De la créatrice de BEASTARS nous arrive une série centrée sur la créature mythologique connue sous le nom de Père Noël. En portant ce titre à voix haute, je ne savais pas à quoi m’attendre, mais c’est aussi décalé et farfelu que l’on pourrait l’imaginer venant de l’esprit riche de Paru Itagaki. Nous trouvons une réflexion sociale, des designs de personnages très expressifs et des protagonistes excentriques, oscillant entre le charmant et le troublant. De nombreux éléments typiques de son travail sont présents, mais malgré une touche de fantaisie, ce premier volume démarre sur des bases plutôt hésitantes.
Cette série parle d’enfants. Plus précisément, elle explore comment l’innocence de l’enfance est devenue tellement convoitée qu’elle en est devenue presque perverse. Qui de mieux que le Père Noël lui-même pour rétablir l’ordre ? Mais pas n’importe quel Père Noël : il est lié à une lignée familiale maudite, dont le véritable pouvoir ne peut être révélé qu’en remplissant des conditions très spécifiques, à la manière d’une identité secrète de super-héros ! Une grande partie du récit est consacrée à la construction de ce personnage, avec des règles précises et des pouvoirs à débloquer. On pourrait même penser qu’il s’agit d’une variation sur le thème d’un héros classique, tel que Superman. À vrai dire, l’idée d’utiliser le Père Noël comme une légende fictive destinée à protéger l’innocence des enfants paraît étrangement appropriée.
Cependant, le personnage de Kazushige, bien qu’intéressant, souffre d’une construction de monde incomplète. Plusieurs indices contextuels nous montrent de quel genre d’univers il s’agit. Les enfants sont placés dans des écoles qui ressemblent à de mini sanctuaires, et leurs relations avec les adultes sont pour le moins troublantes. On retrouve de nombreuses analogies cultuelles, et lorsque l’un des rares adultes du récit apparaît, cela devient inquiétant. Il y a un sentiment que les adultes sont jaloux de l’innocence que les enfants continuent à vivre. Un adulte en particulier tente de préserver une apparence juvénile par des moyens dangereux, mais le décalage entre son apparence et son comportement rend le tout assez étrange. C’est une réflexion intéressante que le manga aborde, et j’aimerais voir plus d’adultes dans cet univers. Les implications de ce que nous voyons sont prometteuses, mais il faudrait en dévoiler davantage, surtout lorsque Itagaki tente d’établir que le Père Noël est un personnage qui devrait exister pour confronter un problème qui, à mon avis, n’est pas assez exploré.
En terminant le premier volume, j’ai ressenti qu’il y avait de nombreux moments qui auraient pu être abrégés. L’introduction de certains personnages aurait pu être plus concise, et certaines blagues, comme celle où Kazushige interprète mal des situations pour susciter de la peine, traînent un peu en longueur. Il est même étonnant que l’intrigue prenne tant de temps à poser certains personnages alors qu’à part Kazushige, je ne parviens pas à m’attacher à eux. L’implication de Shiori, par exemple, semble très déplaisante dans sa désespérance. Elle a tant besoin de l’aide du Père Noël qu’elle est prête à le tuer, mais elle le traite si mal que cela complique mon envie de la voir obtenir ce qu’elle désire. Le “gag” consistant à ne pas le traiter correctement et à le mettre dans des situations comiquement dangereuses juste pour le tester a rapidement perdu de son charme, surtout en l’absence de chute comique.
Malheureusement, cette maladresse ne se limite pas à la narration, elle impacte également la présentation. Beaucoup d’attention a été accordée au design du Père Noël. Bien que son apparence soit simple, l’illustration frappante d’Itagaki et les angles exagérés lui confèrent une grande présence lorsqu’il fait son entrée. J’apprécie cela, mais en ce qui concerne la narration de case en case, les choses deviendraient parfois confuses. Il arrive que le livre passe à une autre scène avant que la précédente ne semble vraiment terminée. J’ai parfois du mal à saisir le temps qui passe entre deux changements de lieu, et même s’il n’y a pas beaucoup d’action, celle qui est présente semble légère. Il y a peut-être un ou deux moments percutants, mais à part cela, il semble que les personnages rebondissent sans véritable direction.
Ce n’est qu’à la fin du premier volume que l’intrigue commence à se recentrer tant sur le plan narratif que sur celui de la présentation. Globalement, Itagaki prend encore une fois un concept audacieux et tente de raconter une histoire hyperréaliste avec des thèmes bien ancrés. Cependant, contrairement à d’autres de ses œuvres, l’exécution ici n’est pas à la hauteur. Dans certains aspects, cela ressemble malheureusement à un brouillon pour une histoire beaucoup plus aboutie, et je me sens mal de critiquer sa forme actuelle. J’espère être démenti en découvrant les volumes suivants, espérant que l’adaptation animée à venir s’attachera davantage aux points positifs plutôt qu’à accentuer les faiblesses.
Points à retenir
- La série explore des thèmes de l’innocence et de la perversion dans le contexte de l’enfance.
- Les relations entre les enfants et les adultes soulèvent des questions intrigantes sur la jalousie et le désir de jeunesse.
- Le design du Père Noël, bien que simple, est puissamment animé par le style d’Itagaki.
En réfléchissant sur cette œuvre, il serait intéressant de se pencher sur la manière dont la société contemporaine traite de l’innocence et du passage à l’âge adulte. Comment les récits modernes peuvent-ils façonner notre compréhension de ces notions ?
