mar. Juin 23rd, 2026
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Il y a 8 minutes

Le pays ne se porte pas sur les épaules... mais dans les cœurs

Par Dr. Ibrahim Al Naqresh

La patrie n’est pas un simple bout de tissu que l’on accroche à un mur, ni des slogans que l’on rabâche à longueur de journée. Le véritable amour de la patrie ne se décrète pas par des lois, ni ne s’achète avec des couleurs ou des chants. Il réside au plus profond des cœurs et se manifeste dans le comportement quotidien des citoyens, à travers leur justice, leur dignité et leur défense du pays en temps voulu.
Celle ou celui qui impose à chacun de lever le drapeau sur chaque maison ne souhaite pas construire une nation, mais bien offrir une image trompeuse d’un loyauté fictive. La nationalité n’est pas un jeu pour les puissants, ne servait qu’à dire “nous aimons notre pays”, ni un moyen d’accumuler des points médiatiques. Élever le drapeau par la force ne fait que créer un rejet plutôt qu’un vrai attachement. Ce prêche semble patriotique en surface, mais cache un pouvoir oppressif et une hypocrisie.
Aujourd’hui, le citoyen jordanien est préoccupé par des enjeux bien plus importants : se nourrir, fournir des médicaments à ses enfants, payer son loyer ou trouver un emploi qui respecte sa dignité. Lui demander de débourser davantage pour acheter un drapeau alors qu’il souffre de pauvreté et de chômage constitue une offense évidente à son intelligence et à son cœur.
Même les plus grands symboles religieux n’ont jamais orné les besoins des gens. Omar Ibn Al Khattab, que Dieu l’agrée, a affirmé à propos de la Kaaba : “La Kaaba est simplement une maison, son honneur réside dans l’affluence des gens vers elle, et non dans l’or ou l’argent”, avant de distribuer de l’or aux pauvres. Si les figures les plus honorées de la foi placent les besoins des citoyens avant les apparences, pourquoi demander aujourd’hui aux moins fortunés d’accrocher un bout de tissu au nom de la patrie ?
Le drapeau n’est qu’un symbole, un bout de tissu qui ne crée pas l’amour pour son pays. Son élévation peut s’accompagner d’hypocrisie, de peur ou de dissimulation, alors même que le cœur de l’individu bouillonne d’indignation face à l’injustice et l’échec. Le vrai patriotisme s’érige sur des bases de justice sociale, d’égalité des chances, d’égalité et de responsabilité face à la corruption.
Les affamés et les chômeurs ne se soucient guère des symboles. La nationalité commence lorsque le citoyen a satisfait sa faim, a accès à un toit et peut bénéficier d’un emploi honorable qui respecte sa dignité. L’amour de la patrie ne se mesure ni en chants ni en campagnes médiatiques creuses. Il repose sur la justice, l’éthique, l’engagement religieux et la crainte de Dieu.
La corruption et le favoritisme sont le cancer qui ronge l’appartenance. Un citoyen qui voit des postes attribués par le biais de la népotisme, et des opportunités réservées aux privilégiés, ne pourra jamais aimer son pays. La justice et l’égalité sont le terreau où croît le patriotisme. La liberté et la dignité en sont les fondements, et un citoyen libre qui dispose de droits à l’expression et au journalisme libre est celui qui aime sincèrement son pays.
Un conseil sincère aux imposteurs et aux opportunistes : laissez le citoyen aimer son pays et son roi librement et avec spontanéité. Ne semez pas la discorde entre lui et sa patrie, et ne vendez pas son appartenance pour des postes ou une influence. En temps de crise, ce ne seront pas vous qui défendrez le pays, mais les enfants des agriculteurs, des bergers, des simples citoyens. Ce sont eux qui protégeront la patrie. Le vrai patriotisme se construit avec la justice et la dignité, et non avec des drapeaux ou des tambours.
La patrie n’est pas seulement des pierres ou de la terre, elle est la dignité humaine et ses droits. La nationalité se construit sur la liberté, la justice, l’égalité et la responsabilité des corrompus. Le citoyen aime son pays lorsqu’il ressent de la justice et de la dignité, et non par la peur ou la contrainte.
La patrie ne se porte pas sur les épaules… mais se porte dans les cœurs. Le patriotisme ne s’impose pas par le drapeau, ni ne se crée par des lois, mais par la justice, la dignité et la liberté pour chaque citoyen.

Points à retenir

  • La notion de patriotisme doit dépasser les simples symboles tels que le drapeau.
  • Les priorités des citoyens incluent les besoins fondamentaux comme la nourriture et l’emploi.
  • Un véritable engagement patriotique se construit sur des principes de justice sociale et d’égalité.
  • L’amour de la patrie se cultive à travers des actions concrètes qui favorisent la dignité humaine.

En conclusion, ces réflexions appellent à un examen de conscience sur la façon dont la notion de patriotisme est véhiculée. À travers une approche plus humaniste et équitable, il est possible de construire un lien authentique entre les citoyens et leur pays, où la justice et la dignité prévalent sur les symboles superfétatoires. Quel peut être le rôle de chacun dans cette démarche ?


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