Il y a deux jours, j’ai regardé une émission télévisée qui réunissait trois éminents professeurs en sciences politiques pour discuter du développement des médias égyptiens, suite aux directives présidentielles visant à établir une feuille de route complète. Les intervenants ont souligné l’importance de mobiliser toutes les compétences et de garantir l’accès à des données et informations fiables, tout en consolidant le principe de « l’opinion et l’opinion contraire ». À l’issue de ce débat riche et captivant, il en ressort que le développement doit s’opérer dans les deux sens : des médias vers le gouvernement et vice versa. La majorité des opinions ont mis l’accent sur l’amélioration de la couverture des activités gouvernementales afin de refléter les succès réalisés, tout en se demandant dans quelle mesure le gouvernement pourrait collaborer avec les médias en fournissant les informations nécessaires.
Il est intéressant de noter que le public (lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs) semblait absente de cette discussion. Les besoins du citoyen n’ont pas été abordés : sait-on vraiment si pour lui, l’information sur les activités gouvernementales est primordiale, ou bien a-t-il des attentes diverses que les médias devraient satisfaire, peut-être même au-delà de son intérêt pour l’actualité gouvernementale ? Étant donné que les invités ne provenaient pas du milieu journalistique, leurs discours semblaient centrer le développement principalement sur la relation avec l’État. Or, les fonctions du journalisme sont multiples : transmettre des nouvelles et des informations, divertir, éduquer, éveiller les consciences, et offrir des services au public. Négliger une de ces fonctions pourrait contribuer à l’éloignement du public.
Peu après le programme, j’ai lu un rapport contenant des propos de Patrick Johnson, professeur de journalisme à l’Université Marquette dans le Wisconsin. Ce dernier expose les besoins des citoyens de l’État vis-à-vis de leur presse : « Les gens souhaitent des informations qui améliorent leur quotidien et leur permettent de vivre de manière plus durable. Ils veulent un journalisme proche de leurs préoccupations et souhaitent que leur voix soit entendue ». Johnson souligne que le journalisme ne se limite pas à la soumission d’informations, mais requiert une véritable interaction humaine. Il propose même que les journalistes rencontrent régulièrement leurs communautés pour leur poser des questions sur leurs préoccupations et ce qui leur manque dans l’information proposée. Il met également l’accent sur la nécessité d’inculquer l’éducation aux médias dès le plus jeune âge, à l’école maternelle comme au lycée.
Cette réflexion permet de mettre en lumière l’importance d’un cursus en journalisme, qui pourrait former de véritables communicateurs, plutôt que d’orienter des spécialistes d’autres domaines vers le journalisme. Bien que ces derniers puissent exprimer des opinions éclairées, l’essence même du journalisme évolue au-delà de la simple rédaction. Lorsque les étudiants en journalisme découvrent les fondements de leur discipline, ils développent une perspective plus holistique sur le rôle des médias dans la société. Il ne s’agit pas d’une dynamique unidirectionnelle – du gouvernement vers les médias, puis vers le public – mais d’un échange mutuel où le public joue un rôle central.
Pourtant, comment pouvons-nous espérer accroître la diffusion des journaux ou le nombre de visites sur les sites d’information, alors que nous n’impliquons pas le public dans ce processus de développement ? Nous ne devrions nous en prendre qu’à nous-mêmes de voir le lecteur et le téléspectateur s’éloigner des médias.
Points à retenir
- Le développement des médias nécessite une collaboration efficace entre ceux-ci et le gouvernement pour garantir une information de qualité.
- L’absence d’une perspective audience dans la discussion sur les médias crée un fossé entre les citoyens et l’information fournie.
- Une approche plus proche des préoccupations du public et un engagement direct des journalistes pourraient renforcer la confiance envers les médias.
- Intégrer l’éducation aux médias dans le parcours scolaire permettrait de former des citoyens plus critiques et engagés.
En somme, la réflexion sur le développement des médias souligne un aspect fondamental : l’importance d’adapter l’offre d’information aux attentes diversifiées du public. Dans un monde en constante mutation, les médias doivent se réinventer et instaurer un dialogue avec leur audience. Cela soulève la question : quelles initiatives peut-on entreprendre pour rétablir cette confiance et créer un écosystème médiatique plus inclusif ?