Réflexion sur le Mankeeping : Un Amour Parasitique ?
J’ai récemment beaucoup pensé à Julián et Daniela, et en particulier à leur relation. À première vue, ils semblaient s’entendre à merveille, mais pour leurs amis, ils représentaient une sorte de couple qui alimentait les murmures. Car, au lieu d’une petite amie, ce que Julián avait, c’était une mère, une mère, une secrétaire, une thérapeute, et parfois même un ami. Toutes les figures féminines de soutien, sauf peut-être celle d’un partenaire. Sans Daniela, Julián aurait probablement sombré dans le chaos.
J’ai justement repensé à eux, car le concept de mankeeping a beaucoup circulé dernièrement, défini par la chercheuse de l’Université de Stanford Angelica Puzio Ferrara. Il désigne tout ce travail émotionnel et social non rémunéré que réalisent souvent les femmes (généralement la petite amie ou l’épouse) pour compenser la disparition des cercles d’amitié masculins. C’est une extension de l’idée de kinkeeping, le travail de liaison que les femmes ont toujours pris en charge pour maintenir la famille unie.
À première vue, la dynamique entre Julián et Daniela paraissait aller à l’encontre des normes traditionnelles, où l’homme impose ses désirs. Un examen plus attentif révèle que le mankeeping a toujours existé, mais d’une manière plus discrète. La différence aujourd’hui est que les hommes, moins entourés, sont plus prêts à admettre leurs vulnérabilités. Julián en faisait partie.
Daniela jouait un rôle capital dans la vie de Julián en tant que secrétaire. Sans elle, il aurait oublié les anniversaires de ses amis et même leur existence. Souvent, c’était elle qui prenait l’initiative de les contacter, ce qui faisait que, quand ils se séparaient, nous avions l’impression d’être plus amis de Daniela que de Julián.
“Leurs partenaires sont devenues leurs thérapeutes, s’occupant de tout le travail émotionnel.”
Ce qui était intéressant dans leur relation, c’est que Daniela semblait s’acquitter de ce mankeeping avec plaisir, malgré un engagement féministe. C’était une manière pour elle de partager l’univers de Julián tout en respectant sa vulnérabilité. Si Julián avait des crises d’anxiété ou de frustration, Daniela était là pour le soutenir. Ce qui nous poussait souvent à penser que son propre stress avait moins de place à ce moment-là.
Le mankeeping se manifestait surtout dans les interactions émotionnelles. Daniela agissait comme une mère, rappelant à Julián de se couvrir avant de sortir en hiver ou le confortant lorsqu’il se sentait frustré. Cela créait un contraste entre sa responsabilité professionnelle et une certaine infantilisation dans sa vie personnelle, sans que cela n’affecte outre mesure Daniela.
Récemment, un article dans The New York Times abordait le mankeeping, soulignant à quel point les hommes manquent souvent de cercles d’amis où partager leurs sentiments. Les patients du thérapeute Justin Lioi lui ont expliqué qu’ils ne s’ouvrent que rarement à quelqu’un d’autre qu’à leur partenaire. La partenaire devient alors leur thérapeute non officiel.
Julián évitait d’aborder des sujets personnels avec moi, sauf en cas d’ivresse. Alors qu’il avait d’abord été en thérapie, il a finalement arrêté. Cela m’a fait réfléchir, jusqu’à réaliser que Daniela avait peut-être pris cette place.
Julián, ayant perdu son intérêt pour Daniela, l’a finalement quittée. Elle était devenue trop impliquée dans toutes les facettes de sa vie, ce qui, selon lui, lui avait enlevé sa liberté.
“Le soin est le premier alphabet de la femme,” répond Inma Benedito lorsque je lui parle de ce sujet. Dans ses écrits, elle note que les hommes souvent ne posent pas de questions lors des rendez-vous, alors qu’avec une femme, ce serait impensable. La pression du temps et de l’attention entre les genres persiste, malgré des avancées apparentes.
Points à retenir
- Le mankeeping illustre la répartition inégale des responsabilités émotionnelles dans certains couples.
- Les hommes se tournent souvent vers leurs partenaires pour combler le vide de leurs amitiés masculines.
- La dynamique de couple moderne peut parfois entraîner un déséquilibre dans les rôles de soutien émotionnel.
Il est intéressant de voir comment cet équilibre peut être affecté par les attentes de chacun dans la relation. En fin de compte, la question reste ouverte : que signifie vraiment être un partenaire dans une société où l’indépendance est prisée, et comment pouvons-nous naviguer ces complexités relationnelles sans perdre notre individualité ?