1 314 points sur des échantillons provenant de l’Apennin vicentin, révélant que l’animal qui a créé ces hexagones avait un marge d’erreur de seulement un demi-millimètre par cellule, témoignant d’une précision impressionnante.
Le fond marin où ces structures ont été formées se trouvait à plusieurs milliers de mètres sous l’eau, dans un substrat sablonneux, à une température de 2 degrés et dans une obscurité totale. Selon nos recherches, le créateur de ces structures semble être un arthropode, un groupe qui inclut notamment les insectes, les crustacés et les araignées. Nous émettons l’hypothèse que ces structures servaient d’’élevages de bactéries dont l’animal se nourrissait, tout en jouant un rôle dans l’orientation ou la communication entre les individus.”
Cette avancée représente un tournant important pour ce type de recherche, menée par un équipe internationale dirigée par Baucon et composée de spécialistes tels qu’Afred Hockman, de l’Université Jagellonica de Cracovie, Michele Piazza, géologue à l’Université de Gênes, ainsi que Girolamo Lo Russo et Filippo Guerrini du Musée d’Histoire naturelle de Piacenza, région riche en Paleodictyon.
Deux experts portugais ont également participé à l’expédition, ayant étudié le plus ancien site fossilifère de Paleodictyon au monde, daté à 530 millions d’années. Bien que ces structures aient existé depuis très longtemps, elles continuent d’être produites jusqu’à aujourd’hui, rendant l’identification précise de l’espèce à l’origine de leur création difficile.
“L’histoire du Paleodictyon s’étend sur 530 millions d’années, de manière continue et indisturbée, ce qui est fascinant. Cet arthropode a survécu à cinq grandes extinctions de masse, y compris celle des dinosaures. Ces structures existent encore aujourd’hui, mais elles étaient déjà présentes 450 millions d’années avant le T-Rex. À noter que pendant cette période, environ 99 % des espèces disparues, alors que ces traces hexagonales persistent.”
“Nous continuerons nos recherches pour tenter d’identifier précisément cet arthropode. La difficulté réside dans le fait que, durant ce laps de temps, ses habitudes n’ont pas fondamentalement changé. Il continue de vivre dans des zones profondes de l’océan où il est ardu de réaliser des carottages. Même si nous trouvons ces traces, l’habitant pourrait être mort depuis des siècles.”
Quelle que soit la véritable espèce responsable de ces mystérieuses “alvéoles” sous-marines, elle semble appartenir à la catégorie des “fossiles vivants”, des organismes encore existants dont l’apparition remonte à des millions d’années. Les recherches se poursuivent, surtout dans l’Appennin et les Dolomites, où ces structures sont abondantes. “Dans ma Gorizia, par exemple – conclut Baucon en souriant – on trouve un Paleodictyon fossile bien visible dans la cour du château.”
Points à retenir
- Le Paleodictyon est un énigmatique motif fossilisé présent sur les fonds marins.
- Andrea Baucon a récemment proposé des théories sur l’origine de ces structures, les liant à un arthropode.
- Ce phénomène existe depuis plus de 530 millions d’années, survivant à de massives extinctions.
- Les recherches se poursuivent pour identifier précisément les espèces responsables des Paleodictyon.
- La découverte de ces structures dans divers lieux soulève des questions sur l’évolution et la stabilité des espèces marines.
Cette exploration fascinante nous rappelle à quel pointla nature est pleine de mystères. Ces découvertes incitent à s’interroger sur notre connaissance actuelle des écosystèmes marins et leur résilience face aux changements. Quelles autres révélations l’avenir pourrait-il encore nous réserver sur notre passé océanique ?
