Par LesNews
(LesNews) – The Lost Haida Manga: A Compendium, œuvre de Michael Nicoll Yahgulanaas, va bien au-delà d’une simple collection d’histoires. Ce livre représente une véritable célébration de la culture, se matérialisant avec éclat sur chaque page. L’artiste, dont le talent est reconnu, ne se contente pas de raconter des histoires, mais utilise un genre visuel audacieux qui allie les icônes autochtones du Nord du Pacifique à un récit graphique captivant.
Chaque page illustre de manière vivante l’intrigue d’une histoire, avec des images dynamiques et évocatrices. Les personnages et les actions se déploient devant le lecteur, créant une expérience immersive. Yahgulanaas emploie une technique qu’il qualifie de « briser la grille », qui décrit la perturbation visuelle des pages. Chaque lecture révèle de nouveaux détails : une grimace déterminée, un regard inquiet, un éclat malicieux, accompagnés d’un mouvement constant. Les mots écrits narrent l’histoire de façon simple, mais chaque page, riche en images, en dit long sur la profondeur de la narration.

Originaire de Haida Gwaii, Yahgulanaas a créé le style artistique appelé Haida Manga après avoir étudié les techniques de pinceau chinois avec Cai Ben Kwon. Inspiré par la résistance victorieuse contre l’exploitation forestière industrielle à Haida Gwaii, il a conçu Haida Manga comme un pont graphique et littéraire, visant à relier des publics variés aux expériences vécues, aux valeurs et à la souveraineté des peuples autochtones sur des terres invaincues.
À travers des œuvres en noir et blanc, The Lost Haida Manga: A Compendium aborde des thèmes variés tels que les conséquences du colonialisme, les enjeux environnementaux et la souveraineté autochtone, le tout dans un univers graphique saisissant. Ce compendium réunit une sélection soignée d’œuvres en noir et blanc, certaines publiées antérieurement et d’autres nouvellement créées, explorant comment une tradition visuelle autochtone sophistiquée peut servir d’art narratif séquentiel.
Les précédents ouvrages de Yahgulanaas, tels que Red en 2009, Carpe Fin en 2019 et JAJ en 2023, ont tous rencontré un large succès et son art a été exposé dans des musées et galeries à travers le monde.
Katherine Kelp-Stebbins, professeure et directrice des études sur les comics à l’Université de l’Oregon, déclare : « Yahgulanaas offre au lecteur une expérience unique grâce à une gamme stupéfiante de créations artistiques et d’inventivité narrative… Nous assistons à la genèse d’une forme d’art alors qu’il transforme la grille des comics en un écosystème de lignes de cadre, donnant naissance à Haida Manga comme un nouveau mode de narration. »
William Kuskin, président et professeur d’anglais à l’Université du Colorado Boulder, compare Yahgulanaas aux grands romanciers graphiques contemporains. Il écrit : « Reconnu internationalement pour sa fusion unique de la tradition visuelle haïda et de la forme du comics, Yahgulanaas se positionne aux côtés d’Art Spiegelman et Joe Sacco comme une voix majeure de résistance face aux pouvoirs d’État fascistes de notre époque, tout en insistant sur la conscience environnementale de la condition humaine. »
Provocateur, expérimental, accessible et profondément ancré dans son territoire, The Lost Haida Manga: A Compendium, publié par Douglas & McIntyre, est une lecture incontournable pour quiconque s’intéresse à l’art contemporain autochtone, à la justice environnementale et au pouvoir de la narration visuelle.
Points à retenir
- Yahgulanaas allie icônes autochtones et narration graphique.
- La technique « briser la grille » enrichit l’expérience visuelle.
- Les œuvres abordent des thèmes comme le colonialisme et la souveraineté.
- Une tradition visuelle raffinée émerge comme art narratif séquentiel.
- Des œuvres précédentes ont été largement applaudies et exposées.
Dans ce contexte, il est fascinant de réfléchir à la façon dont l’art peut agir comme un vecteur de résistance et de sensibilisation. La capacité de Yahgulanaas à créer un pont entre différentes cultures et à adresser des enjeux contemporains à travers le prisme de son héritage revient à questionner notre propre rapport avec l’art. Cela suscite en moi une profonde admiration pour la manière dont des narrations visuelles peuvent façonner notre compréhension du monde. Quelles autres œuvres seraient capables de susciter un tel dialogue entre passé et présent ?