Harry Sherriff fait ses débuts avec un film captivant, une oeuvre de drame criminel qui plonge le spectateur dans l’obscurité d’une ville côtière en déliquescence. Ce long-métrage aborde avec une intensité singulière le chagrin ressenti par ceux qui sont liés à la vie d’une jeune fille assassinée, souvent dans l’ombre.
Nous suivons Leonard (Samuel Blenkin), un concierge d’hôtel timide, qui nourrit une affection maladroite pour sa collègue séduisante de 25 ans, Elle (Emily Carey). Arborant un imperméable rouge, avec une chevelure sombre et un sourire en coin, le personnage d’Elle évoque la douce nostalgie de Jordana Bevan dans le film *Submarine* de Richard Ayoade, accentuée par l’humour noir qui traverse le scénario. Les échanges entre Leonard et Elle sont aussi gênants qu’adorables, flirtant avec la possibilité d’une connexion authentique. Cela, jusqu’au jour où Elle ne se présente pas au travail et où les rumeurs concernant sa disparition commencent à circuler dans la ville. La disparition d’Elle perturbe profondément le personnel de l’hôtel, et l’annonce de la découverte de son corps modifie subtilement le cours de leur vie.
*Misper* (terme abrégé utilisé par la police pour désigner une personne disparue) se distingue par sa capacité à instaurer une atmosphère oppressante. Tout au long du film, un sentiment d’étouffement dominé par des murs beiges et usés, ainsi que l’expression de Leonard, toujours marquée par un regard éteint, s’installe. « J’ai l’impression d’être dans un film d’horreur », déclare-t-il en essayant de prendre un rendez-vous avec un thérapeute par téléphone.
Ce vieil hôtel devient un lieu propice à l’angoisse. Bien que *Misper* effleure le genre avec quelques apparitions cauchemardesques d’Elle hantant Leonard après sa mort, il n’explore pas pleinement cette voie. Le film se détourne également des conventions du drame criminel, choisissant de ne pas révéler les détails sordides de la mort d’Elle, à l’instar de certains récits de faits divers (bien qu’une visite brève mais troublante d’un « fan » de la défunte ait lieu). Les circonstances de l’assassinat d’Elle et le profil de son agresseur restent dans l’ombre. Ce qui prédomine, c’est la confusion, la mélancolie et le sentiment pesant de terreur auquel le personnel de l’hôtel doit faire face tout en essayant de retrouver une vie normale.
Dans les derniers instants du film, une équipe tourne une série dramatique criminelle inspirée des événements entourant la mort et la disparition d’Elle, six mois après qu’ils se soient produits. La misère sourde persiste, mais elle glisse vers une impression d’étrangeté troublante.
Bon à savoir
- Le film explore les thèmes du chagrin et de la confusion face à une perte tragique.
- Les dialogues, entremêlés d’humour noir, ajoutent une dimension originale à l’histoire.
- L’ambiance visuelle du film contribue à renforcer le sentiment d’isolement et d’angoisse des personnages.
Un aspect intéressant à considérer est la manière dont le film joue avec la perception de l’horreur et du drame criminel. Loin de se focaliser uniquement sur le crime lui-même, il jette un éclairage nuancé sur l’impact psychologique d’une tragédie à petite échelle. Les spectateurs sont ainsi invités à réfléchir sur la nature des relations humaines et les conséquences dévastatrices que peut engendrer une disparition. Qu’en pensez-vous ?
