La nouvelle épisode de The Beatles Anthology sur Disney+

@Bruce McBroom/Apple Corps Ltd
The Beatles Anthology – Épisode 9
★★★★
Disney+
Il peut paraître paradoxal, mais le single “Free As A Bird” sorti en 1995 fait autant partie de notre histoire que des chansons comme “Yesterday” ou “Day Tripper”. La sortie de cette chanson a coïncidé avec celle de The Beatles Anthology, une série qui a redynamisé le mythe des Beatles au cœur de la culture populaire, en plein essor du Britpop. Alors que l’Anthologie fait ses débuts en streaming sur Disney+, un nouvel épisode réalisé par Oliver Murray revient sur la création de ce projet entre 1994 et 1995, une petite poupée russe de nostalgie.
L’Anthologie a été une véritable épopée. Lorsque les Beatles se sont séparés en 1970, Neil Aspinall d’Apple a rassemblé toutes les images possibles pour produire un documentaire de 90 minutes intitulé “The Long And Winding Road”. Toutefois, il était trop tôt pour les ex-membres du groupe pour regarder en arrière, et le film est resté dans l’oubli jusqu’à ce qu’il soit transformé en série télévisée en six parties dans les années 90. Oeuvre monumental, selon Paul McCartney, cela a permis de découvrir les Beatles “de l’intérieur plutôt que de l’extérieur”. George Harrison, avec une réflexion zen, évoque les divergences des souvenirs qui rendent impossible une “histoire définitive” des Beatles, mais il ajoute que “les Beatles existent sans nous”.
Initialement, Paul, George et Ringo ne comptaient écrire que de la musique d’ambiance, estimant que le groupe ne pouvait pas véritablement exister sans John. Cependant, quelqu’un a suggéré à Yoko Ono de partager des démos inédites de Lennon. Elle a ainsi confié quelques cassettes enregistrées par John dans les années 1970. Trois morceaux, “Free As A Bird”, “Real Love” et “Now And Then” étaient bruts mais prometteurs. Le producteur Jeff Lynne a pris en charge le nettoyage numérique de ces démos afin que le groupe puisse terminer leur travail au studio de McCartney. (Bien qu’ils n’aient pas eu le temps de finaliser “Now And Then”, Paul a pressenti que la chanson ne disparaîtrait pas.)
“C’était une période très lourde pour moi”, admet Ringo. L’idée de créer de nouvelles chansons des Beatles était émotionnellement intimidante, au point que McCartney a proposé de faire semblant que John avait enregistré une partie d’une chanson avant de partir en vacances. Lorsque Paul utilisait la voix de John, il a ressenti un écho des “vieilles” journées. Ringo, écoutant les harmonies ajoutées à “Real Love”, a réagi en disant que cela sonnait “juste comme les Beatles”, une remarque anodine jusqu’à ce que l’on réalise qu’il n’avait pas entendu cette alchimie depuis l’été 1969.
Si le film “Get Back” a donné un aperçu des Beatles à leur apogée, l’épisode de l’Anthologie nous montre des hommes d’une cinquantaine d’années qui ne prennent plus leur amitié pour acquise. Nous les découvrons dans un mode acoustique, interprétant des morceaux iconiques et se remémorant leur enfance musicale. La réunion nostalgique les ramène aux débuts, avant que le nom Beatles ne signifie quoi que ce soit.
Dans une scène émotive, les trois amis sont autour d’une table de mixage géante, assistant à une démonstration de leur ancien producteur George Martin. Reconnaissant les harmonies isolées de “You Never Give Me Your Money”, Paul semble attendri de découvrir que c’était son travail. Des musiciens qui avaient pris leurs distances avec leur glorieux passé semblent enfin apprécier la liberté de s’y replonger.
Les entretiens individuels ne révèlent rien de nouveau sur la carrière tumultueuse des Beatles, mais réunis, les anecdotes pétillent, qu’il s’agisse de leurs moments sur Abbey Road ou de l’origine de leur look emblématique des années 60. Les tensions qui les ont éloignés sont à peine évoquées, bien que Paul reçoive une piqûre de taquinerie sur son intensité de travail lors des dernières années du groupe. “J’aime les Beatles”, rétorque-t-il un peu défensivement. “J’aime travailler avec les Beatles. Je n’en ai pas honte.”
Lorsqu’ils plaisantent sur de futurs concerts en stades, faisant allusion au fait que si John avait été là en 1995, une tournée de réunion aurait été hautement probable. Cet épisode met en lumière l’impact durable de cette perte et le vide laissé par son absence. À un moment donné, Paul désigne une chaise vide et imagine John sortant juste pour déjeuner. L’Anthologie et les chansons qui en découlent ont permis à ce trio restant de se reconnecter avec leur ancien ami et de recréer, même brièvement, le miracle des Beatles. “Même si John n’est pas ici”, déclare Paul, “il est là”.
Points à retenir
- Une inspiration d’Elvis pour Free As A Bird : Après le décès de Roy Orbison, l’idée d’une collaboration posthume avec John a émergé.
- Des sessions nocturnes à Abbey Road : Les Beatles avaient l’habitude de se donner un coup de fouet avec du thé “spécial” pour travailler tard dans la nuit.
En somme, cet épisode de The Beatles Anthology ne nous offre pas seulement un regard nostalgique sur un groupe emblématique, mais souligne l’importance de la mémoire collective et des héritages culturels. Que reste-t-il de nous lorsque nos icônes ne sont plus là ? Je m’interroge souvent sur la manière dont les artistes parviennent à se reconnecter à leur essence, même face à l’absence. C’est une quête passionnante qui nous pousse à réfléchir à notre propre parcours et à celui de la musique qui nous a façonnés.
