Anni-Frid Lyngstad, la voix emblématique du groupe suédois ABBA, a récemment évoqué le « chagrin incompréhensible » qui l’accompagne depuis son enfance. Une nouvelle biographie dévoile l’ampleur des souffrances qu’elle a traversées, liées aux liens de son père avec l’Allemagne nazie.
Frida est née en 1945 en Norvège, fruit d’une jeune mère de 19 ans et d’un sergent nazi allemand. Alfred Haase, son père, servait dans l’armée de Hitler, stationnée en Norvège durant la guerre. Sa mère, Synni, a succombé à cet amour sans savoir qu’Alfred était déjà marié et père en Allemagne.
Dès avant la naissance, Synni fut la cible de moqueries et d’injures dans son village : on la traitait de « collaboratrice horizontale » et Frida elle-même était insultée de « progéniture nazie ». Après la guerre, de nombreux enfants nés de soldats allemands et de femmes norvégiennes furent ostracisés, victimes des stigmates d’un passé douloureux. Le programme SS Lebensborn, visant à encourager les unions entre soldats et femmes perçues comme « racialement pures », avait vu dans la Norvège un terrain propice.
Selon Jan Gradvall dans sa biographie The Story of ABBA: Melancholy Undercover, Synni espérait qu’Alfred reviendrait. Mais ce dernier disparut sans jamais donner de nouvelles. Face à cette situation, la grand-mère d’Anni-Frid l’a emmenée en Suède pour y reconstruire une vie, tandis que Synni restait travailler en Norvège. Leur réunion familiale a été empêchée par la mort prématurée de Synni, en 1947, d’une insuffisance rénale. Elle n’avait que 21 ans à la naissance de sa fille.
C’est sa grand-mère qui a élevé Frida en Suède, dans une relation marquée par la solitude. « Nous étions deux âmes esseulées ensemble », confia-t-elle, « sans câlins ni baisers ». Elle a grandi en croyant que son père était mort pendant la guerre, avant de découvrir en 1977, à 32 ans, au sommet de la gloire d’ABBA, que celui-ci était encore vivant.
Cette révélation est venue d’une jeune Allemande, fille d’un demi-frère de Frida, qui a cru reconnaître en la chanteuse une membre de sa famille. Une rencontre a eu lieu en Allemagne de l’Ouest. « Je l’ai trouvé aimable », se souvient Frida, « mais ça restait étrange. J’avais 32 ans, une famille, des enfants. Nous n’avons pas noué le lien qu’on aurait pu avoir si nous nous étions connus toute la vie. »
Le livre raconte aussi d’autres épreuves personnelles. En 1998, la fille de Frida, Ann Lise-Lotte, a tragiquement perdu la vie dans un accident de voiture aux États-Unis, peu avant son 31e anniversaire. Moins d’un an plus tard, son troisième mari, le prince Heinrich Ruzzo Reuss von Plauen, est décédé d’un cancer à 49 ans, après leur mariage en 1992. Plus récemment, à l’automne 2023, son petit-fils Jonathan est lui aussi décédé des suites d’un cancer.
Face à tant de pertes, Frida confie : « Cela a pris beaucoup de temps. De longues années de tristesse incompréhensible. »
Alors que les spéculations autour d’un troisième film Mamma Mia et le succès continu du concert virtuel ABBA Voyage à Londres persistent, cette biographie signée Jan Gradvall, journaliste talentueux, révèle les coulisses d’une vie marquée par le secret, les drames et la résilience au-delà de la célébrité et des chansons entraînantes.
Points à retenir
- Le passé trouble des parents de célébrités peut rester caché longtemps, même pour les intéressés eux-mêmes.
- Les stigmates des guerres ne disparaissent pas avec le temps. Ils se transmettent parfois comme un fardeau silencieux.
- Frida, malgré son succès planétaire, a grandi dans une atmosphère d’isolement et de manque d’affection.
- Les secrets familiaux revisités à l’âge adulte ne mènent pas toujours à des retrouvailles chaleureuses, juste à un constat après coup.
- La vie privée des stars est souvent un mélange de triomphes publics et de tragédies intimes, peu connues du grand public.
En somme, on pourrait se demander si ce n’est pas là le véritable vrai tube d’ABBA : le mélange de mélancolie et de survie. Voilà qui change un peu des rythmes dansants à la « Mamma Mia » qu’on a tous en tête. Et moi, je me dis que derrière chaque star, il y a une histoire qu’on n’imagine pas – parfois triste, souvent complexe – et c’est peut-être là qu’est la vraie musique.
