Autrefois incontournable dans les mariages, bar-mitsvah et anniversaires, la chanson « Agadoo » de Black Lace résonnait inlassablement dans les salles des fêtes communautaires. Cette mélodie entêtante — « Ag-a-doo-doo-doo, pousse l’ananas, secoue l’arbre » — finissait par s’incruster dans les mémoires, un souvenir qui s’enfonçait au plus profond de l’âme, qu’on le veuille ou non.
Mais que sont devenus Black Lace ? Un nouveau documentaire s’intéresse à Dene Michael, le dernier membre actif du groupe, qui continue aujourd’hui de porter ce nom sur scène.
Still Pushing Pineapples, présenté récemment au Sheffield DocFest, suit Dene pendant deux ans alors qu’il anime des spectacles sous la bannière Black Lace dans des lieux aussi variés que des parcs de vacances, des pubs ou des maisons de retraite.
Avant le succès d’« Agadoo », le groupe avait déjà représenté le Royaume-Uni au Concours Eurovision en 1979 et connu quelques succès commerciaux comme « Superman », « Do the Conga » ou « I Am the Music Man ».
Revenant sur son parcours, Dene Michael confie : « Peu de gens ont la chance de raconter leur vie à travers un film. C’est beaucoup de travail, mais c’est aussi très gratifiant. »
Sorti en 1984, « Agadoo » est resté 30 semaines dans le Top 75 britannique, culminant à la deuxième place. Mais en 2003, le magazine Q l’a élu « pire chanson de tous les temps ». Un paradoxe difficile à vivre pour Dene, qui, bien qu’il n’ait pas participé à l’enregistrement original, doit régulièrement interpréter ce titre incontournable.
Entré officiellement dans le groupe en 1986, après le retrait des membres fondateurs Terry Dobson Gibb et Alan Barton, Dene a quitté Black Lace en 1991 à cause de « problèmes personnels et professionnels ».
Après son départ, il avait accepté de ne plus utiliser le nom Black Lace. Mais ça n’a pas duré : il a formé un groupe éphémère, Barracuda, avant de réapparaître en 2007 sous le nom Black Lace, ce qui a créé des tensions avec ses anciens partenaires.
Il a même un temps adopté le surnom « Mr Agadoo », initialement attribué à Gibb, bien qu’il n’ait pas été lié au tube lors de sa sortie.
En 2012, Dene poursuivait sa carrière en solo. Trois ans plus tard, il participait à une publicité pour Walkers Crisps, chantant « Agadoo » aux côtés de Gary Lineker.
Sa trajectoire a pourtant connu un sérieux coup d’arrêt en 2016, quand il a été condamné pour fraude aux prestations sociales. Il avait perçu plus de 24 000 £ d’allocations d’invalidité, prétendant être gravement malade, alors qu’on l’avait plusieurs fois filmé en pleine performance sur scène. Même derrière les barreaux, il aurait continué à égayer ses codétenus avec « Agadoo ».
Ces épisodes juridiques ne sont pas abordés dans le documentaire. La réalisatrice Kim Hopkins explique que ce choix est volontaire : « Le film se concentre sur le présent… Il ne s’agit pas d’une biographie exhaustive de Dene. »
Elle ajoute que le projet cherche surtout à explorer « la nature éphémère de la célébrité » et ce qui arrive quand les artistes tentent de prolonger leur carrière publique en vieillissant.
Pendant le tournage, Dene a même perdu le droit d’utiliser le nom Black Lace, retiré sans cérémonie par SMS. Aujourd’hui, il se produit dans des parcs de vacances comme Pontins, sous son propre nom, toujours porteur d’espoir et d’ambition.
« Je garde mon ambition, je garde l’espoir », confie-t-il.
Points à retenir
- « Agadoo » est à l’origine une chanson populaire des années 80 qui a marqué les événements festifs du Royaume-Uni, parfois malgré elle.
- Le groupe Black Lace a connu plusieurs tournants, avec des départs, des retours et des conflits autour du nom et de l’image.
- Dene Michael est devenu la figure emblématique de Black Lace, même s’il n’a pas participé à l’enregistrement original d’« Agadoo ».
- Le documentaire Still Pushing Pineapples choisit de se focaliser sur l’évolution actuelle de ce musicien au lieu de ressasser ses heures les plus sombres.
- La célébrité passagère laisse parfois des traces complexes, entre espoir de renaissance et difficultés personnelles, comme en témoigne la carrière chaotique de Dene.
- Malgré tout, la nostalgie et la simplicité d’une chanson comme « Agadoo » continuent de faire vibrer un public fidèle dans des cadres inattendus.
En somme, il semblerait que la légende d’« Agadoo » ne soit jamais tout à fait morte, même quand l’artiste principal change de nom et de scène. Et moi, ça me fait réfléchir : la célébrité, c’est un peu comme ce refrain entêtant, on peut bien essayer de l’oublier… mais elle revient toujours vous chatouiller les oreilles. Finalement, qui ne rêverait pas d’être la bande-son éternelle des fêtes de village ?
